Laurent Wauquiez : "Nous sommes en train de réfléchir à un fonds souverain régional"

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Pour l'instant, la meilleure façon d'aider les acteurs de la montagne est d'arrêter de fermer les stations, estime le président LR de la Région Auvergne Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, qui s'était engagé il y a quelques semaines à soutenir un référé déposé devant le Conseil d'Etat par les acteurs de la filière.
"Pour l'instant, la meilleure façon d'aider les acteurs de la montagne est d'arrêter de fermer les stations", estime le président LR de la Région Auvergne Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, qui s'était engagé il y a quelques semaines à soutenir un référé déposé devant le Conseil d'Etat par les acteurs de la filière. (Crédits : DR/C Pietri)
ENTRETIEN. À l’issue de la visite de Jean Castex, le président LR de la Région Auvergne Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, revient sur le contenu et la mise en place concrète du plan régional de 3 milliards d'euros, mais aussi sur la nature de ses échanges avec le Premier ministre. Il y évoque aussi ses pistes pour accompagner la campagne de vaccination à venir, ainsi que la survie de deux secteurs en crise, la montagne et l’événementiel, qui pèsent fortement au sein de l'économie régionale.

LA TRIBUNE AUVERGNE RHONE-ALPES - Revenons tout d'abord sur le cadre de la visite de samedi dernier, alors que le gouvernement Castex se trouvait lui-même en pleine polémique sur la campagne de vaccination, jugée trop lente à l'échelle de l'Hexagone. Vous étiez vous-même intervenu dans ce sens au cours des dernières semaines : quelle a été finalement l'ambiance de votre rencontre avec Jean Castex ?

LAURENT WAUQUIEZ - « Je suis dans un état d'esprit très simple : je préfère travailler de façon constructive et positive, avec tous ceux qui viennent pour aider notre région et lui permettre de sortir de la crise, plutôt que de nourrir des polémiques. Je connais également bien Jean Castex car nous avions déjà travaillé ensemble sur des sujets d'emploi. C'est quelqu'un pour qui j'ai de l'estime, nous avions l'objectif de travailler ensemble.

Je tenais également à ce que cette signature ne soit pas un élément de communication où il n'y aurait rien de concret. Il est important de montrer que ce plan peut permettre de soutenir rapidement des entreprises, de sortir des chantiers de lycées, d'améliorer les infrastructures de la région, etc. »

Fin décembre, vous aviez dressé vous-même un premier bilan de votre campagne de tests massive, engagée juste avant les fêtes de Noël. Avez-vous profité de cette visite pour faire remonter au gouvernement Castex une volonté, voire des pistes de collaboration renforcées sur votre territoire, sur le terrain de la vaccination ?

« J'ai d'abord conseillé à Jean Castex de se méfier de toutes ces règles administratives qu'on lui propose et qui aboutissent à rendre toute décision impossible. Ces mesures n'ont aucune forme de pragmatisme : c'est par exemple le cas du réseau inventé pour approvisionner les maisons de retraite, et qui fonctionne à travers deux réseaux de distribution différents, où les stocks arrivent au compte-goutte, alors qu'en face, on dit aux gens d'aller se faire vacciner. Si l'on gérait comme ça l'ensemble des collectivités ou entreprises de la région, nous serions déjà en faillite.

J'ai affirmé que nous sommes prêts à être des partenaires pour le déploiement des vaccins au sein du système public, et à participer à aider les habitants à se déplacer jusqu'aux centres où ils pourront se faire vacciner. »

Cela signifie que nous ne nous situons pas encore dans la même logique que la campagne régionale de tests, où vous pourriez vous réappuyer sur l'ensemble du réseau de 1.300 centres éphémères, constitués fin décembre ?

« Si l'on me donne le feu vert, je le ferai, ce serait plus rapide et plus souple, mais pour l'instant, ce n'est pas la volonté du gouvernement. Je ne souhaite pas faire de polémique pour la polémique, j'ai donc proposé notre aide et assuré que nous serons là pour contribuer à mettre en place une solution de transport, afin que les habitants puissent se rendre dans les centres éloignés de chez eux.

Ma conviction demeure cependant que sur la durée, l'organisation des politiques de vaccination devra s'installer directement au sein des entreprises, afin que les gens puissent se faire vacciner à proximité des lieux où ils se trouvent, qui peuvent aussi être des gares, salles polyvalentes, gymnases, etc. »

De combien de temps auriez-vous besoin pour redéployer cette logistique ?

« Je pense que nous serions capables de redéployer cette organisation, si nécessaire, en une semaine ».

