« L’encadrement des loyers ne fera pas fuir les investisseurs privés » (Bruno Bernard, Grand Lyon)

GRAND ENTRETIEN. Pour sa seconde rentrée à la tête de la Métropole de Lyon, une "super collectivité" qui adjoint les fonctions de métropole et de département pour 59 communes, le président EELV Bruno Bernard aura plusieurs dossiers sur son bureau : encadrement des loyers, Revenu de solidarité jeunes, schéma des achats responsables, accélération de la ZFE, objectif de 6.000 logements sociaux par année... A l'heure de la primaire écologiste, l’élu EELV tire aussi les leçons des élections régionales, avec une conviction : à gauche, rien ne sert de faire une candidature unique « à tout prix ».

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Le président du Grand Lyon a dévoilé sa stratégie pour accélérer sur ses sujets phares, ainsi que sur la manière dont il a abordé la concertation avec le monde économique ainsi qu'avec certains élus locaux. Et ce, alors qu'il vient de faire l'objet d'une tribune cosignée ce dimanche 12 septembre par 44 maires de l'opposition de droite et du centre, dénonçant la gestion écologiste, mais aussi le modèle de super-collectivité issu de la loi de 2015.
Le président du Grand Lyon a dévoilé sa stratégie pour accélérer sur ses sujets phares, ainsi que sur la manière dont il a abordé la concertation avec le monde économique ainsi qu'avec certains élus locaux. Et ce, alors qu'il vient de faire l'objet d'une tribune cosignée ce dimanche 12 septembre par 44 maires de l'opposition de droite et du centre, dénonçant la gestion écologiste, mais aussi le modèle de "super-collectivité" issu de la loi de 2015. (Crédits : DR/Olivier Chassignol)

LA TRIBUNE - Vous êtes désormais à la tête du Grand Lyon depuis une année. Quel premier bilan dressez-vous de cette année à la tête d'une collectivité au statut particulier, qui fédère les compétences d'une métropole et d'un département sur son propre périmètre ?

BRUNO BERNARD - Malgré cette première année marquée par la crise sanitaire, nous avons pu tout de même pu avancer sur un certain nombre de sujets. Nous sommes à la tête de la collectivité en France qui possède la plus grande capacité à agir, et nous l'avons utilisée pleinement pendant sa première année, sur l'ensemble des politiques que nous avons lancées.

Un certain nombre de concertations vont démarrer en septembre et nous avons encore la nécessité de convaincre, d'expliquer et d'être pédagogique.

Durant cette première année, nous avons pu être en contact avec presque toutes les entreprises importantes du territoire. Cela nous a permis de créer du lien et de réaffirmer la politique industrielle de la métropole, au regard de laquelle nous avons d'ailleurs lancé encore récemment un "Manifeste pour une industrie qui se transforme et s'engage pour l'environnement" aux côtés d'une vingtaine de signataires.

Avez-vous développé une nouvelle méthodologie pour parler aux acteurs du monde économique qui ne vous connaissaient pas ?

Je me suis avant tout placé à l'écoute à la rencontre des parties prenantes, en essayant d'être clair sur nos objectifs. Je suis conscient qu'il est essentiel, pour les entrepreneurs, d'avoir de la visibilité. C'est pourquoi finalement, ce contact avec le monde économique que je connaissais par ailleurs déjà bien, s'est déroulé de manière assez simple et saine.

Certains avaient pu craindre une forme de « big bang » après votre arrivée à la tête de la métropole, après 19 années de mandat Collomb-Kimelfled. Est-ce vraiment le cas, alors que vous avez déjà esquissé certaines de vos promesses de campagne au cours des douze derniers mois (Zone à Faibles émissions, encadrement des loyers, RSA jeunes, etc) ?

Tout dépend du sujet, mais il existe indiscutablement un changement majeur, notamment sur le terrain des politiques sociales ou environnementales. Ces changements importants se font cependant de manière progressive, pédagogique et pragmatique.

Nous ne sommes pas là pour faire des choses qui ne marcheraient pas, mais pour appliquer aussi ce que nous avons annoncé.

Le RSA Jeunes vient d'entrer en phase expérimentale en juin dernier : combien de dossiers concerne-t-il à ce stade ?

Nous avons déjà traité près de 300 dossiers de jeunes allocataires, sur des critères que nous avions travaillé avec les acteurs associatifs, de la pauvreté, de la jeunesse. Ce nombre dépend surtout du budget que nous avons, et qui atteint pour cette phase d'expérimentation 10 millions d'euros.

