"Soleil, neige et vacanciers" : les stations de ski ont renoué avec des sommets en février, mais les prix des carburants inquiètent

Tout juste achevées le 7 mars dernier, les vacances de février auront cette année été percutées en partie par un contexte géopolitique particulier, avec le démarrage de l'invasion russe en Ukraine, et par les prix à la pompe, qui flambent. Pour autant, après deux années de crise sanitaire, les vacanciers français et étrangers ont répondu présents en nombre au sein des stations de ski françaises, et notamment dans les Alpes, où la fréquentation a même dépassé les niveaux d'avant-crise.
Après un mois de février qui approche le carton plein, les acteurs de la montagne surveillent attentivement la hausse des prix des carburants, qui constituent désormais la préoccupation numéro 1 en stations. Que ce soit pour les salariés, qui réalisent des déplacements pendulaires, comme pour la clientèle, mais aussi pour les remontées mécaniques.
Après un mois de février qui approche le "carton plein", les acteurs de la montagne surveillent attentivement la hausse des prix des carburants, qui constituent désormais la préoccupation numéro 1 en stations. Que ce soit pour les salariés, qui réalisent des déplacements pendulaires, comme pour la clientèle, mais aussi pour les remontées mécaniques. (Crédits : Pascal Lebeau)

Après une saison lourdement impactée par la fermeture des domaines skiables, les stations françaises attendaient de pied ferme ces vacances de février, une période qui peut représenter jusqu'à 40% du chiffre d'affaires de la saison d'hiver pour certaines stations.

Et quelques jours après le départ des derniers vacanciers de la dernière zone C, le 7 mars dernier, les premiers chiffres semblent au beau fixe. "Des chiffres même inespérés", souligne le président de l'ANMSM et maire de la Plagne, Jean-Luc Boch.

Car selon les premières données communiquées par l'Observatoire National des Stations de Montagne ANMSM - Atout France, le taux d'occupation de l'ensemble des hébergements durant ces vacances d'hiver aura, à nouveau, dépassé le niveau d'avant-crise, puisqu'il atteint un score de 87%, soit une hausse de 6% par rapport à l'hiver 2019-2020.

En Savoie Mont-Blanc, les taux d'occupation atteignent même 90% au centre des stations, avec une progression de +6% par rapport à leur niveau d'avant-crise. "A la Plagne, on état même sur des taux d'occupation de 99,6% sur les hébergements marchands : on ne peut pas faire mieux, d'autant plus que ce chiffre ne compte pas les lits non-commerciaux, dont les propriétaires sont souvent présents durant les vacances de février ", se félicite Jean-Luc Boch.

Du côté des moniteurs de ski également, le ciel est au beau fixe : "Les vacances de février ont été aussi bonnes qu'il y a deux ans, voir même meilleures pour un certain nombre de stations", glisse Guy Delavay, représentant ESF en Haute-Savoie. Dans le cas de sa propre école de ski, située aux Gets, "nous allons atteindre les mêmes résultats qu'il y a deux ans, mais avec des effectifs de moniteurs revus à la baisse de 10 % sur cette saison car les recrutements avec le Covid ont été plus difficiles à mener cette année".

Pour Michaël Ruysschaert, directeur général de l'Agence Savoie Mont Blanc, "ces données sont le résultat de plusieurs phénomènes qui se cumulent : une certaine frustration de la clientèle enregistrée après une année blanche, le redémarrage des marchés européens après l'assouplissement des conditions d'entrée sur notre territoire, ainsi que les grandes campagnes de communications qui ont été menées à la fois par les stations et par des agences comme la nôtre".

A l'échelle des sept derniers mois, ce sont en effet 2,6 millions d'euros qui ont été alloués  rien qu'à la promotion des 112 stations des Deux Savoie.

