Une croissance « solide », mais freinée par la pénurie de composants pour le distributeur lyonnais LDLC

Après une année record, avec +46% de croissance enregistrée sur l’exercice 2020/2021, le distributeur lyonnais de produits high tech LDLC (et ses marques Matériel.net, LDLC et Hardware.fr, TopAchat.com, etc) enregistre à nouveau des résultats semestriels en hausse, mais de manière plus limitée cette fois (+6%). Freiné dans son envolée par la pénurie de composants électroniques sur la période des fêtes, le groupe reste cependant confiant sur les tendances du marché high tech, qu’il estime toujours porteuses sur le long terme, ainsi que sur son objectif de 750 millions d'euros pour 2021/2022.

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S'il n'a pas chiffré le manque à gagner « global », le dg de LDLC estime que sur des produits comme les cartes graphiques, ce sont près de 35% des volumes qui pourraient venir à manquer en cette fin d'année. Mais selon lui, la situation devrait revenir toutefois à la normale en début 2022, une fois le pic passé.
S'il n'a pas chiffré le manque à gagner « global », le dg de LDLC estime que sur des produits comme les cartes graphiques, ce sont près de 35% des volumes qui pourraient venir à manquer en cette fin d'année. Mais selon lui, la situation devrait revenir toutefois à la normale en début 2022, une fois le pic passé. (Crédits : DR)

La croissance ne sera pas aussi forte qu'en 2020, mais elle demeure présente. Pour le distributeur lyonnais de matériel high tech (Matériel.net, LDLC et Hardware.fr, TopAchat.com, etc), qui venait d'être la cible d'un  « incident de cybersécurité » dévoilé la semaine dernière, et ayant provoqué la consultation de données privées (et pour lequel des investigations sont toujours en cours), pas de surprise à proprement parler du côté des résultats de son premier semestre 2021/2022 (exercice décalé).

Le groupe enregistre une croissance de +6% de son chiffre d'affaires, porté ainsi à 333,5 millions d'euros, ainsi que de nouveaux records d'EBE et de résultat d'exploitation, « malgré un effet de base exigeant ».

Sa marge brute s'établit en effet à 23,1% (76,9 millions d'euros), soit une hausse de 12% « qui traduit, d'une part la croissance de l'activité, souligne le groupe, mais aussi « le maintien du taux de marge brute à un niveau record observé sur l'ensemble de l'exercice 2020-2021 ».

Une « dynamique de marché favorable » portée par une large gamme de produits et un moindre recours aux offres promotionnelles auraient également contribué à ce chiffre. Son excédent brut d'exploitation (30,7 millions d'euros) s'améliore aussi de 20% par rapport à la même période l'an dernier, avec une marge d'EBE de 9,2% (contre 8,1% l'an dernier), et s'expliquerait selon LDLC « par la progression de la marge brute et une croissance des charges d'exploitation (hors achats consommés) à un rythme plus modéré ».

Quant à la forte croissance (+ 46%) enregistrée lors de son précédent exercice, son directeur général, Olivier de la Clergerie, nuance : « En réalité, la moitié de ce chiffre était attribuable à de la croissance externe, il faut plutôt comparer le chiffre actuel à une croissance à périmètre constant de 20% ». Tout en reconnaissant toutefois qu'il était compliqué de poursuivre sur la même tendance qu'en 2020/2021, où la crise sanitaire avait eu un effet catalyseur sur la consommation du grand public comme des ménages sur le plan des équipements informatiques.

Bien que moins dynamique que l'an passé, le marché du high tech confirme cependant une progression sur le premier semestre, tiré à la fois par le secteur BtoB qui est demeuré légèrement plus actif, sans que le BtoC ne décroche pour autant. « LDLC évolue dans un environnement porteur, dynamisé par l'innovation et la forte demande de produits high- tech émanant des particuliers comme des entreprises  ».

Ce semestre confirme également « qu'il n'y a pas de décrochage sur les ventes en magasin contrairement à ce qui aurait pu être anticipé », ajoute Olivier de la Clergerie, qui y voit là « une confirmation » de la stratégie multicanale du distributeur, engagé dans le développement d'une centaine de boutiques à moyen terme (contre 84 actuellement).

« La spécificité du marché français, c'est aussi qu'il dispose d'une forte portion de petites et moyennes entreprises, qui demeurent friandes de conseil et de contact en présentiel que permet la vente en magasins. C'est pourquoi nous sommes convaincus que les ventes en ligne ne cannibaliserons pas celles en boutique », note son dg.

Des stocks plus tendus pour les fêtes de fin d'année

Pour les fêtes de fin d'année à venir, LDLC anticipe cependant une incidence des pénuries actuelles, que connait le monde des composants électroniques, qui, même si elles ne sont pas comparables à ce qu'enregistre d'autres secteurs comme l'automobile, se traduiront nécessairement par des quantités plus limitées sur certains produits, comme les cartes graphiques.

« On ne peut pas parler réellement de 'pénurie', car nous continuons d'être approvisionnés, mais les quantités reçues ne sont pas conformes à ce que l'on reçoit habituellement pour les périodes de fin d'année », concède le dg.