Cette aide peut aller jusqu'à 400 euros par mois et par jeune, et pourrait d'ailleurs ne durer que quelques mois, puisque l'objectif est de pouvoir accompagner ensuite ces jeunes à travers d'autres dispositifs.

Nous sommes pour l'instant la seule collectivité à le faire, et cette expérimentation se poursuivra probablement en 2022 car je ne pense pas que nous aurons, d'ici là, des mesures nationales qui répondront à ce besoin précis. Nous verrons ensuite après l'élection présidentielle...

Autre projet qui vient de prendre un tour très concret en cette rentrée : l'encadrement des loyers, dont le décret d'application vient de paraître.

Nous attendions depuis un certain temps la publication de ce décret, avec l'objectif de pouvoir démarrer une expérimentation dès le mois de novembre. A travers cette mesure, nous nous intéressons particulièrement à des publics étudiants ou jeunes qui souvent ont des loyers déraisonnables au mètre carré, par rapport à la réalité ou bien à des publics plus précaires, mais qui sont aussi victimes de marchands de sommeil.

Nous souhaitons aussi en parallèle travailler sur la vacance des logements, car le nombre de logements vides est un sujet aussi, avec plus de 17.000 logements vacants de plus de deux ans recensés sur l'ensemble de la métropole, afin d'accompagner par exemple les propriétaires à les rendre décents ou à lutter contre les locations de tourisme illégales.

Les professionnels de l'immobilier se sont cependant élevés contre cette mesure, arguant au mieux que les particuliers n'y seraient pas assujettis, et au pire qu'elle ferait même fuir les investisseurs ?

Tout le monde sera assujetti, nous regarderons tout le monde. Cela passera notamment en premier lieu par les locataires, qui pourront faire remonter l'information à notre équipe métropolitaine de l'habitat. Mais l'encadrement des loyers ne sera pas l'alpha et l'omega de notre politique logement, c'est un un outil parmi d'autres, car il nous faut agir également sur le coût des logements et du foncier par exemple.

Contrairement, à ce que peuvent dire certains, l'encadrement des loyers ne fera absolument pas fuir les investisseurs privés, qu'ils soient petits ou gros. Ils sont d'ailleurs loin de se détourner de notre territoire.

A ce sujet, des promoteurs comme Alila avancent que la politique du logement social, à Lyon comme au sein d'autres métropoles, ne suffira pas à combler les besoins et à juguler la hausse des prix. Qu'en pensez-vous, alors que vous avez-vous-même annoncé un objectif de 6.000 logements accessibles par année en fin de mandat (dont 5.000 logements sociaux et 1.000 en bail réel solidaire) ?

Nous nous sommes fixés un objectif très ambitieux, dont nous allons essayer de se rapprocher, mais naturellement, il y a des contraintes foncières. Nous aurons aussi des freins provenant d'un certain nombre de communes qui ne jouent pas le jeu. Nous aurons l'occasion d'y revenir dans les semaines qui viennent.

Si cela est nécessaire, de manière plus contraignante, les dotations pourraient être conditionnées au fait que les communes ne soient pas carencées en logement social. Car il est normal que cela prenne du temps, mais pour être carencé aujourd'hui, il faut vraiment ne pas vouloir. Nous devons à un moment donné, forcément passer à des contraintes plus fortes.

Et pour y arriver, doit-on passer par l'outil public ou par des opérateurs privés ?

Nos trois bailleurs sociaux répondront à une partie de l'objectif, en complément, les opérateurs privés sont aussi attendus. Nous pourrions aussi procéder à des transformations de logements existants en logements sociaux, mais cela nécessitera de mener aussi une politique foncière ambitieuse, en vue de récupérer des parcelles.

Nous sommes aussi en train de réhausser la part de logements sociaux et d'y intégrer du Bail Réel Solidaire (BRS), qui a l'avantage d'être à la fois un sujet bien ressenti par les maires, et de correspondre aussi à un besoin des familles de devenir propriétaires.

Et si nous parvenons à atteindre notre objectif en matière de logements sociaux, nous générerons aussi la construction de logements privés, ce qui permettra de répondre à d'autres besoins.

Nous avons aussi face à nous un objectif national de non-artificialisation des sols, qui, même si l'on s'en félicite, ne laisse pas beaucoup de marge de manoeuvre. Il faudra donc assumer de densifier certains secteurs, notamment à proximité des transports en commun.

