Région AuRA : 50 millions de plus pour les commerces fermés, la gestion du gouvernement épinglée

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(Crédits : ©Région Auvergne-Rhône-Alpes/MichelPérès)
La région Auvergne Rhône-Alpes de Laurent Wauquiez veut continuer à se placer comme l’un des chefs de file sur le terrain des aides économiques et le porte-voix des professionnels encore fermés, épinglant au passage la gestion du gouvernement. L’exécutif régional a annoncé ce mardi une nouvelle enveloppe de 50 millions d’aides, destinée aux « secteurs les plus touchés » et demeurant fermés. Au total, plus de 500 millions d’euros auraient été à ce jour accordés par la Région AuRA pour faire face à une crise, qui devient de plus en plus politique.

(Publié le 01.12.2020 à 13:30, actualisé à 14:05).

« Nous voulons aider ce secteur le plus touché, avec des gens qui ont été les premiers à subir le confinement, et les derniers à qui le gouvernement pense, en ce moment, pour accepter le déconfinement ». C'est avec ces mots que le président LR de la région Auvergne Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, a annoncé un nouveau plan d'aides à hauteur de 50 millions d'euros, destiné notamment aux secteurs de l'hôtellerie-restauration, des bars, discothèques (CHRD) et salles de sports. Soit un vivier de près de 90.000 entreprises en Auvergne Rhône-Alpes, issus du secteur des CHRD.

Avec, entre les lignes, un message également politique : « Lorsqu'on voit que l'on est arrivé au stade où des gens, qui ne le font jamais habituellement, manifestent dans la rue juste pour demander de travailler, on peut se dire alors qu'il y a quelque chose de perdu et un fil, au niveau national, pour le moins distendu », affirmait Laurent Wauquiez.

Présenté comme le fruit d'une concertation avec l'ensemble de la filière, ces nouvelles mesures visent à épauler les entreprises encore fermées à ce jour : hôtels, restaurants, bars, discothèques, salles de sports, loisirs indoor, événementiel, traiteurs, etc...

Elles comprendront une aide rétroactive contribuant à financer 25% de tout investissement (Covid ou non), réalisé depuis le 1er janvier 2020 par une entreprise régionale encore fermée à ce jour, à hauteur maximum de 5.000 euros. « Tous types d'investissements peuvent être pris en charge : achat de matériel de cuisine, de matériel de sport, de véhicules, travaux d'électricité, de peinture, etc ».

Plusieurs enveloppes annoncées

Ce coup de pouce régional comprendra une seconde enveloppe de 5.000 euros pour chaque entreprise ayant investi dans du matériel destiné à la vente à emporter, à hauteur cette fois de 80% de son investissement, ainsi qu'une aide de 1.500 euros à celles qui ont entamé des dépenses en matière de digitalisation.

Enfin, un prêt à taux zéro garanti par la Région, pouvant atteindre 30.000 euros maximum, viendra renforcer ce package proposé par Laurent Wauquiez. Avec cependant une mise en garde : « Il faut y réfléchir un deux fois, car un prêt n'est pas toujours la bonne solution, même si ce dispositif est très différent du prêt du gouvernement, puisque nous proposons un différé de remboursement de deux ans. Car si l'on demande aux entreprises de rembourser demain, c'est reculer pour mieux sauter».

Et d'ajouter cependant : « Ces aides ne compenseront jamais un client, mais nous avons souhaité bâtir quelque chose de plus opérationnel, alors qu'aucune région n'a déployé de dispositif comparable ».

Une volonté de se place comme chef de file

Car cette annonce était aussi l'occasion de souligner que le déblocage de ces aides d'urgence aura été permis par le plan d'économies d'ampleur, réalisé depuis le début de mandat. « Nous avons réussi à économiser chaque année et à monter crescendo sur l'ensemble de la durée : 50 millions une année, puis 100 millions, puis 150 millions par an », rappelle Laurent Wauquiez.

Au total, ces économies auraient permis de financier une enveloppe de près de 500 millions d'euros, servant à alimenter les différents dispositifs annoncés par l'exécutif régional depuis l'arrivée du Covid au printemps dernier, à destination d'un certain nombre de professionnels (relance de l'activité du BTP, aides aux commerces et aux établissements fermés, accompagnement du secteur du tourisme, aide aux PME sur la relocalisation, etc).

