A Bernin 4, Soitec pose la première pierre de ses grandes ambitions vers l'automobile (et de sa réunification)

REPORTAGE. C'est à quelques mètres de son site historique que Soitec a posé la première pierre de sa nouvelle usine Bernin 4, une dizaine de jours seulement après avoir confirmé le choix de Grenoble. Avec 400 millions d'euros de budget et 450 emplois à la clé, cette nouvelle unité de production destinée aux substrats automobiles de carbure de silicium préfigure, selon son actuel dg Paul Boudre, une "nouvelle étape historique" pour le groupe, qui vise à doubler son chiffre d'affaires à horizon 2026. Une occasion aussi de témoigner de la "réunification" de sa gouvernance, en présence de l'ensemble de son comité de direction, mais aussi de son futur dg, Pierre Barnabé, qui arrivera officiellement début mai pour une période de transition.

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(Crédits : DR/ML)

C'était un moment symbolique à plus, d'un titre pour la "Silicon Valley française du Grésivaudan". A quelques mètres de ses locaux, Soitec a utilisé l'un des derniers tenants disponibles (sur une surface de 2.000 m2) pour accueillir son projet de nouvelle unité de production, destinée aux substrats innovants de carbure de silicium.

Ce nouveau matériau d'avenir, déjà utilisé par le géant Tesla comme facteur d'innovation au sein de ses véhicules électriques, représente pour Soitec le premier chapitre d'une nouvelle histoire, qui doit lui permettre de réaliser un pivot stratégique : jusqu'ici présent dans l'ensemble des smartphones mis sur le marché mondial grâce à ses substrats innovants SmartCut, l'isérois compte désormais sur le carbure de silicium (Smart Sic) pour devenir, à l'avenir, l'un des piliers du marché automobile.

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Pour cela, Soitec avait cependant besoin d'une unité de production de taille industrielle : c'est désormais bientôt chose faite, avec le lancement de la construction de cette nouvelle usine, qui sera entièrement dédiée au carbure de silicium. Un symbole puisque le groupe n'avait pas lancé de nouvelle construction depuis sa dernière unité de production en 2002.

Avec désormais à la clé, une industrialisation qui doit démarrer dès la mi-2023 avec la sortie de terre de ce nouvel équipement, après une phase de calibrage qui interviendra sur le second semestre 2023, pour une mise en production début 2024. Objectif affiché : produire dans un premier temps près de 500.000 wafers par an, pour franchir, à terme, le cap du million.

Un volume conséquent qui lui permettra directement d'adresser un marché mondial puisque, selon les calculs communiqués par le groupe, un seul wafer produit par Soitec peut lui-même servir à équiper 10 voitures électriques, en composants clés tels que les onduleurs, que l'on retrouve dans les batteries.

Son marché : les 40 millions de véhicules électriques d'ici 2030

L'isérois Soitec veut aller vite, aussi vite que la demande présente sur le marché de l'automobile, où les ventes de véhicules électriques explosent. Car d'ici à 2030, ce sont près de 40 millions de voitures électriques neuves qui devraient être commercialisées, et c'est bien là que la spin-off du CEA Leti entend faire la différence auprès des industriels de l'automobile.

Son pari désormais prêt à être industrialisé repose sur une promesse : marier les atouts du carbure de silicium à sa technologie innovante, le Smart Cut, pour en faire un nouveau substrat qui embarque avec lui plusieurs promesses (réduction de la consommation d'énergie tout en assurant une puissance décuplée de 20%, le tout couplé à un procédé qui permettrait de réutiliser la même matière plusieurs fois en vue d'économiser jusqu'à 75% de CO2 dans son processus de production, par rapport à la fabrication d'un substrat traditionnel).