Le retour de la clientèle britannique confirmé

Côté massifs, les Alpes du Nord se seront par exemple particulièrement distinguées avec des taux d'occupation de leurs hébergements de 87%, contre 84% des Alpes du Sud de 84% et 83% pour les Pyrénées. Ce retour de la clientèle aura également bénéficié en premier lieu aux massifs d'altitude, puisque les stations situées au-dessus de 1.300 mètres auront été occupées à 87%, même si c'est du côté des massifs situés entre 630 et 1250 mètres que la plus forte progression (+6%) est enregistrée par rapport à la saison 2019-2020 (avec 83% de taux d'occupation).

Ces vacances de février auront aussi marqué aussi le retour de la clientèle britannique, qui n'avait pas pu se déplacer en fin d'année, compte-tenu des restrictions sanitaires engagées pour lutter contre la propagation du variant OMicron.

A l'issue de ces quatre dernières semaines, les Britanniques redeviennent ainsi la première clientèle internationale accueillie par les stations françaises, puisqu'elles représentent à nouveau plus d'un quart des nuitées (26,4%), devant les Néerlandais (18% des nuitées), des Belges (13%), ainsi que des Suisses (12%). La présence des Britanniques demeure toutefois encore en léger recul de 5% par rapport à son niveau d'avant-crise.

"Du fait des contraintes sanitaires qui ont été observées dans d'autres pays de ski comme l'Autriche par exemple, nous avons aussi assisté à un retour de la clientèle vers nos massifs, qui a redécouvert le savoir-faire des stations françaises", note Alain Ethievent, représentant de l'Ecole du Ski Français (ESF) en Savoie.

Côté consommation, l'Observatoire National des Stations de Montagne note que le ski alpin est demeurée malgré la diversification de l'offre, amorcée l'hiver dernier, "l'activité n°1 pendant les vacances d'hiver", une période qui concentre à elle seule "36% des journées skieurs", tandis que le reste des activités hors ski se seront orientées vers prioritairement vers les promenades en raquettes, à pied et en chiens de traineaux, annoncées en hausse.

"On constate encore cette année que les gens viennent à la base pour le ski, mais ils consomment désormais différemment : ils ne skient plus sans interruption par exemple de 9h à 17h, mais à la demi-journée et passent le reste de leur temps dans la restauration d'altitude ou sur des activités comme le bowling, la tyrolienne, etc", constate Jean-Luc Boch.

Le Syndicat national des moniteurs de ski français aura d'ailleurs déjà enregistré sur cette saison une croissance de ses ventes en ligne pour ls cours de ski de 11% par rapport à 2019. "Cette année, les gens ont réservé très tôt, une grande partie des cours étaient complets plusieurs semaines à l'avance. Nous avons notamment récupéré une clientèle locale qui n'avait pas skié depuis deux ans et qui a voulu se remettre sur pieds", note Guy Delavay.

Le spectre de la guerre en Ukraine demeure

Un bilan qui ne prend toutefois que peu en compte encore les impacts de la guerre en Ukraine sur la clientèle russe, peu nombreuse en volume, mais très présente dans certaines stations de la Tarentaise.

"Cette clientèle représentait 800.000 nuitées en Savoie Mont Blanc sur la saison 2019 2020, soit 6 % de la clientèle étrangère et 2 % de la clientèle nationale. Parmi ces chiffres, on retrouve 470.000 unités en hébergement marchand qui se répartissent principalement entre trois territoires : Courchevel (31%), Méribel et sa vallée (12%) et Chamonix et sa vallée comprenant Megève (10%)", confirme l'Agence Savoie Mont-Blanc.

Une clientèle également à fort pourvoir d'achat, puisqu'il est estimé en moyenne à 1.676 dollars par personne et par séjour à l'étranger, selon CB Visa Global. Soit un panier moyen pouvant tout de même dépasser les 5.000 dollars pour une famille de quatre personnes.

"On est cependant très loin de l'image des oligarques", nuance Michaël Ruysschaert, pour qui le poids de cette clientèle ne doit ni être stigmatisée, ni être sous-évalué. "On sait que certaines stations comme Courchevel ont connu des annulations, mais on ne peut pas dire pour autant que la montagne a tangué".

