ZFE : l’étape supérieure -désormais franchie- par la métropole de Lyon

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Le président écologiste du Grand Lyon, Bruno Bernard, a soumis ce lundi au vote des conseillers métropolitains une accélération du renforcement de la ZFE, ciblant dès 2022 les véhicules diesels des particuliers, commercialisés entre 1997 et 2000.
Le président écologiste du Grand Lyon, Bruno Bernard, a soumis ce lundi au vote des conseillers métropolitains une accélération du renforcement de la ZFE, ciblant dès 2022 les véhicules diesels des particuliers, commercialisés entre 1997 et 2000. (Crédits : Dominique Perrault Architecte - Adagp)
A Lyon, gros coup d’accélérateur en prévision sur la Zone à faibles émissions (ZFE). Lors du conseil métropolitain qui se tenait ce lundi, la nouvelle majorité EELV s’apprête à changer de calendrier pour sa ZFE, en vue d'affirmer ses ambitions. Objectif : faire sortir les véhicules diesel de la ZFE beaucoup plus rapidement que prévu, et notamment les véhicules diesel Critair 5 et non classés, détenus par les particuliers dès 2022. Une mesure suscitant des critiques du côté de l’opposition.

(Publié le 15/03/2021 à 9:00, actualisé le 16/03/2021)

Déjà instaurée pour les véhicules professionnels catégorisés Crit'air 4, 5 et désormais 3 depuis début janvier, la zone à faibles émissions (ZFE) de la métropole lyonnaise s'élargira beaucoup plus rapidement que prévu.

C'est en tout cas la proposition qui a été soumise (et adoptée) ce lundi aux conseillers métropolitain par la nouvelle majorité écologistes. Car le président EELV Bruno Bernard ne s'en était pas caché : il souhaite aller plus vite que le calendrier initial, en renforçant les engagements pris par la métropole.

Lire aussi : ZFE à Lyon : ce qui va changer pour les professionnels (et ce qui reste en suspens)

Ainsi, son projet prévoit d'étendue la ZFE -et notamment l'interdiction de circuler - aux véhicules particuliers détenteurs de vignettes Critair 5 et non classés, c'est-à-dire les véhicules diesel les plus polluants, commercialisés entre 1997 et 2000. Et ce, dès le 1er janvier prochain, au lieu d'un horizon plus large, initialement prévu en 2026.

Déjà, la mairie de Paris, conduite par Anne Hidalgo, avait elle-même annoncé un resserrement de la ZFE parisienne à compter du 1er juin 2021, date à laquelle les véhicules Non classés, Crit'Air 5 et Crit'Air 4 ne pourront plus circuler sur l'ensemble territoire parisien, boulevard périphérique et les bois inclus.

"Nous commençons par les professionnels car ils sont responsables d'environ 50 % de la pollution de l'air en ville", justifiait il y a quelques semaines Jean-Charles Kohlhaas, vice-président de la Métropole délégué aux déplacements, intermodalités et à la logistique urbaine, lors l'entrée en vigueur de l'interdiction de circulation des véhicules professionnels Crit'air 3, en janvier dernier.

Pour quelles aides et aménagements proposés ?

Les étapes suivantes demeureront ensuite, à savoir un bannissement progressif des véhicules particuliers, classés Crit'Air 4,3 et 2, entre 2023 et 2026.

Résultat ? A l'aube de 2026, plus aucun véhicule diesel ne pourrait circuler au sein de la métropole lyonnaise, dont une révision du périmètre sera également proposée ce lundi.

Ainsi, alors que le champs d'action de la ZFE actuelle se limitait à Lyon, ainsi qu'à une partie des communes de Villeurbanne et Caluire-et-Cuire (situées à l'intérieur du périphérique), le périmètre la ZFE+ défendue par la nouvelle majorité doit ainsi intégrer les communes de de Pierre-Bénite et Écully ainsi que la M6/M7.

Lire aussi : Logistique urbaine : Lyon planche désormais sur un nouveau schéma « ZFE compatible »

Cependant, les élus écologistes affirment que cette accélération, tout comme ce changement de périmètre, seront soumis à une consultation publique, chapeautée par la Commission Nationale du Débat Public afin de « garantir la neutralité de cette concertation » et d'accompagner ce « changement de culture ». Et de rappeler : « dans la métropole, 60 % des déplacements de moins de 3 km sont faits en voiture. Il faut sortir de cette addiction et accompagner les gens », rappelle le vice-président écologiste aux transports.

