Avec prudence, le ski mondial amorce sa douce remontée après deux années de pandémie

ANALYSE. Alors que s'ouvre à nouveau ce mardi, après deux années de pandémie, le salon international de l'aménagement en montagne Mountain Planet à Grenoble (Isère) les chiffres se suivent, et ne ressemblent pas. Deux rapports dressent un même constat : si la fréquentation aura été amputée de moitié à l'échelle mondiale sur la saison précédente 2020-21 -dont les chiffres viennent d'être consolidés-, l'hiver qui vient de s'achever aura globalement été bon en France et confirme même le retour de la clientèle locale. Mais ce résultat devra désormais être lissé sur plusieurs saisons, avec les incertitudes autour de la guerre en Ukraine et d'un possible "rideau de fer", qui pourrait lui aussi rebattre plus durablement les cartes.

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En refermant les frontières, la crise sanitaire a en premier lieu conduit les skieurs à se rabattre sur une offre plus locale, dopant plus qu'habituellement la fréquentation domestique, comme cela a été le cas plus récemment en France et dès l'an dernier en Chine ou aux Etats-Unis, où les stations américaines ont par exemple enregistré un surplus d'un million de skieurs nouveaux ou réintégrant ses pistes.
En refermant les frontières, la crise sanitaire a en premier lieu conduit les skieurs à se rabattre sur une offre plus locale, dopant plus qu'habituellement la fréquentation domestique, comme cela a été le cas plus récemment en France et dès l'an dernier en Chine ou aux Etats-Unis, où les stations américaines ont par exemple enregistré un surplus d'un million de skieurs nouveaux ou réintégrant ses pistes. (Crédits : Savoie Mont Blanc Chabance)

On le savait déjà, la saison "blanche" enregistrée par les stations hexagonales en 2020-21 aura fortement pesé sur les comptes des stations, malgré les aides débloquées par l'Etat français.

Et pour la 14e année consécutive où il est publié, le rapport mondial sur le tourisme de neige et de montagne, qui vient d'être présenté ce mardi par le consultant suisse Laurent Vanat lors du Salon international de l'aménagement de montagne, Mountain Planet, relève chiffres à l'appui les premiers impacts très concrets de la pandémie, après les nombreux signaux d'alarmes qui avaient été envoyés au fil de la saison par les professionnels du secteur.

Désormais, on sait plus précisément à quel point la fréquentation a l'échelle mondiale aura été amputée par cet épisode :

Après une baisse estimée à -18% du nombre de journées skieurs à travers le monde pour la première saison 2019/20, impactée par les fermetures anticipées liées à l'arrivée de la pandémie, c'est encore une chute de -37% supplémentaire qui est venue s'ajouter dans la dégringolade de la fréquentation mondiale pour la saison 2020/2021, dot les chiffres viennent d'être consolidés avec une année d'écart.

Ainsi, alors que la saison de ski précédente avait déjà été considérée comme "la pire du millénaire" par son industrie, avec seulement 319,5 millions de journées-skieurs enregistrées dans le monde (contre près de 400 millions habituellement), la saison 2020-2021 a encore vu ce chiffre chuter à 201,2 millions de journées-skieurs l'an dernier, au sein des quelques 6.000 stations de ski, présentes dans 68 pays à travers le monde.

La situation aura finalement été très variée en fonction des pays, remarque Laurent Vanat. "Si toutes les stations ont pris des mesures sanitaires pour s'adapter à la pandémie, certaines saisons ont pu en réalité être raccourcies au début, au milieu ou à la fin en fonction des zones et des pays", relève Laurent Vanat.

Ainsi, les trois nations qui ont décidé de fermer complètement leurs remontées mécaniques (la France, l'Italie et dans une certaine mesure, l'Autriche) ont perdu jusqu'à "78% de leur fréquentation habituelle, le reste de l'Europe ayant également été impacté par une baisse plus globale de 32%, tandis que l'Europe de l'Est et l'Asie centrale ont plutôt connu des augmentations, comme les Etats-Unis, qui ont enregistré une croissance de +11%".