C'est notamment le segment des particuliers, qui ont tendance à s'équiper en premier lieu sur ce type de produits, et qui pourrait donc être confronté à un manque de stocks sur certaines références. « D'autant plus que sur dans le cas d'une carte graphique, on peut difficilement la remplacer par une autre référence », note Olivier de la Clergerie.

S'il n'a pas chiffré le manque à gagner « global », le dg de LDLC estime que sur des produits comme les cartes graphiques, ce sont près de 35% des volumes qui pourraient venir à manquer en cette fin d'année. Mais selon lui, la situation devrait revenir toutefois à la normale en début 2022, une fois le pic passé.

« Aujourd'hui, nous sommes confiants sur le fait que ces problématiques vont se tasser dans les mois à venir, nous allons ensuite revenir à des volumes habituels, hors fêtes de fin d'année plus facilement », déclare Olivier de la Clergerie.

A la fin octobre, le groupe avait déjà tenté d'anticiper cette situation tendue en augmentant ses stocks de 25% par rapport à l'année 2020 (même si cela n'a pas été possible sur tous les produits), faisant ainsi passer sa trésorerie de 31,3 millions d'euros au 31 mars dernier à 14,6 millions cet automne. « Nous avions préféré utiliser le cash que nous avions à disposition pour protéger notre activité plutôt que de le garder en banque », rappelle-t-il.

Toujours une cible de 750 millions d'euros pour l'année 2021/2022

En conséquence, LDLC maintient sa guidance pour l'exercice annuel en cours, mais anticipe qu'il atteindra plutôt le bas de fourchette, établi à 750 millions d'euros, plutôt que la cible haute des 800 millions.

D'autant plus que le coût des transports maritimes, qui continue à flamber, a alourdi sa facture. Même si là encore, le distributeur s'estime privilégié par rapport à d'autres industries, contraintes de faire transiter des produits plus volumineux, comme l'électroménager.

« Dans le cas du high tech, on reste sur des objets qui prennent peu de place dans les contenaires, ce qui nous a permis de mieux répartir les hausses des coûts de transport sur un ensemble de produits, plutôt que de devoir pratiquer des hausses substantielles sur certains articles », affirme Olivier de la Clergerie.

Discret au sujet des hausses pratiquées en retour sur les prix aux consommateurs, le directeur général n'avance pas de chiffres, mais rappelle que son modèle repose déjà, historiquement, « sur des prix qui évoluent tous les jours en fonction de certains éléments, comme les variations du prix du dollar. Cela n'a pas changé avec cette crise, nous n'avons pas un prix catalogue qui soit fixe sur une période donnée ».

Après une solide assise en France, que ce soit à travers ses boutiques ou ses ventes en ligne, LDLC cultive toujours l'ambition d'adresser l'Europe : après une présence en ligne au sein des pays francophones (Suisse, Belgique, etc), il a relancé au cours des derniers mois ses ventes en Espagne, via un site dédié et s'est également ouvert depuis juillet dernier au marché italien, ainsi qu'au marché anglophone, avec le lancement d'un portail anglophone, destiné aux marchés du Nord de l'Europe, depuis octobre dernier.

« Il est encore trop tôt pour en observer les résultats, mais ce sont des marchés qui nous intéressent », reconnaît Olivier de la Clergerie.

Repenser le modèle des 35 heures depuis janvier dernier

Et tout cela, en mettant en place la semaine de quatre jours (32 heures), payée 35 heures, annoncée en janvier dernier afin de « créer un cercle vertueux », afin que ses salariés, mieux reposés et plus disponibles, puissent en retour aussi mieux s'investir au sein de la société.

Depuis, le directeur général confirme que l'ensemble de ses équipes ont embrassé ce changement, qui a nécessité des aménagements d'horaires, mais aussi un budget pour l'heure beaucoup plus limité que prévu.

Car après avoir anticipé une enveloppe d'un million d'euros, reposant notamment sur 30 à 40 embauches, le patron de LDLC a finalement observé que ce virage a pu se faire en repensant en premier lieu les modes d'organisation. Avec, seulement une poignée d'embauches de 5 à 10 personnes supplémentaires.

« En laissant les collaborateurs s'organiser différemment, nous avons observé que les besoins en matière d'horaires à combler n'étaient finalement pas aussi importants que prévu, et surtout, que les collaborateurs étaient plus reposés et par conséquents plus disponibles sur leur temps de travail, avec désormais un meilleur équilibre qui se ressent au quotidien ».

Il prend l'exemple du secteur de la logistique, où certains employés pouvaient avoir des périodes de fatigue qui pouvaient se ressentir ensuite par une forme d'irrégularité sur les cycles de production, que cette mesure est venue gommer. « Nous avons d'ailleurs été interpellés par plusieurs entreprises de différents secteurs qui suivent notre parcours et veulent en savoir plus, il s'agit d'un sujet qui ne laisse pas indifférent », constate le dg.

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