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Et on peut dire que son actuel directeur général, Paul Boudre, n'est pas inquiet sur la demande émanant du marché. S'il demeure encore discret sur ses futurs clients, il glisse :

"Nous avons actuellement des discussions avec à peu près tous les acteurs mondiaux de l'automobile que l'on connaît". Avec, dans sa besace, l'argument d'avoir déjà sécurisé deux fournisseurs de carbure de silicium (poly-Sic) pour alimenter sa nouvelle usine, l'un en France et un autre aux Etats-Unis.

"Ils seront capables de répondre aux besoins et sont en train de se muscler pour le faire", ajoute Paul Boudre, en référence au récent accord conclu avec le fabricant français Mersen (ex-Carbone Lorraine) par Soitecen vue de travailler conjointement sur le développement de substrat polySiC à faible coût et très forte conductivité en 150 et 200mm.

Une nouvelle étape pour une gouvernance qui se veut "apaisée"

Ce n'est donc pas un hasard si ce jeudi, partenaires, élus et industriels se sont réunis à Bernin pour le lancement de ce nouveau site, dont le budget est estimé à 400 millions d'euros. Si le détail du financement n'est pas encore connu, la Région et l'Etat, par le biais du prochain programme PIIEC (projet important d'intérêt européen commun), devraient être de la partie, bien que les enveloppes n'ont pas été confirmées à ce stade.

Sur place, on retrouvait notamment, en plus des élus locaux et notamment du vice-président à l'innovation de la Région Auvergne Rhône-Alpes, deux acteurs de poids : Jean-Marc Chéry, le président du directoire du franco-italien STMicroelectronics, voisin et partenaire de longue date de Soitec, mais aussi le PDG américain du groupe GlobalFoundriesTom Caulfield, qui avait fait le déplacement jusqu'à Bernin.

"Soitec est un très important partenaire pour GlobalFoundries, nous sommes son client numéro un et nous étions ici pour lui montrer notre soutien", a souligné Tom Caulfield à La Tribune. Déjà client notamment sur la technologie phare FD-SOI, le fondeur américain précise : "l'automobile est devenu un segment très important pour GlobalFoundries et intervient déjà dans de nombreuses applications. Nous sommes en train de construire notre prochaine roadmap, et si elle inclue le carbure de silicium, je suis certain que nous trouverons une manière de collaborer avec Soitec à ce sujet".

L'ensemble du comité de direction de Soitec était présent également, quelques semaines seulement après une importante crise de gouvernance qui avait secoué la tête de l'entreprise, mais également le futur directeur général, Pierre Barnabé, qui en a profité pour marquer une première présence. Car même s'il a choisi de rester en retrait puisqu'il débute officiellement sa transition avec Paul Boudre le 1er mai prochain, le nouveau dg en provenance du groupe Atos est venu prendre le pouls, et rencontrer les équipes.

Volontairement discret, on ne le retrouvera pas encore sur les photos aux côtés de Paul Boudre ou des équipes, mais il a évoqué une situation désormais "apaisée" et une transition "en route" et se dit "serein" sur cette nouvelle étape qui s'annonce. Même chose du côté de son prédécesseur, qui ajoute, quelques mètres plus loin, un message d'unification : "aujourd'hui, on est tous là avec un focus important, qui est de réussir toutes les étapes de croissance qui sont devant nous. Les opportunités sont là et les équipes sont fabuleuses. Pierre est déjà là, on travaille déjà régulièrement ensemble et on a commencé à lui faire partager notre environnement avant qu'il n'arrive à 100% début mai".

On sait déjà que la feuille de route du nouveau dg, qui prendra ses fonctions pour une première phase de transition d'ici quelques semaines, sera particulièrement remplie, avec l'objectif affiché de doubler son chiffre d'affaires pour atteindre les 2 milliards d'euros d'ici 2026. Et Bernin 4 ne devrait pas être la dernière unité de production à sortir de terre, puisqu'au sein du plan global d'investissements annoncé en juin dernier, et qui visait à investir 1,1 milliards d'euros sur la période 2021-2026 (dont 20% pour le carbure de silicium), "au moins une nouvelle usine sera encore nécessaire", glissait Paul Boudre.

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