Semi-conducteurs : Soitec choisit (à nouveau) l’Isère pour son site de production destiné à l'automobile

La France, et notamment l'Isère, l'auront finalement emporté sur son second fief de Singapour. L'isérois Soitec, fabricant de rang mondial de substrats semiconducteurs, a confirmé ce vendredi ce qui apparaissait comme un secret de polichinelle jusqu'ici : sa nouvelle usine de production de carbure de silicium, un substrat semi-conducteur innovant destiné à l'industrie automobile, sera hébergée finalement sur son site historique de Bernin, qui a remporté la course. Avec à la clé, des financements provenant à la fois de la Région et de l'Etat dans le cadre du prochain programme PIIEC (projet important d'intérêt européen commun) en cours de finalisation.

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On sait déjà que ce sont près de 400 nouveaux emplois directs, ainsi que plusieurs millions d'investissements devraient ainsi être générés sur le site historique de Soitec, près de Grenoble. Objectif : produire de nouveaux types de wafers entrant dans la fabrication des onduleurs, qui s'imposent eux-mêmes comme des éléments clés dans la compétitivité des futurs véhicules électriques.
On sait déjà que ce sont près de 400 nouveaux emplois directs, ainsi que plusieurs millions d'investissements devraient ainsi être générés sur le site historique de Soitec, près de Grenoble. Objectif : produire de nouveaux types de wafers entrant dans la fabrication des onduleurs, qui s'imposent eux-mêmes comme des éléments clés dans la compétitivité des futurs véhicules électriques. (Crédits : DR)

Ce n'était pas un secret : depuis plusieurs semaines, l'isérois Soitec planchait sur un projet d'installation d'une nouvelle usine, destinée à produire en grands volumes une nouvelle version de son substrat innovant, le carbure de silicium, destiné aux applications de l'industrie automobile, et notamment à la composition des véhicules électriques de demain.

"Nous prévoyons que d'ici 2030, environ 40% des nouvelles voitures seront électriques. Notre solution SmartSiC unique, hautement performante, durable et compétitive en termes de coûts, répond aux défis industriels, contribue à optimiser l'efficacité énergétique et accélérera l'adoption des véhicules électriques", justifie par voie de communiqué Paul Boudre, directeur général de Soitec.

"Cette extension permettra également de soutenir les activités de Soitec dans le domaine du silicium sur isolant (SOI) en 300 mm", précise également l'isérois.

Après avoir créé déjà deux lignes de production sur place de 200 et 300 mm ainsi qu'un bâtiment dédié à la logistique, les travaux du nouveau bâtiment dit "Bernin 4" ont même déjà démarré. Prévus pour occuper à terme une surface de 2.000m2, ils comprendront notamment des équipements de salles blanches et de production.

Avec, comme horizon, de premiers revenus qui pourraient être générés dès le "second semestre de l'année civile 2023", pour des volumes amenés à représenter, à terme, "500.000 voire même plusieurs millions de wafers par an, en fonction des besoins du marché", confirme à La Tribune Thomas Piliszczuk, vice-président exécutif du bureau stratégique de Soitec.

Un choix tourné vers l'Europe et son objectif

Si le coeur de Soitec oscillait encore, à première vue, entre Singapour et Bernin, il semble que les discussions engagées avec l'Etat sur le rôle stratégique de cette filière, ainsi que les perspectives présentées lors du Chips Act annoncé le 8 février dernier par la Commission européenne (et qui prévoit notamment de doubler le poids de l'Europe dans la production de puces électroniques), aient fait pencher la balance en la faveur du site isérois.

"Nous avons déjà en France 1.600 de nos 2.000 salariés, nos sites de production, notre recherche et développement ici... Le cerveau de la recherche et de la fabrication de Soitec est déjà en France", justifie le groupe.

A ce stade, aucun détail n'a encore filtré sur une possible participation des pouvoirs publics à ce projet, mais Soitec confirme que la réalisation de ce projet sera conditionnée à des discussions avec l'Etat français, qui sont toujours en cours et pourraient aboutir à des annonces "sous quelques semaines ou quelques mois".