La crise a signé un essor inédit du télétravail, mais en même temps, celui-ci est redevenu « facultatif » depuis début septembre et va devoir faire l'objet d'accords d'entreprises. Vous espériez-vous-même un rééquilibrage territorial en faveur des « extérieurs » de la métropole. Craigniez-vous que cette stratégie n'en prenne un coup ?

En France, la question de l'équilibre territorial entre les métropoles et les villes autour se pose et passera par un rééquilibrage économique et un développement du télétravail, qui ira peut-être plus vite qu'on ne le croit. Nous connaissons nous-mêmes des enjeux en matière démographique, et l'idée est d'accompagner les évolutions à venir plutôt que de les subir.

Je pense que l'avenir se situe dans le développement de l'emploi au sein des villes intermédiaires. Notre agence économique métropolitaine, l'Aderly, pourrait d'ailleurs être un bon outil pour mieux rééquilibrer ces activités à l'échelle d'un territoire plus large. Mais je crois qu'il faut déjà assumer le fait que Lyon n'est pas là pour grossir éternellement au détriment des autres.

Votre agence économique métropolitaine, qui faisait l'objet d'un rapport sur ses activités, vient de perdre brutalement son directeur. Il s'agit d'un dossier sur lequel vous n'aviez pas souhaité avancer trop vite au cours de cette première année. Que souhaitez-vous comme cap pour cette agence, chargée d'assurer l'attractivité du territoire lyonnais auprès des entreprises ?

Outre le drame qu'a connu cette structure récemment, nous pouvons dire que l'outil est efficient et nous souhaitons le conserver, la question n'est pas là. Mais nous avons donné un nouveau cap qui impliquera que les critères en matière d'installation d'entreprises évoluent à l'avenir.

Auparavant, l'objectif était surtout dépendant de la taille de l'entreprise, et notamment du taux d'emplois maximal qu'elle pouvait offrir. Aujourd'hui, nous souhaitons plutôt étudier l'activité d'entreprise, ses liens avec le territoire, et déterminer si les emplois peuvent être trouvés sur place. Car si pour s'implanter, l'entreprise doit en priorité aller chercher ses ressources à l'extérieur, on revient sur le modèle qui crée finalement plus d'inconvénients que d'avantages.

Nous avons d'ailleurs observé que la métropole de Lyon a créé plus d'emplois que d'autres villes, puisque l'on a gagné 43.350 emplois salariés en l'espace de trois ans sur le Grand Lyon (soit une augmentation de 8%), mais par contre, son taux de chômage a évolué de la même manière que les autres, ce qui signifie que cette croissance ne profitait pas directement au territoire. Or, nous voulons pouvoir lier les deux.

On a l'impression que vous avez particulièrement pris votre temps avec cet outil, peut être encore plus qu'avec les autres. Est-ce parce qu'il fonctionnait bien au fond ?

Il n'y avait pas de raison d'aller vite. Sur des sujets aussi complexes et économiques, où l'on est attendus, pour ne pas dire attaqués, où l'on fait même face à des préjugés assez négatifs de la part des adversaires ou une inquiétude du monde économique, il était nécessaire de bien se faire comprendre et d'expliquer dans quelle direction on souhaite aller.

Vous avez également rencontré des dossiers plus « chauds » que prévus sur cette rentrée, comme celui des cimetières, une compétence que vous avez aussi récupérée depuis 2015. Pourquoi cette thématique est-elle devenue un point de blocage avec le maire de Charly ?

Ce dossier remonte à 2015, à un moment où la métropole avait dressé un point sur la capacité de ses cimetières et conclu qu'ils arriveraient à saturation en 2025. Voire même désormais un peu plus tôt. L'ancienne majorité métropolitaine avait étudié plusieurs endroits autour de l'hôpital Sud, parce qu'il y avait un sens et qu'on avait également besoin d'un crématorium.

Le maire de Charly, qui a changé à trois reprises depuis les discussions qui avaient eu lieu en 2018 avec l'ancienne majorité, s'est montré surpris par un projet qui englobe 6 hectares sur sa commune. Mais plutôt que de faire des communiqués de presse, je l'ai invité à venir discuter. Le maire de Charly est le seul maire de la métropole à avoir refusé de me rencontrer. Mais un rendez-vous est désormais pris pour le mois d'octobre.

Celui-ci affirmait justement nourrir un projet d'agriculture urbaine, qui est pourtant l'un des piliers de votre propre programme, et un axe sur lequel vous venez d'annoncer justement il y a quelques jours un quadruplement du budget lié à l'agriculture pour faire de Lyon « une grande ferme urbaine »...