« Si l'on prend l'ensemble des aides directes ainsi que celle du plan de relance régionale, nous arrivons au-dessus de 1 milliard d'euros », affiche le président de région.

Tout en s'engageant à ce que cela ne se traduise par «  aucun endettement ni d'augmentation d'impôt pour nos concitoyens », Laurent Wauquiez a affirmé qu'il avait lui aussi étudié les dispositifs de prise en charge des loyers imaginés par d'autres régions. « Mais bien souvent, on s'aperçoit que cela ne permet de financer des enveloppes n'atteignant que 700 euros par entreprise, et que cela nécessite des démarches de transfert de bail et de justificatif ». Et d'ajouter : « Nous, on aime bien faire simple et massif ».

La région au chevet de commerçants au tapis

Le président LR de la région AuRA s'est ainsi positionné, une fois de plus, aux côtés des chefs d'entreprises, dont plusieurs présents à cette visioconférence n'ont pas manqué d'adresser des messages plus politiques à destination du gouvernement, auprès duquel la scission semble consommée.

« Jean Castex nous a annoncé qu'une aide à hauteur de 20 % du chiffre d'affaires annuel nous serait versée pour les mois de novembre et décembre : or, et demande faite en avril n'aboutissent qu'aujourd'hui. On peut être sûrs qu'un certain nombre d'entreprises sont mortes d'ici là », reprend Laurent Duc, président de l'Umih du Rhône.

Patrick Mazerot, propriétaire des centres de fitness L'Appart Fitness, a lui-même rappelé la situation critique dans laquelle se trouvait son groupe : avec 44 établissements employant 750 salariés, L'Appart Fitness a perdu 50% de son chiffre d'affaires de 50 millions d'euros et enregistré des pertes de 12 millions d'euros. « Nous avons bien entendu sollicité le PGE et le chômage partiel, mais ce n'est pas la dette qui sera la solution », affirme ce chef d'entreprise.

Il rappelle que malgré les 2,7 millions de séances de sport dispensées à distance cette année par son groupe, une réouverture à la mi-janvier se traduirait, pour son secteur, par « un mur de dettes » ainsi que par la faillite d'au moins un tiers de clubs de sports français. « Après avoir perdu près de 50% de nos abonnements, nous terminerons au mieux l'année prochaine à -25%. Le retour à la normale n'est pas attendu avant 2022 », souligne-t-il.

Thierry Fontaine, président de l'UMIH Nuits, confirme : « Nous venons d'accumuler neuf mois de congés payés, alors que nous arrivons aujourd'hui à 265 jours de fermeture des discothèques. Et ce, alors que lors de ce deuxième confinement, on se rend compte que ce n'est pas uniquement les jeunes qui veulent continuer à faire la fête. »

Selon lui, près de 314 des 1.600 établissements de la nuit, aurait déjà été placées en redressement, puis une liquidation judiciaire, au cours des dernières semaines.

De nouvelles manifestations attendues

L'Umih du Rhône a d'ailleurs appelé les professionnels à manifester à nouveau lundi prochain, sur l'ensemble des villes d'Auvergne Rhône-Alpes, en vue de demander, toujours, la réouverture des établissements demeurant fermés à ce jour. « Nous sommes rentrés en confinement avec un couvre-feu qui permet à l'ouverture des restaurants. Nous souhaitons sortir de ce confinement au moins de la même manière ».

Les chefs d'entreprises présents ont témoigné tour à tour de leur situation très précaire malgré les aides promises par le gouvernement, rappelant que le dispositif du PGE n'était au mieux pas suffisant, voire au pire dangereux pour les mois à venir, lorsque le remboursement leur en sera demandé. D'autres revendications, telles que l'exonération de charges (CFE, cotisations sociales, etc), ou encore la question de la prise en charge des loyers, sont à nouveau pointées du doigt par les commerces, dont la fermeture administrative se prolonge.

Les représentants de l'hôtellerie ont par ailleurs fait de nouvelles propositions à l'Etat, appelant notamment à un nouveau calendrier pour les vacances scolaires où chacune des trois zones ne se croiseraient pas et qui permettrait selon eux de maintenir une activité économique, notamment au sein des stations.

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