Et Thomas Piliszczuk le confirme : "Des dossiers de financements ont été déposés depuis un certain temps auprès de la Région et de l'Etat notamment dans le cadre du PIIEC 2 (projet important d'intérêt européen commun, ndlr) sont nécessairement entrés dans nos critères de choix et sont sur le point d'aboutir. Mais nous ne pouvions pas attendre car le marché est là".

Ce sont ainsi près de 400 nouveaux emplois directs (alliant différents profils : ingénieurs, techniciens en passant par des opérateurs), ainsi que plusieurs millions d'investissements qui devraient être générés sur le site historique du groupe, situé en banlieue grenobloise, dans ce qui est aujourd'hui déjà considéré comme l'un des berceaux européens de la microélectronique.

Bien que le montant global de l'enveloppe n'ait pas encore été communiqué, des premières estimations faisaient état d'un budget pouvant aller jusqu'à 400 millions d'euros.

En juin dernier, Soitec avait d'ailleurs déjà annoncé une enveloppe globale d'investissements de 1,1 milliards d'euros sur la période 2021 - 2026, dont 20% de ce montant serait dédié au carbure de silicium.

Le carbure de silicium, nouvelle voie royale vers l'électromobilité ?

Cette annonce intervient dans le cadre d'une montée en puissance des applications de ce nouveau type de substrat, déjà utilisé auparavant par l'industrie du photovoltaïque ainsi que par des pionniers comme Tesla dans le domaine de l'automobile.

"Nous avions déjà lancé depuis trois ans une ligne pilote avec le CEA Leti à Grenoble sur le carbure de silicium, et celle-ci est aujourd'hui totalement fonctionnelle et nous a permis de développer et valider la technologie ainsi que nos produits", précise Thomas Piliszczuk.

En s'appuyant notamment sa propre technologie brevetée (SmartCut), ces nouveaux substrats permettent ainsi à l'isérois de promettre "des gains significatifs en termes de performance et d'efficacité énergétique".

"Ces substrats en carbure de silicium serviront notamment à entrer dans la composition des onduleurs, qui font le lien entre le moteur et la batterie électrique, pour transformer le courant électrique. Il s'agit vraiment d'un élément clé pour les véhicules électriques, qui sont déjà utilisés par des acteurs comme Tesla", rapporte Thomas Piliszczuk.

Avec dans le viseur, la volonté de s'imposer sur la scène de la révolution de l'électromobilité, en s'appuyant sur les promesses du carbure de silicium. Il avait pour cela déjà recruté, en juillet 2021, l'ancien directeur général du CEA-Leti voisin, Emmanuel Sabonnadière, afin qu'il prenne la direction de son programme dédié au carbure de Silicium (SiC). Le groupe avait également acquis, en novembre dernier, la société savoyarde NovaSic, et à développer un partenariat renforcé avec le spécialiste français des matériaux avancés, Mersen.

Pour rappel, Soitec dispose déjà de six sites de production (France, Belgique, Singapour et Chine) et conduit en parallèle un grand plan de montée en production, destiné à accompagner une forte ambition de croissance.

Porté par la dynamique du marché des composants électroniques sur différentes applications (5G, automobile, smartphones, IoT, bâtiment connecté, etc), Soitec avait déjà annoncé un plan de croissance ambitieux qui vise à tripler le montant de son chiffre d'affaires d'ici 2026 pour atteindre les 2 milliards d'euros. Pour cela, il avait déjà affirmé qu'il miserait sur le doublement de ses capacités de production, en intégrant notamment la création de deux nouvelles usines.

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Commentaires 3
à écrit le 13/03/2022 à 9:59
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Le choix du bon sens et de l'avenir technologique avec le CEA, le CnRS et la recherche dans le domaine quantique. Oui les composants electroniques ne sont pas des variables d'ajustement d'une politique commerciale mondiale ou seul la chine voit la te...

à écrit le 12/03/2022 à 14:48
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"Nous prévoyons que d'ici 2030, environ 40% des nouvelles voitures seront électriques" c'est pas en 2035 la fin de construction de voitures à pétrole en UE ? La progression va donc être forte, 40% en 2030, 100% en 2035.

à écrit le 12/03/2022 à 13:53
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Produire ce genre de produit en France semble une évidence.. Non ?

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