C'est très bien, d'autant plus que la parcelle totale fait 14 hectares, je n'y vois pas d'inconvénient... Je suis tout à fait prêt à aider un projet agricole, d'autant plus que nous venons de présenter notre propre plan d'investissement.

La question agricole est essentielle en France et l'est tout autant aux yeux de la métropole. Nous sommes aujourd'hui sur un modèle qui n'est pas vertueux, où l'on sait très bien qu'il est nécessaire d'aider les agriculteurs à avoir des productions qui soient consommées localement, et qui tendent vers le bio. Tout le monde sait que c'est ce qu'il faut faire pour que les agriculteurs vivent mieux, mais cela fait 15 ans que nous n'avons pas avancé sur ce sujet.

Vous voulez faire de Lyon une grande ferme urbaine : mais est-ce réaliste, compte-tenu du tissu agricole présent sur place ?

Nous avons près de 350 producteurs agricoles, ce qui demeure très peu, et 95% de leurs productions étaient en réalité exportées et ne bénéficiaient donc pas aux Grands-Lyonnais. Nous avons également un enjeu en lien avec la plaine de l'Ain, où des cultures intensives sont en train d'attaquer notre nappe phréatique. Cela met en péril la ressource en eau d'un million d'habitants, il y a donc urgence à les convaincre de changer de mode de production.

C'est pourquoi nous souhaitons travailler avec l'ensemble des territoires autour de nous. Nous devrons passer à la fois par des aides à l'installation en faveur de l'agriculture locale bio, par des engagements en matière d'achats, et nous prévoyons aussi de mettre en place une "ferme-test", afin que de jeunes agriculteurs puissent venir s'essayer au métier, sans pour autant devoir supporter le risque financier. Nous pourrons aller jusqu'au rachat de foncier agricole, avec la possibilité de créer une régie agricole métropolitaine.

Autre dossier de rentrée : la Zone à faibles émissions (ZFE), où vous aviez annoncé la couleur en fixant la fin du diesel à l'intérieur du périmètre du Grand Lyon pour fin 2026. Comment y parvenir et surtout, comment aider les habitants et professionnels du Grand Lyon dans cette transition de taille ?

Nous venons de lancer la concertation qui doit durer jusqu'au 5 février 2022. Elle sera suivie d'un arrêté, fixant la première étape (Crit'Air 5 et non classés) en juillet 2022, et de délibérations précisant les étapes suivantes et les mesures d'accompagnement.

C'est un sujet très complexe car nous avons la nécessité absolue de lutter contre la pollution, qui est responsable de nombreuses maladies et décès prématurés en France, avec également des impacts économiques forts.

Mais cette cible est en même temps liée au développement des alternatives à la voiture, et notamment au doublement du budget d'investissement dans les transports en commun, aux 25 km de tramway supplémentaires dans les quartiers prioritaires de la ville, ou encore au développement également massif du vélo...

Se dirige-t-on, comme certains le craignent, vers la sortie de la voiture du centre-ville de Lyon ?

Malgré tout, il existe beaucoup de territoires au sein de la métropole de Lyon où la voiture va continuer à être indispensable. C'est donc à ce sujet que la concertation est ouverte au sujet des périmètres qui restent à définir, mais aussi à l'éventail des solutions offertes.

Il existe, de plus, des paramètres nationaux qui pourraient encore évoluer, comme les politiques nationales et dispositifs d'aides à l'achat à l'échelle nationale.

Mais le plus décisif pour qu'une telle mesure soit appliquée sera le déploiement de radars à lecture automatique de plaques qui, malgré les promesses du gouvernement pour début 2022, ne sont toujours pas arrivés... Sans cet outil, le contrôle deviendra impossible.

Vous faites face à un double défi : inciter les Grands-Lyonnais à accélérer la transition vers une énergie propre, mais sans avoir en tant que métropole les reins assez solides pour supporter à vous seul des aides à l'achat pour l'ensemble de vos administrés. Allez-vous cibler certaines catégories de population ?

Les aides à la population générale sont surtout du sort de l'Etat, mais la Métropole peut venir compléter sur certains dossiers, notamment à l'égard des professionnels par exemple.

Nous avons déjà une délibération qui a permis d'accompagner une soixantaine de professionnels sont déjà aidés sur la ZFE à hauteur de 5.000 à 10.000 euros par véhicule. Ce qui démontre d'ailleurs que les entreprises s'en sont jusqu'ici peu occupées, parce qu'elles n'étaient pas encore soumises à la verbalisation.

