Comment le CES 2022 aura accéléré (aussi) l’envol des deeptechs grenobloises

Pile biodégradable à base de papier, puce électronique permettant d’embarquer tests Covid… Avec deux Innovation Awards remis lors de ce CES 2022 aux sociétés BeFc et Grapheal, la filière iséroise de la deeptech n’a pas à rougir, ni à souffrir de la compétition avec d’autres places de l’innovation. Pour elles, ce salon aura été un grand coup d’accélérateur pour leur roadmap, et c’est un peu la même chose pour le fabricant grenoblois de boîtiers connectés eLichens, qui mesure la présence de certains composants dans l’air ambiant.

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L'isérois Grapheal fait partie des deux sociétés iséroises (et plus largement auralpines) qui ont reçu un Innovation Award durant le CES de Las Vegas pour le caractère innovant de leur produit, ici un test numérique pour le Covid s'appuyant sur le graphène et un composant RFID.
L'isérois Grapheal fait partie des deux sociétés iséroises (et plus largement auralpines) qui ont reçu un Innovation Award durant le CES de Las Vegas pour le caractère innovant de leur produit, ici un test numérique pour le Covid s'appuyant sur le graphène et un composant RFID. (Crédits : DR/ML)

Installée en plein cœur de l'Eureka Park, la filière de la tech grenobloise s'est particulièrement démarquée cette année lors du CES 2022 de Las Vegas. Bien présente avec 14 pépites sur 30 au sein de la délégation régionale, c'est du côté de ses deeptechs que Grenoble a particulièrement brillé, puisque deux d'entre elles (BeFc et Grapheal) ont été couronnées d'un Innovation Awards, pour le caractère innovant et disruptif de leurs technologies.

Sans compter que d'autres, comme eLichens, ont plus largement marqué les esprits des visiteurs du salon avec des innovations capables de répondre aux enjeux très actuels de transition énergétique et de sécurité sanitaire.

Née en 2018, la spin-off du CNRS BeFc (pour "Bioenzymatic Fuel Cells") a conçu une pile biodégradable produite à base de papier qui pourrait bien révolutionner le secteur de l'électronique. Car après le dépôt de six brevets au sein de différents domaines (génie électronique, bioélectrochimie, "smart paper", etc), elle avait perçu de forts besoins au sein de l'industrie de l'Internet des objets (IoT), afin de fournir des packagings connectés à usage unique. Dans la santé par exemple, ses capteurs pourraient par exemple être intégrés sur des patchs à usage unique ou des produits comme un test de grossesse.

Désormais pleine phase de montée en production avec son nouveau site de pré-série à Villard-Bonnot, à proximité de Grenoble, sa participation au CES 2022 tombait finalement à pic pour confirmer ses ambitions.

Engagée dans un plan d'industrialisation, BeFc est notamment venue pour garnir son carnet de commandes, quelques mois avant le « coup de feu » qui devrait lui ouvrir les portes de plusieurs marchés de taille.

BeFc pile écolo

« Nos deux principaux marchés sont le domaine de la logistique, ainsi que le secteur du médical, avec plusieurs centaines de millions d'unités annuelles. Nous sommes actuellement en phase d'installation d'une machine de production qui nous permettra de produire, dans un premier temps, près de 1.000 unités par jour de notre puce, avant d'atteindre les 1 million d'unités par shift de 8 heures, grâce à la réception d'un second équipement », résume Pierre-Yves Bloch, ingénieur de production chez BeFC.

Car après la réalisation de deux preuves de concept (l'une dans le domaine de la logistique, où sa puce devait servir à alimenter des systèmes de traçabilité des cartons et palettes, et l'autre dans celui de la santé, avec l'alimentation des tests de grossesse), BeFc a donc participé au CES avec un intérêt marqué sur plusieurs tableaux : recherche d'investisseurs, de clients, mais aussi d'un site industriel pour héberger sa future montée en volume... C'est d'ailleurs ce point qui incarne la prochaine marche que devra franchir la startup, en vue de se doter d'un véritable site de taille industrielle, regroupant l'ensemble de ses services (direction, administration, laboratoires).

Et ce, de préférence sur le bassin grenoblois, pour demeurer au contact de ses partenaires. « L'immense majorité de nos fournisseurs se trouvent dans un rayon de moins de 100 km. Cela représente un véritable intérêt lorsqu'on est en phase d'industrialisation et que l'on a besoin d'aller chez le fournisseur pour faire des essais ». BeFc travaille notamment en collaboration avec STMicroelectronics, notamment sur le domaine de l'électronique.

D'un pansement intelligent à base de graphène, l'isérois Grapheal a surfé sur les propriétés de cette matière pour en développer d'autres applications particulièrement d'actualité...

« Nous sommes la première, mais aussi la seule société française qui travaille sur les applications de santé dans le graphène », explique Vincent Bouchiat, son Ceo et cofondateur.

