Présidentielle 2022 : le plan du candidat EELV Eric Piolle pour atteindre la "neutralité climatique" d'ici 2045

A un mois du premier tour de la primaire écologiste et seulement quelques jours des journées d'été du parti, le maire EELV de Grenoble Eric Piolle a franchi une nouvelle étape vers la présidentielle en dévoilant, ce mardi, son "plan pour la France" d'une vingtaine de pages, qui pourraient constituer le socle de sa candidature pour 2022. Objectif : permettre à la France de rencontrer ses objectifs de réduction des gaz à effets de serre et même "d'atteindre la neutralité climatique d’ici 2045", en liant économie et transition écologique.

11 mn

Avec l'idée d'un ISF Climatique reprise à l'ONG Greenpeace, le candidat EELV Eric Piolle prône plus largement une forme de rééquilibrage nécessaire à la transition écologique et qui serait principalement portée, selon lui, par une fiscalité accrue sur les patrimoines et les revenus les plus élevés, ainsi que sur la fiscalité des multinationales.
Avec l'idée d'un "ISF Climatique" reprise à l'ONG Greenpeace, le candidat EELV Eric Piolle prône plus largement une forme de "rééquilibrage" nécessaire à la transition écologique et qui serait principalement portée, selon lui, par "une fiscalité accrue sur les patrimoines et les revenus les plus élevés, ainsi que sur la fiscalité des multinationales". (Crédits : DR)

Création de 1,5 million d'emplois verts, revalorisation des bas salaires de 10%, instauration d'un revenu universel jeune, sortie de l'élevage industriel d'ici 2030 ou encore d'un "ISF climatique" comme le recommande Greenpeace (et qui pourrait générer une manne fiscale allant jusqu'à 10 milliards d'euros par an selon l'ONG)...

Le maire EELV de Grenoble a publié ce mardi un premier pan de son futur programme présidentiel d'une vingtaine de pages sur sa plateforme politique Une certaine idée de demain, à l'issue d'une interview publiée la veille avec les quotidiens du groupe Ebra.

Cet ancien cadre de l'entreprise Hewlett-Packard, qui a incarné l'un des symboles de la « vague verte » en se hissant dès 2014 à la mairie de Grenoble (avant d'être réélu en juillet dernier), aura sillonné pas moins d'une trentaine de villes françaises au cours des dernières semaines, dans une amorce de campagne qui lui aura permis d'occuper le terrain au-delà des frontières alpines.

A quelques jours des journées d'été du parti écologiste, qui se tiendront à Poitiers du 19 au 21 août prochains, le candidat EELV a commencé par dresser l'ensemble des mesures qui devraient permettre à la France de faire face au dérèglement climatique et de renforcer ses objectifs de réduction des gaz à effet de serre, à l'échelle du quinquennat.

1,5 million de postes dans la transition énergétique

Après avoir distillé, à l'aube de l'été, une poignée de mesures plus « politiques » au sein de sa plateforme « Une certaine idée de demain » (où il évoquait notamment la proposition de mener un référendum d'initiative citoyenne (RIC) au lendemain de l'élection présidentielle), le premier volet de son « plan pour la transition écologique génératrice d'emplois et de justice sociale » comprend ainsi désormais une série de propositions, visant à atteindre une neutralité climatique dès 2045.

Ces mesures s'inspirent elles-mêmes des propositions élaborées par la Convention citoyenne pour le climat, du travail réalisé par le groupe des sénateurs écologistes dans leur étude "pour une vraie loi climat", mais aussi des rencontres de terrain menées par Eric Piolle depuis l'automne 2020 ainsi que de contributions de près de 300 des 3.500 membres du collectif Une certaine idée de demain.

Avec à la clé, des propositions fortes, comme la création d'un « ISF climatique » -une idée reprise à l'ONG Greenpeace pour taxer les placements financiers les plus pollueurs en vue d'une réforme de l'ISF supprimé par Emmanuel Macron-, l'instauration d'un revenu minimum garanti dès 18 ans, ainsi qu'une revalorisation plus générale des bas salaires "d'au moins 10%".

Ou encore la création d'un vivier de 1,5 million d'emplois « verts », dont 750.000 en soutien direct de la transition énergétique, mais aussi 700.000 emplois additionnels dans des domaines clés pour la justice sociale (santé, éducation, recherche, culture et justice.

