Microélectronique : le grand coup d'accélérateur de Soitec pour répondre aux besoins des véhicules électriques

En marge de la présentation de ses résultats semestriels, la société iséroise Soitec s'est lancé dans un "sprint final" à destination du marché des véhicules électriques. A travers l'acquisition d'une société savoyarde NovaSic, ainsi qu'un partenariat renforcé avec le spécialiste français des matériaux avancés, Mersen, le leader des substrats semi-conducteurs veut s'imposer sur la scène de la révolution de l'électromobilité, en s'appuyant sur les promesses du carbure de silicium, un dérivé du silicium qui présente plusieurs atouts pour le marché de l'automobile.

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Avec sa nouvelle famille de substrats de carbure de silicium polycristallins (polySiC) à très faible résistivité électrique, Soitec veut répondre aux besoins des industriels de l'automobile et notamment des véhicules électriques. Un objectif qui passe à la fois par une acquisition et un partenariat stratégique, avant l'industrialisation prévue pour mi-2023.
Avec sa nouvelle famille de substrats de carbure de silicium polycristallins (polySiC) à très faible résistivité électrique, Soitec veut répondre aux besoins des industriels de l'automobile et notamment des véhicules électriques. Un objectif qui passe à la fois par une acquisition et un partenariat stratégique, avant l'industrialisation prévue pour mi-2023. (Crédits : DR)

Prévoyant un chiffre d'affaires de 2 milliards de dollars d'ici à 2026 (contre 443 millions sur son exercice 2018/2019 et 975 millions projetés en 2021/2022), la société iséroise Soitec se positionne déjà comme un leader mondial dans la fabrication de substrats semi-conducteurs en pleine ascension. Une ascension toutefois limitée, de fait, par la capacités des acteurs de la microélectronique à répondre aux besoins explosifs de différents marchés : automobile, objets connectés, high-tech, 5G, etc... En marge de ses résultats annuels, dévoilés ce mardi, Soitec a donc décidé de franchir un nouveau cap pour "répondre aux besoins des marchés automobile et industriel en matière de performance et d'efficacité énergétique", à travers deux annonces stratégiques.

Alors que le marché automobile représente actuellement 67 millions de dollars de son chiffre d'affaires (soit une portion encore infime des 950 millions de dollars projetés en 2021/2022), l'entreprise iséroise se prépare à un nouveau sprint, avec l'objectif de faire monter ce segment jusqu'à 20% de son chiffre d'affaires d'ici à 2026, tout en maintenant son objectif de croissance.

"Soitec a déjà commencé sa diversification dans le marché de l'automobile depuis une dizaine d'années, et souhaite aujourd'hui accompagner la croissance de ce marché, où quelque 20 millions de véhicules électriques sont projetés d'ici à 2025 et près de 45 millions en 2030. Cette révolution va reposer sur une nouvelle voie : le carbure de silicium, qui permet notamment d'apporter de la valeur ajoutée dans le convertisseur situé entre la batterie des ces véhicules électroniques et les moteurs", explique à La Tribune Emmanuel Sabonnadière.

Cet ancien dg du CEA-Leti vient justement d'être recruté en juillet dernier pour prendre la vice-présidence de cette nouvelle division, dédiée au carbure de silicium au sein de Soitec.

Un enjeu : industrialiser le carbure de silicium pour l'automobile

Car le fournisseur isérois compte bien s'inspirer des pionniers du domaine de l'automobile comme Tesla, qui ont déjà réussi à marier les atouts du carbure de silicium, (une matière à haute performance dérivée du silicium), pour proposer à ses clients, fournisseurs de "devices" pour le monde de l'automobile, une nouvelle version de son substrat, le SmartSiC.

Objectif : compléter les substrats massifs et monolithiques avec le développement d'une nouvelle famille de substrats, composés d'une combinaison d'une fine couche de carbure de silicium reportée sur un substrat en polySiC (carbure de silicium polycrystallin), avec une très faible résistivité pour optimiser les composants de puissance.