De leur côté, les pays de la zone Asie centrale ont eux aussi rencontré des difficultés additionnelles pour faire revenir leurs pratiquant, après la succession de confinements décidés en raison de la pandémie, provoquant ainsi une baisse de 32%, tandis que la reprise enregistrée en Chine a plutôt suscité un rebond de +17% à la saison dernière.

 "Il est certain que les pays alpins ont souffert davantage car il s'agit du plus gros marché, où l'impact a donc été le plus fort", note Laurent Vanat.

Car en refermant les frontières, la crise sanitaire a en premier lieu conduit les skieurs à se rabattre sur l'offre locale, dopant plus qu'habituellement la fréquentation domestique, comme en Chine ou aux Etats-Unis, où les stations américaines ont par exemple enregistré un surplus d'un million de skieurs "nouveaux ou réintégrant ses pistes".

Le top 3 mondial change (temporairement) de visage

Une année au visage particulier donc, et qui aura même propulsé, une fois n'est pas coutume, de nouveau acteurs en tête du classement du marché du ski : habituellement occupé par les Etats-Unis, l'Autriche et la France, le classement mondial 2020-2021 en pleine pandémie s'est ainsi complètement transformé pour accueillir la Chine sur la première marche, suivi du Japon et de la Suisse.

"Outre le fait qu'il s'agisse bien entendu d'une saison exceptionnelle, cela démontre que la Chine monte dans les rangs au niveau du classement des journées-skieurs", observe le consultant suisse.

Pour autant, la course à la taille ou à la performance n'aura pas nécessairement tiré les attentes de la clientèle sur cette période, puisque la plupart du volume des forfaits vendus (53%) demeurent le fait des 700 stations de taille intermédiaires (représentant entre 100.000 et 1 million de journées skieurs annuelles), tandis que 21% des journées skieurs sont au contraire réalisés dans les 52 plus grands domaines skiables à l'échelle mondiale.

Des investissements retardés mais une digitalisation "augmentée"

Un climat global qui aura nécessairement pesé sur le secteur de l'aménagement de la montagne, et notamment les investissements qui, pour une grande partie, auront eux aussi été décalés de plusieurs mois.

"On dénombre habituellement près de 200 installations majeures livrées chaque année à l'échelle mondiale et 2020 aura enregistré à ce sujet une sérieuse baisse, puisque pendant plusieurs semaines voire mois, ces sujets n'ont pas pu avancer", commente Laurent Vanat.

Une tendance qui pourrait toutefois s'accompagner d'un mouvement plus large et durable qui se dirige, lui aussi, vers un ralentissement du nombre de livraisons sur ce marché : car compte-tenu de la maturité d'un certain nombre de stations, où les équipements sont déjà présents, une large portion du marché est désormais tirée par les renouvellements, qui consistent le plus souvent à remplacer plusieurs anciens équipements par un seul appareil, plus performant.

Autre évolution majeure, issue de cette pandémie à l'échelle mondiale : la montée en flèche des forfaits "multi-resorts" et vendus à l'avance par les stations, notamment américaines, qui se sont fortement investies depuis un an dans ce segment.

Résultat ? La proportion de journées skieurs, réalisées à travers ce type de forfaits, a grimpé de 38 à 51%. "Ce phénomène se traduit déjà dans d'autres pays, avec d'autres produits qui commencent à percer, comme on le voit déjà en Europe de l'Est, dans les pays scandinaves, la Suisse, etc", note Laurent Vanat.

"Si pour l'instant, ce sont les stations qui ont tendance à se regrouper, et à créer ce type de produits qui leur permet ensuite de garder la main sur leurs données, c'est un secteur où il faut effectivement demeurer vigilant car nous ne sommes pas à l'abri de l'arrivée d'un Uber qui pourrait encore bousculer ce marché", met en garde le consultant suisse.