Et il n'est pas impossible que l'on complète une partie pour les publics défavorisés par exemple, mais nous n'aurons pas des moyens infinis pour subventionner l'achat de véhicules. Je pense que notre rôle est d'abord dans l'accompagnement de l'offre de transports en communs.

Vous avez déjà prévu de renforcer également l'installation de bornes électriques sur l'espace public également, mais ce sujet sera aussi amené à concerner les recharges privées, et notamment les copropriétés en ville. Etes-vous prêt à contribuer financièrement à leur installation ?

Je dirai pourquoi pas, nous aidons déjà les copropriétés pour leurs travaux d'isolation thermique ou de végétalisation : il n'y a pas de sujet tabou. Cependant, il faut garder en tête que l'objectif n'est pas que chaque véhicule thermique soit remplacé à terme par un véhicule électrique.

Nous avons aussi l'idée de diminuer le nombre de voitures grâce à l'autopartage. A ce sujet, nous réfléchissons à plusieurs dispositifs très innovants, y compris le fait que des véhicules familiaux puissent être partagés par plusieurs familles, devenir de fait moins polluants, et donc obtenir une dérogation pour circuler tant que le véhicule fonctionne...

Avec une ZFE, nous sommes conscients qu'il va falloir trouver des modalités sur des sujets parfois très complexes comme celui-ci. Et ce, pour un vote qui est fixé au printemps prochain, et donc nous devons avoir balisé l'ensemble du calendrier, des règles et des mesures principales d'ici là.

On avait parlé du rétrofit : est-ce toujours une piste envisagée ?

Nous avons rencontré des professionnels mais nous nous sommes aperçus qu'il s'agissait d'un modèle économique qui paraît compliqué, tout simplement parce que pour être efficace, il faut le développer à une échelle de constructeur automobile, avec des investissements lourds.

Or, une fois que l'on aura retrofité l'ensemble du parc de véhicules et que l'ensemble des véhicules neufs seront électriques, il n'existera de fait plus de marché, ce qui rend l'équation économique difficile. Je pense que certaines niches pourraient toutefois émerger, comme dans le cadre des bus ou des véhicules professionnels.

Autre projet phare : le Réseau Express Vélo (REV) qui fera doubler de taille le réseau actuel. Un grand chantier à la fois urbain mais aussi politique, pour impliquer voire convaincre les maires de 59 communes ?

Nous annoncerons d'ailleurs fin septembre la carte et le nom de ce nouveau réseau, qui atteindra 380 km de voies express cyclables, dont près de 200 kms nouveaux au cours du mandat, sachant qu'une partie de ce réseau sera à améliorer, tandis qu'une autre sera créée de zéro.

Cela va nécessiter de repenser l'espace urbain et de créer un nouvel espace séparé des autres modes de transports, tout en déployant près de 10.000 nouveaux vélos en quatre ans, à travers notre nouveau dispositif de prêt.

Le vélo est aujourd'hui un mode de transport en croissance sur l'agglomération de 30% en l'espace d'un an. Nous prendrons nécessairement de la place sur la voiture, car on a besoin d'espace pour autre chose.

Nous avions engagé depuis un an une concertation avec tous les maires, afin de réaliser un premier gros travail sur le réseau. Il y aura des déceptions puisque, si l'on écoutait tout le monde, on en aurait même fait deux fois plus tout de suite, ce qui est positif... Les premiers travaux commenceront en octobre, pour une livraison de la première ligne au printemps. Il s'agit tout de même d'un budget global de 100 millions d'euros.

La Ville de Paris vient d'abaisser la vitesse de circulation en centre-ville à 30 km/h. Votre vice-président en charge de la voirie et des mobilités actives, Fabien Bagnon, a proposé de suivre le pas pour la ville de Lyon dès 2022. Songez-vous à élargir cette mesure au cours des prochains mois au périmètre de la métropole ?

Nous avons déjà la volonté d'apaiser les circulations pour répondre à des enjeux de sécurité, de bien-être et de niveau sonore en ville.

Pour cette raison, nous serons là pour accompagner les communes qui souhaitent passer en zone 30, mais je n'imposerai pas à cette mesure, car cela fait partie des sujets où il faut que les maires soient d'accord.

Nous avons déjà quatre à cinq communes (Oullins, Poleymieux-au-Mont-d'or, Fontaine Saint-Martin, la Mulatière, Ecully et désormais Lyon, ndlr) qui seraient candidates à une telle mesure.