"Cette innovation est destinée prioritairement au marché en très forte croissance des véhicules électriques et aura pour effet de lâcher aussi la tension sur la fourniture des composants SiC pour l'automobile", précise Soitec, qui ajoute que le SmartSiC, "actuellement en phase de prototypage pour les appareils avec plusieurs partenaires clés, sera un catalyseur pour accélérer l'adoption des véhicules électriques".

Ce matériau cristallin offrirait en effet de meilleures performances, une conception optimisée mais également un impact environnemental réduit (avec près de 4.000 tonnes de CO2 économisées pour 100.000 waters produits, estime Soitec), avec des applications spécialement dédiées à l'électronique de puissance, particulièrement adaptées "aux véhicules électriques et à d'autres applications dans l'industrie et les infrastructure qui demandent de la conversion d'énergie électrique". De quoi devenir d'ici quelques années rien de moins que "l'épine dorsale de Soitec" pour les marchés de l'électromobilité.

Après avoir cocréé, aux côtés du CEA Leti, un premier centre de recherche à ce sujet, le Substrat Innovation Center à Grenoble où sont menés des travaux depuis trois ans, Soitec se prépare à passer à une phase d'industrialisation de son nouveau substrat à destination de l'automobile dès le milieu 2023.

Pour cela, le fabricant isérois vient de passer deux étapes stratégiques jugés essentielles : à commencer par l'acquisition du savoyard NovaSic, qui possède une expertise de rang mondial depuis une quinzaine d'années dans les étapes de polissage et de wafering des matériaux à base de carbure de silicium, qu'elle destinait déjà à des clients de l'industrie et de l'automobile. Cette TPE innovante de 20 salariés entre donc dans le giron du groupe Soitec (montant NC) et lui permettra donc d'adjoindre de nouvelles compétences en vue de l'industrialisation de son SmartSiC.

"A travers cette acquisition, nous rentrons dans les étapes de polissage et de préparation de collage entre les polySiC et les monoSiC qui sont au coeur de nos enjeux stratégiques", souligne Emmanuel Sabonnadière.

Mais Soitec vient également de signer un partenariat renforcé avec le fabricant français de matériaux avancés Mersen (ex-Carbone Lorraine), en vue de travailler conjointement sur le développement de substrat polySiC à faible coût et très forte conductivité en 150 et 200mm.

Ce groupe possède en effet déjà une cinquantaine de collaborateurs spécialisés au sein de son laboratoire de Gennevilliers (Ile-de-France) et travaille déjà sur les structures cristallines du carbure de silicium.

"Mersen est déjà lui aussi présent dans l'automobile à la même hauteur que Soitec, et avaient déjà engagé des travaux avec nous concernant les polycouches de carbure de silicium. Il s'agit là aussi d'un accord stratégique que nous développons aujourd'hui avec eux pour solidifier notre partenariat avec eux avant l'industrialisation".

Car si, pour séduire plus massivement les acteurs de l'automobile, Soitec devra montrer patte blanche en justifiant la sécurisation de ses approvisionnements à travers, au minimum, deux fournisseurs différents de matériaux, cet accord confirme déjà l'établissement d'une relation privilégiée avec un grand nom du domaine.

"Il faut se rappeler que les premiers designs du carbure de silicium dans l'automobile ont été apportés par le constructeur Tesla, et lui ont valu en partie la suprématie en matière de kilomètres parcourus délivrés, mais aussi, avec des temps de charge plus courts. Aujourd'hui, face à l'adoption plus massive de l'électronique par les constructeurs, proposer une nouvelle version de cette technologie SiC permettra de mieux répondre aux besoins de l'automobile", estime Emmanuel Sabonnadière, qui glisse que Soitec est déjà en discussions renforcées avec des constructeurs comme Volkswagen et Renault.

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Commentaire 1
à écrit le 01/12/2021 à 9:15
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Coquille : "un dérivé du silicium qui présente plusieurs atours pour le marché de l'automobile." bof, c'est pas plutôt ATOUTS ?

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