Le spectre de la guerre en Ukraine demeure présent

Côté projections, ce rapport international du tourisme de neige et de montagne se montre toutefois prudent sur la saison, qui vient tout juste de clôturer dans une portion des stations mondiales :

"Nous attendons encore de recevoir la plupart des chiffres, mais il est certain que la pratique du ski ne va remonter 'comme une fusée' partout. Il existe typiquement, dans ce secteur, des hauts et des bas liées aux conditions de la saison et qui peuvent rendre l'activité variable."

Et Laurent Vanat d'ajouter : "Une bonne saison de ski est souvent composée de l'alchimie de plusieurs facteurs, que sont la neige, le froid, le beau temps, mais aussi le calendrier des vacances... C'est une série de fins réglagles".

C'est pourquoi le consultant suisse affirme qu'il faudra attendre de voir "à l'échelle de 2 à 3 saisons", avant d'établir précisément les conditions de la "sortie de crise" du tourisme de montagne au niveau mondial.

D'autant plus que depuis, d'autres facteurs pourraient peser encore dans la balance, deux mois après le démarrage de l'invasion russe en Ukraine : "Cette une guerre va peut-être aussi changer les équilibres en présence, car il reste notamment à savoir si un rideau de fer pourrait retomber en Europe. Pour l'instant, on ne sait pas encore bien où l'on en est à ce sujet", admet Laurent Vanat.

Une saison de "reprise" "bonne" par les stations françaises

Reste que les stations françaises ont elles-mêmes déjà publié ce mardi leur premier constat pour l'Hexagone, par l'entremise de l'Observatoire National des Stations de Montagne, un outil partagé entre l'Association Nationale des Maires des Stations de Montagne (ANMSM) et l'organisme de promotion touristique Atout France.

Elles évoquent déjà un taux d'occupation qui se hisse à 69%, mais qui demeure cependant "en léger repli par rapport à la saison 2019-2020 (70%)", et avec certaines disparités entre les différents modes d'hébergement :

"Le remplissage aura par exemple été meilleur que sur la saison (de référence, ndlr) 2019-2020 pour les agences immobilières (72% contre 68%), les logements entre particuliers (57% contre 54%) et les hôtels (67% contre 65%). "En revanche, les villages clubs ont particulièrement souffert, avec un taux de remplissage de 68% au lieu de 78% en 2019-2020", note cet observatoire.

Le pari réalisé sur le retour des vacanciers français en montagne semble néanmoins avoir payé, puisqu'ils auront fait "plus qu'être au rendez-vous cette saison : ils ont compensé le plus faible retour de certaines clientèles internationales", juge ce document, avec une clientèle domestique estimée ainsi "en progression" par rapport à la saison 2019-2020 pour 74% des stations répondantes, mais sans que le chiffre ne soit donné à ce stade.

L'observatoire note également qu'un "bon niveau de présence de la clientèle ouest-européenne, belge, néerlandaise et allemande en tête" a été relevé sur l'ensemble de la saison, alors que certaines stations ont également été frappées, à compter de février dernier, par les restrictions sur la clientèle russe, depuis le démarrage de la guerre en Ukraine.

L'impact d'une absence prolongée de la clientèle russe notamment à haut pouvoir d'achat, qui demeure faible en volume à l'échelle nationale mais néanmoins important pour certains stations savoyardes et haut-savoyardes de "niche" comme Courchevel, Méribel ou Megève, n'a toujours pas été détaillé à ce stade.

Une fois n'est pas coutume, cet hiver aura permis également aux stations pyrénéennes d'enregistrer plus largement la plus forte progression à l'échelle française (63% contre 60% précédemment), tandis que les stations de faible altitude, plus familiales, ont également connu un regain de fréquentation (63% contre 61%).

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Commentaire 1
à écrit le 08/05/2022 à 16:30
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Je ne sais pas d'où viennent vos sources pour présenter votre article. Questionnez les professionnels et vous apprendrez que l'année 2021-2022 est la meilleure depuis 10 ans...

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