Du côté des mesures d'aides, Bruno Bernard tout comme son vice-président aux transports, Jean-Charles Kohlhaas, ont laissé la porte ouverte à des dérogations voire des aménagements en matière de calendrier, et affirment avoir lancé une série de travaux et études à ce sujet qui courront sur 2021, tout en souhaitant se placer parmi les métropoles "pionnières" dans ce domaine.

Alors que des dispositifs d'aides à l'achat des professionnels existent déjà, du côté des particuliers, la métropole assure travailler à la mise en place d'aides financières, dont le détail et le montant n'ont pas été communiquées. Dans un entretien à La Tribune il y a quelques semaines, Bruno Bernard affichait également sa volonté de développer une filière de rétrofit "locale" afin de participer au renouvellement des véhicules des particuliers, sans plus de précisions cependant à ce stade.

L'opposition dénonce des mesures "anti-sociales" et "anti-économiques"

Cette prise de position, qui était attendue suite aux récentes déclarations des élus écologistes, interrogeait néanmoins dans les rangs de l'opposition en fin de semaine dernière.

Les élus du Rassemblement de la Droite, du Centre et de la Société civile ont ainsi critiqué, au sein d'un communiqué de presse, "la nouvelle proposition de la majorité qui rompt avec cette vision d'équilibre acceptée par tous pour imposer une vision doctrinaire coupée de la réalité de la vie des habitants du Grand Lyon."

Les élus Républicains et apparentés évoquent ainsi "des mesures anti-sociales" et "anti-économiques" qui vont "imposer à plus de 300 000 propriétaires à changer leur véhicule dans un délai restreint et pour les plus modestes qui n'auront pas la capacité financière à renoncer à l'usage de leur voiture".

Ils contestent également le périmètre de cet élargissement, qui concernerait les 59 communes de la métropole.

Lire aussi : "Nous souhaitons travailler sur une filière du rétrofit en local" Bruno Bernard (Métropole de Lyon)

Le groupe Les Progressistes, conduit par l'ex-président de la métropole, David Kimelfeld, a quant à lui annoncé qu'il s'apprêtait à proposer un amendement en ce début de semaine « afin que la délibération indique clairement que le renforcement de la ZFE s'accompagnera d'aides financières », pointant l'insuffisance des mesures proposées pour les particuliers à ce stade.

Son groupe politique explique : « si nous partageons l'impérieuse nécessité de réduire la pollution, nous ne pouvons accepter une mesure qui frappera les plus modestes sans accompagnement, des agents et salariés du territoire métropolitain qui travaillent chaque jour sur le périmètre visé et qui n'ont pas nécessairement d'alternative à la voiture individuelle ».

Un vote, malgré les oppositions

A l'issue de près de trois heures d'échanges ce lundi, donnant lieu à des interpellations nominatives de certains élus ainsi qu'au dépôt d'une dizaine d'amendements, le conseil métropolitain aura finalement acté le principe d'une amplification de la ZFE, confirmant à la fois l'élargissement des catégories de véhicules ciblées, ainsi que son périmètre élargi. Avec un calendrier inchangé de 2022 pour les vignettes Crit'Air 5, et du 1er janvier 2026 pour la sortie de l'ensemble des véhicules diesel.

Des questions telles que « les périmètres, les échéanciers, le cadre dérogatoire et les mesures d'accompagnement » seront ainsi laissées à l'étude au cours de l'année à venir, au sein d'une concertation, qui sera bien chapeautée par la Commission nationale du débat public.

Le président EELV, Bruno Bernard, a également rappelé que cette mesure s'assortirait du lancement de 25 kilomètres supplémentaires de tramway, de la gratuité des transports en commun pour les plus défavorisés instaurée en janvier, ou encore du développement de solutions de covoiturage mais aussi de l'arrivée à la rentrée prochaine d'un nouvel opérateur d'autopartage.

Du côté de l'opposition, l'étude de cette mesure a suscité, comme attendu, une vague de réactions. Le maire LR de Caluire-et-Cuire, Philippe Cochet, a notamment interpellé la majorité écologiste : « C'est l'engagement derrière une écologie populaire que vous êtes en train de détruire ». De son côté, Christophe Geourjon, président de la fédération UDI Métropole de Lyon et proche de Gérard Collomb, a alerté : « Si cette délibération était adoptée en l'état, elle ne ferait qu'accroître les fractures démocratiques, sociales et économiques ».

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