Certains craignent cependant que cette disposition ne crée davantage d'embouteillages en centre-ville ?

Je ne crois pas du tout que les zones 30 vont créer davantage de bouchons. C'est peut-être le cas lorsque l'on enlève de la voirie, mais on sait aussi que pour développer des alternatives à la voiture, nous avons besoin de reprendre de l'espace public.

Votre rentrée sera aussi placée sous le signe de la définition de votre propre schéma des achats publics responsables (SPAR), à l'image de Strasbourg. Comment comptez-vous transformer cette politique d'achats, qui représente tout de même une enveloppe de 600 millions d'euros par année ?

Plusieurs centaines d'entreprises travaillent actuellement à nos côtés sur ce sujet, que l'on a découpé en plusieurs thématiques. Nous commencerons probablement par les enjeux autour de l'alimentation, et nous aimerions idéalement franchir un cap progressivement tous les ans.

L'objectif global est de privilégier les acteurs locaux, de créer des règles qui sont pensées à leurs côtés, afin qu'ils puissent en retour mieux respecter en retour les critères que nous nous serons fixés. Nous ne devons pas pour autant casser les filières et les accompagner, au contraire, vers cette transition.

Je parlais d'ailleurs avec d'autres collectivités et grandes entreprises, avec lesquelles il pourrait être intéressant de se rapprocher, en vue de leur faire profiter de nos travaux.

Au niveau politique, les élections régionales se sont finalement traduites par réélection de Laurent Wauquiez, face à votre candidate Fabienne Grébert devenue la chef de file de l'opposition régionale. Une nouvelle page s'ouvre-t-elle, suite à cet épisode, dans le dialogue avec la Région ?

Je souhaite que maintenant que nous sommes installés et qu'il a été réélu, nous puissions puisse travailler ensemble dans l'intérêt des habitants, sur la question agricole, mais aussi des mobilités, de la tarification unique entre les réseaux lyonnais du Sytral et SNCF... Je le répète une fois encore : la métropole est prête à compenser le manque à gagner à ce sujet, mais nous devons avancer.

Du côté des écologistes, la primaire en vue de la prochaine présidentielle se tient à la mi-septembre. Soutiendrez-vous votre voisin Eric Piolle, où l'un des quatre autres candidats ?

L'unique question pour moi est de savoir quel candidat nous permettra de remporter l'élection présidentielle, car les chances de gagner existent. Mais je ne me prononcerai pas à ce sujet, car je trouve que nous avons plusieurs candidats de qualité, qui ont chacun des idées à défendre.

Aujourd'hui, je n'ai pas encore de conviction qui me permette de dire que l'un d'eux a plus de chance de l'emporter que les autres. Pour moi, la question est compliquée car la présidentielle est encore très ouverte, il est encore difficile de savoir quels seront les forces en présence à l'échelle nationale.

Un enseignement à tirer des dernières Régionales ?

Ma conviction est que la petite chance que nous avons de remporter une élection présidentielle le sera sur une dynamique écologiste.

Cela ne veut pas dire qu'un rassemblement plus large ne nous permette pas de gagner, notamment en mobilisant la jeunesse, mais il ne faut pas chercher à faire des candidatures uniques, avec tous les partis de la gauche, à tout prix. S'il n'y a pas de dynamique précédant l'union, cela ne peut pas fonctionner.

Ce dimanche 12 septembre, une tribune co-signée dans le JDD par des élus (dont 44 maires et 22 conseillers métropolitains), regroupant notamment l'opposition de la droite et du centre, s'est attaquée au fonctionnement de la Métropole de Lyon, qu'elle qualifie "d'entité désincarnée sans lien avec les territoires qui la composent", accusant Bruno Bernard de cultiver "une vision dogmatique sans chercher à comprendre les besoins réels des habitants". A l'heure d'écrire ces lignes, le président du Grand Lyon n'avait pas encore souhaité réagir à ces propos.

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Commentaires 3
à écrit le 13/09/2021 à 12:16
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A llire le titre de l'article, c'est tout à fait La méthode Coué.

à écrit le 13/09/2021 à 11:38
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Faire baisser le prix de l'immobilier est indispensable maintenant sans s'attaquer frontalement à la cupidité pathologique du secteur financier et son lobby qui fait que les gens qui détruisent le monde en ronflant imposent à ceux qui construisent le...

à écrit le 13/09/2021 à 10:29
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Mais oui Bruno, tu verras bien comment que ça va se passer......... C'est vrai que tu as une très très longue expérience en politique et en gestion ...... !!!!!!!!!

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