Du côté du plan de relance de 3 milliards d'euros annoncé par le gouvernement pour la région AuRA, quelle forme va-t-il concrètement prendre pour les entreprises régionales ? Cette enveloppe est-elle destinée à financer en partie le plan de la relance de l'économie auralpine d'un milliard d'euros, présenté cet été, ou encore des 100 millions d'euros d'aides d'urgence, annoncées en deux actes ?

« Cette enveloppe vient s'ajouter en supplément aux sommes déjà existantes. Je me suis engagé d'ailleurs à ce que la Région ajoute un euro à chaque fois que l'État mettra un euro.

Je rappelle que nous ne finançons pas l'ensemble de nos investissements actuels avec de la dette, mais avec des économies réalisées de manière importante au cours des dernières années sur le budget de la Région.

Nous avions en effet annoncé une série d'aides car notre objectif est d'injecter de l'argent dans l'économie très rapidement pour compenser l'installation de la crise économique. L'argent du plan de relance viendra donc s'ajouter aux dispositifs existants. »

Quels seront les critères d'octroi ainsi que les organismes chargés de les délivrer ? La Région sera-t-elle, là aussi, chef de file pour l'octroi de ces enveloppes ?

« Nous nous sommes battus pour que le dispositif soit souple et piloté en lien avec la préfecture et la Région.

Nous avons déjà une liste de projets pré-identifiés car l'objectif demeure que tous les chantiers puissent démarrer rapidement.

Or, on sait très bien que si l'on prend des projets qui ne sont pas encore décidés, il pourrait se passer trois à quatre ans avant que l'argent ne soit consommé, ce qui serait beaucoup trop long. Notre objectif est de pouvoir aider des projets qui peuvent démarrer tout de suite. »

A quelle échéance plus justement peut-on attendre les premiers déblocages de ces fonds ?

« Pour nous, l'objectif est de sortir les premiers financements en trois à cinq mois maximum. »

Ces aides prendront à la forme de subventions directes ou des prêts aux entreprises ?

« Ce plan possède un volet compétitivité qui permettra de financer également des projets d'entreprises qui développent de la R&D, relocalisent leur production, ou choisissent d'investir dans des équipements techniques. Il existe aussi un volet emploi, afin de réorienter les demandeurs vers des métiers en tension car nous savons qu'il s'agit d'un enjeu, y compris au sein de notre région.

Ces aides pourront prendre la forme de subventions mais aussi prêts, mais avec un différé de remboursement important, contrairement au dispositif actuel du PGE, afin de ne pas étrangler les entreprises avec les échéances de remboursement.

Nous sommes aussi en train de réfléchir à la mise en place d'un fonds souverain de la région, qui permettrait à travers des opérations de haut de bilan, de soulager le poids de la dette des entreprises, en les transformant en quasi fonds propres.

C'est quelque chose qui pourrait s'adresser typiquement aux acteurs de l'aéronautique, car nous sommes convaincus qu'ils reprendront de la profitabilité sur la durée. Tout l'enjeu est d'éviter qu'aujourd'hui ils ne meurent. »

Est-ce également le cas pour les secteurs de la montagne et de l'événementiel, qui constituent deux poids-lourds en AuRA ? Pensez-vous qu'il soit nécessaire d'imaginer de nouvelles solutions pour accompagner ces secteurs ?

« Pour l'instant, la meilleure façon de les aider est d'arrêter de fermer les stations. C'est un enjeu essentiel et je suis très inquiet, tout comme l'a évoqué le président du Club Med, Henri Giscard d'Estaing, que l'État impose à ce secteur une fermeture aussi durable, dont on sait qu'elle aura un impact économique catastrophique. Car une aide ne remplace jamais un client.

Au cas où la décision de l'État attendue ce mercredi soit négative, nous allons bien entendu travailler à bâtir un plan de soutien exceptionnel pour le secteur de la montagne. Je suis d'ailleurs atterré par le discours de l'extrême gauche et des écologistes expliquant que la montagne n'a pas besoin du ski : il suffit de voir les dégâts en matière d'emploi sur la non-réouverture des remontées mécaniques pour comprendre qu'il s'agit d'un enjeu vital pour l'avenir de la montagne. »

Lire aussi : Montagne : plus que quelques jours pour "sauver" les vacances de février

Et sur le volet de l'événementiel, où la région lyonnaise héberge justement des leaders hexagonaux comme GL Events ?

« Concernant l'événementiel, j'ai remis un dossier aux services du premier ministre concernant l'impact de la crise : il faut à tout prix mettre en place un plan d'urgence dédié à ce secteur qui est en train de mourir. Or, nous avons des champions locaux et internationaux.

Nous allons travailler en ce sens, même si l'échelle, ainsi que les montants en jeu, sont importants et nécessitent une prise de décision au niveau national. »

Face à des secteurs parfois durement touchés comme nous venons de l'évoquer, votre plan de relance mise sur l'investissement. Quelle analyse dressez-vous du moral des entreprises régionales à ce sujet justement ?