"On a senti qu'au démarrage de la crise ukrainienne fin février, les gens s'interrogeaient, mais cela n'a pas trop joué sur cette période car la plupart des gens avaient déjà réservé. Les interrogations sont désormais plutôt sur le mois de mars, même si l'on sait notamment qu'une partie de la clientèle russe que nous recevons est en réalité déjà expatriée d'autres pays européens, comme le Royaume-Uni, l'Allemagne, etc", observe Alain Etievent.

Jean-Luc Boch à l'ANMSM le confirmait lui-même : "La suite de la saison, et notamment les vacances de printemps, reste pour le moment plus incertaine au regard de l'actualité, avec pour l'instant un retard des réservations, notamment concernant les clientèles internationales".

Des prix à la pompe qui s'apprêtent à peser davantage

Car si le mois de février était relativement peu propice à la venue des skieurs russes, ce n'est pas le cas sur le mois de mars, qui représentait lui aussi une période "hors vacances scolaires" où les Russes avaient leurs habitudes, juste après le mois de janvier, lui-même marqué par le Nouvel an orthodoxe.

Mais pour plusieurs acteurs de la montagne, ce sont cependant plutôt les prix des carburants qui constituent désormais la préoccupation numéro 1 en stations. Que ce soit pour les salariés, qui réalisent des déplacements pendulaires, comme pour la clientèle, "en particulier celle des vacances d'avril, qui était plutôt composée de familles venant sur cette période car les prix étaient justement moins élevés", note Michael Ruysschaert.

"Pour autant, est-ce que cela va vraiment venir freiner des familles qui ont souvent économisé, en raison de la crise sanitaire, durant deux ans pour se rendre au ski ?", se demande Jean-Luc Boch.

Déjà, Michaël Ruysschaert évoque l'exemple d'un événement de marche nordique "qui a du mal à se remplir cette année". "Car à 2,3 euros le litre, il est difficile pour les participants de s'engager à payer leur inscription pour un événement où l'on se rend quasi exclusivement en voiture". Avec une chose qui apparaît désormais comme certaine : "Ce que la clientèle mettra dans la hausse des carburants, elle ne le dépensera pas dans la consommation sur place".

Car en montagne plus qu'ailleurs, la voiture demeurait jusqu'ici le mode de transport privilégié pour accéder notamment aux stations de sports d'hiver, même si des liaisons de transports en communs (bus, train) se sont développés au fil des dernières années, comme en atteste également la reprise de la ligne Eurostar vers la Tarentaise, par la filiale de la Compagnie des Alpes cet hiver.

"Au niveau du Syndicat National des Moniteurs de Ski Français, nous avions notamment déjà lancé une enquête sur les déplacements des moniteurs, et nous sommes justement en train de voir comment amplifier cette sensibilisation à travers différents moyens comme le covoiturage, les transports en commun, voire même l'utilisation des remontées mécaniques comme des ascenseurs valléens lorsque cela est possible", indique Alain Etievent. Pour lui, cette hausse des carburants pourrait même "amplifier le mouvement de transition écologique de la montagne dans les années à venir".

Reste que cette période va nécessairement reposer plus largement la question des modes de transport :

"Il est certain que l'on ne pourra plus se passer, compte-tenu du contexte actuel, d'une augmentation des capacités des trains au cours des années à venir. Il va falloir remettre des wagons à double étage et des trains de nuit, il n'y aura pas d'autre solution", appuie Jean-Luc Boch.

Avec déjà, un enjeu qui ira de pair avec d'autres réflexions à mener sur le calendrier des séjours :

"Il va également falloir changer nos modes de réservations, avec la fin des sacro-saints séjours du samedi au samedi. Ce sera gagnant pour tout le monde, avec des séjours moins chers, moins d'encombrement sur les routes et à l'arrivée, et aussi plus de flexibilité dans les transports en commun", atteste le président de l'ANMSM.

Les domaines skiables et notamment les remontées mécaniques surveillent également attentivement la hausse des prix de l'énergie, qui devraient peser beaucoup plus fortement en cette fin de saison. Avec une réelle inquiétude pour la saison à venir, dans le cas où le conflit ukrainien viendrait à durer.

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