Car avec sa technologie, jusqu'ici destinée aux tests de grossesse notamment mais aussi à des pansements "intelligents", Grapheal a désormais développé depuis 20 mois un dispositif, capable de réaliser et numériser le résultat d'un test antigénique Covid jusqu'à son smartphone, et ce, de manière peu onéreuse. « Il devient ainsi possible de partir des tests qui existent sur le marché, et de les adapter ensuite à notre technologie ».

Son principe ? La technologie de Grapheal devient capable de détecter les réactions d'un test antigénique sur sa puce qui, en cas de réaction positive, viendront modifier la résistance du courant électrique moyen transitant dans la puce, dont le résultat sera ensuite transmis sur smartphone grâce à la technologie RFID.

Bien que les applications les plus actuelles sont celles en lien avec le Covid, la pépite n'exclut pas d'autres usages, comme celui de combiner tests d'alcoolémie et de cannabis par exemple, au moyen d'un test combiné et rapide qui pourrait s'avérer utile lors des contrôles auprès du public.

Grapheal a d'ailleurs déjà pensé à proposer une application smartphone, qui permettrait ainsi d'associer le test à une personne précise en utilisant la biométrie. « Pour autant, si quelqu'un retrouve ce test dans la rue, il ne pourra pas remonter à l'identité ou aux résultats qui seront conservés en mode crypté, ce qui permet de rendre le test personnel, sans avoir peur que les données ne soient menacées ».

Mais pour l'heure, c'est bien tout d'abord son dispositif lié au Covid que Grapheal est venu présenter à Las Vegas, puisque son prototypage, désormais suffisamment avancé, lui permettrait d'envisager une production de masse dès la mi-2022.

De premiers clients ont d'ailleurs déjà commencé à commander de premières unités afin de voir comment intégrer cette technologie à leurs produits, en attendant que celui-ci obtienne le feu vert des autorités de santé, attendu courant 2022.

En plus de la France, Grapheal vise tout particulièrement le marché de l'Amérique du Nord, où le concept de « bulles stériles », c'est-à-dire de zones où les tests antigéniques ou PCR sont requis pour entrer dans un complexe de loisirs ou sportif, pourrait doper fortement son marché.

L'isérois songe déjà à bâtir sa propre ligne de production, également en terre grenobloise, qui pourrait nécessiter un investissement allant jusqu'à 20 millions d'euros en s'appuyant sur des fonds publics et privés qui restent à boucler. Pour rappel, la jeune pousse avait débuté par une levée de 2 millions d'euros l'an dernier afin de financer ses travaux de R&D.

Après une première incursion sur le marché avec des détecteurs de gaz et notamment de méthane, le grenoblois eLichens a sorti un nouveau boîtier de mesure des concentrations de CO2. Avec un objectif bien précis : celui de mesurer les niveaux de confinement des espaces intérieurs, à l'heure où la cinquième vague et le variant Omicron explosent.

Son idée ? Mesurer non pas le virus, mais la présence de ses occupants et notamment la densité d'occupation d'une pièce, à travers un paramètre très commun : la concentration en CO2 expiré par chaque être humain, qui se pose en réalité comme « le seul indicateur d'un confinement d'une pièce fermée », rappelle Wahid Issa, Ceo d'eLichens.

Son boîtier de mesure est d'ailleurs déjà déployé dans des écoles à Nice, à Bordeaux et Amiens, et même en cours de déploiement en Allemagne. « C'est un indicateur simple qui permet de connaître et mesurer la nécessité d'aérer une pièce immédiatement ou non », reconnaît-il. « Il existe d'ailleurs déjà en France des réglementations à ce sujet : par exemple, si le niveau de CO2 est supérieur à 1.000 particules par million, cela signifie qu'une pièce est confinée et qu'elle doit être aérée ».

Pour l'heure, ses boîtiers n'équipent pas encore les écoles de la région Auvergne Rhône-Alpes, mais c'est précisément une discussion qu'il a eue jeudi dernier avec le président de Région Laurent Wauquiez, qui s'est engagé sur place, lors du CES, à faire travailler ses équipes sur ce point.

Pour autant, Wahid Issa nuance : « Aujourd'hui, on ne rencontre aucun problème de demande, mais on, a par contre, un problème d'offre ! Nous avons des difficultés à fournir et délivrer les pièces avec la pénurie de composants électroniques qui nous touche de plein fouet, car nous avons parfois des délais de 5 à 6 mois avant de pouvoir recevoir certaines pièces ».

eLichens Wahrt Issa

Actuellement, eLichens a déjà produit 2.000 boîtiers intelligents, alors qu'elle a reçu près de 10.000 demandes unitaires, émanant non seulement du marché domestique, mais également du Japon et des Etats-Unis.

Côté composants, la jeune pousse source ses pièces sur les grandes places mondiales, avant de réaliser la totalité de son assemblage à Grenoble, afin de bénéficier de son expérience de calibration, qui peut prendre jusqu'à deux journées par boîtier (même si cette opération peut être réalisée en simultané).

Après avoir levé 12 millions d'euros en trois phases, et 8 millions de prêts bancaires, eLichens vise aujourd'hui surtout le marché européen et américain, où elle est déjà présente avec son produit phare, un détecteur de méthane.

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