« Lorsque l'on regarde la lourdeur de l'administration centrale, et d'un autre côté, l'adaptation des entreprises qui ont pu perdre 50 % de leur chiffre d'affaires du jour au lendemain, je tire tout d'abord mon chapeau aux capacités de réponse des industriels, qui ont été dans une agilité très forte.

Il existe ensuite une réalité très différente en fonction des secteurs concernés. L'aéronautique est évidemment dans une vraie inquiétude, tandis qu'à l'inverse, le secteur de la santé de l'agoalimentaire est en plein déploiement.

Globalement, les entreprises régionales ont plutôt tendance à faire le pari de l'innovation et à investir plutôt qu'à faire le dos rond, et c'est quelque chose que la Région compte soutenir, même si nos aides ne représentent qu'une petite part des investissements réalisés par ces industriels. »

Vous préparez-vous à devoir lancer de nouveaux appels à projets ?

« Nous pilotons déjà, aux côtés de l'État, une série d'appels à projets destinés à la relance, qui visent par exemple à soutenir l'industrie du futur. L'accord que nous venons de signer pourra venir abonder les enveloppes déjà existantes, car nous avions reçu un nombre très élevé de demandes.

Près de 300 à 400 projets d'entreprises nous ont déjà été soumis, à travers différents dispositifs, pour des projets d'investissements allant de 500.000 euros à trois à 4 millions d'euros. Nous allons ainsi pouvoir les aider davantage. »

Au sein des objectifs communiqués pour ce nouvel accord destiné à la relance, figure également la question de la transition écologique. Existe-t-il des projets prioritaires et déjà identifiés en Auvergne Rhône-Alpes, qui pourront bénéficier de cette enveloppe ?

« Tout d'abord, il existe tout un volet hydrogène qui demeure très important car nous sommes l'une des régions plus avancées en Europe à ce sujet. Lorsque l'on achète une voiture électrique, l'ensemble des composants proviennent de Chine alors que dans le cas de l'hydrogène, cela est produit dans la vallée de l'Arve, la métropole grenobloise, ou encore dans l'Ain.

Il existe aussi le sujet du fret ferroviaire qui demeure un enjeu essentiel, avec la ligne Lyon -Turin, en vue de faire sortir les camions de nos vallées. En résumé, je crois en une écologie du bon sens, pragmatique, mais pas à une idéologie défendue par l'extrême gauche. »

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Commentaires
a écrit le 25/01/2021 à 10:27 :
On fait un fond souverain quand il y a des surplus et des surplus en France cela n'existe pas, alors avec quoi qu'il va faire ce fond, de toute façon ils vont toujours taper dedans pour tout projet fantaisiste.
a écrit le 19/01/2021 à 11:01 :
Certains n'ont toujours pas compris que l'argent est non limitant à notre époque. C'est la qualité des projets, l'innovation qui drivent le monde? Un bon projet trouve toujours à se financer, et avec des taux d'intérêt nuls, cela est encore plus facile. Ceci est vrai depuis la naissance de Microsoft, dans un garage, par deux extra-terrestres, il y a un demi-siècle! Récemment, le vaccin de "Pfizer" est un autre exemple (deux chercheurs turcs sans moyens importants qui ont pu lever les fonds nécessaires à l'expression de leurs génies). Le secteur public est incapable de comprendre ces domaines de la Tech. et n'ont pas à essayer d'intervenir (on ne demande pas à un journaliste de rentrer sur un terrain de foot)...
Réponse de le 19/01/2021 à 13:12 :
ben l'idee c'est de financer des projets locaux donc de l'emploi local, avec de l'argent ' paye par personne' via des prets non remboursables
tout le monde a compris ce qu'il se passe.........
c'est marrant mais aucun politicien ne detient jamais une part de ces projets foireux ' a titre personnel'
il suffit de regarder ou les ministres de Hollande avaient leur argent....entre les livrets a, les comptes courants, et les taudis et autres ' huttes en torchi', tout est dit........
a écrit le 19/01/2021 à 10:00 :
"Nous sommes en train de réfléchir à un fonds souverain régional"

Un fond "souverain" au sein du consortium européen financier qui n'a fait qu'éradiquer la moindre puissance politique nationale, dépecer les propriétés des pays et donc des citoyens et donc enemie numéro 1 de la moindre notion de souveraineté ?

J'aime bien Wauquiez parce que physiquement il ressemble incroyablement à un copain mais quand même hein, à un moment faut arrêter de s'écouter tout le temps parler faut aussi se référer un minimum à la réalité, merci.

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