Lire aussi 4 mnEn visite dans l'Essonne, l'écologiste Eric Piolle esquisse son programme présidentiel

« Il s'agit d'une mesure qui a été chiffrée aux côtés de organismes professionnels, d'associations et d'experts, avec l'objectif d'atteindre au cours du mandat à venir la baisse annoncée de -55 % des gaz à effet de serre, qui est le nouvel objectif que s'est donné l'Europe d'ici 2030, alors que la France se limite quant à elle pour l'instant à -40 % », précise à La Tribune Eric Piolle.

Selon l'élu écologiste, ces emplois pourraient en réalité être répartis entre des postes finançables directement par l'Etat à travers ses recettes fiscales, comme les fonctions ouvrant autour de la forêt, de l'éducation, etc qui peuvent relever des biens communs, et d'autres par le secteur privé.

Une forme de "rééquilibrage" en faveur de la réduction des inégalités

Car Eric Piolle dessine une vision qui se veut tournée avant tout vers la réduction des inégalités, comme pierre angulaire vers la transition écologique :

« Nous faisons face actuellement à plusieurs défis, avec une portion de plus en plus petite de la population qui s'enrichit de plus en plus (...) et des fonds spéculatifs vont chercher petit à petit à se repositionner en rachetant des biens communs, comme de grandes forêts ou fermes (...) L'une des premières urgences est donc de protéger ces biens communs des mouvements de spéculation financière qui ont détruit l'économie l'emploi et la planète », confie Eric Piolle.

Selon lui, le second enjeu du mandat à venir pourrait ainsi être de « transformer le modèle économique ainsi que nos problèmes actuels en emplois, que ce soit dans les domaines de l'agriculture, de l'industrie, avec une recherche de l'efficacité économique moins basée sur la productivité et le temps de travail humain, que sur la préservation du foncier et le développement d'une forme de souveraineté ».

Face à ce constat, le candidat EELV prône une forme de « rééquilibrage » qui serait selon lui principalement portée par « une fiscalité accrue sur les patrimoines et les revenus les plus élevés, ainsi que sur la fiscalité des multinationales », et ce, en vue de « sécuriser le changement en attaquant le problème à la source, avec le phénomène spéculatif, tout en sécurisant les PME et les salariés ».

Il évoque également dans ses mesures l'imposition d'une « taxe exceptionnelle sur les dividendes, durant deux ans, afin de financer la bifurcation du modèle économique ».

Pour contrer le risque d'évasion fiscale pouvant toutefois découler de ce type de propositions, Eric Piolle propose l'instauration, à l'image des États-Unis, d'un dispositif prévoyant que les citoyens nés en France ne puissent s'échapper fiscalement à l'étranger, dans le cas où leur pays d'accueil proposerait une taxation moins élevée.

Une mesure que le candidat écologiste qualifie « d'indispensable » à l'heure actuelle, pour des personnes qui ont eu, selon lui, « la chance d'être né en France et d'appartenir à une communauté et une histoire forte, et qui comprend un socle comprenant la sécurité sociale, l'éducation et la culture ».

Rendre publics les biens communs, mais pas forcément nationaliser

Cette notion de protection des « biens communs », affichée comme fil conducteur, se retrouve aussi dans une autre mesure forte : celle de « rendre entièrement publiques » les principales infrastructures de réseau (eau, autoroute, ferroviaire, numérique...), toujours en vue de contrer les situations de rentes privées.

Un autre mot pour désigner la proposition d'une grande nationalisation, souhaitée par le candidat écologiste ? Pas nécessairement selon les dires de l'élu, qui en appelle plutôt à la création de structures mixtes, rassemblant des collectivités, citoyens et acteurs privés sous différentes formes (SEM, SCIC, etc), qui permettraient selon lui de créer « une gestion plus territoriale et multi-acteurs », ainsi que « des objectifs de long terme qui sortent d'une logique de privation ».

Et d'ajouter : « C'est ce que nous avons fait à Grenoble et si la gestion de l'eau marche aussi bien, c'est qu'elle est chapeautée par un comité d'usagers ».

Sur le plan du logement, le candidat écologiste porte également un objectif de « rénover l'ensemble du parc bâti au niveau BBC (basse consommation) d'ici 2050 », ou encore « d'engager la construction de 750. 000 logements sociaux BBC sur le quinquennat pour lutter contre le mal logement ».

Selon Eric Piolle, « Emmanuel Macron a cassé le système en place avec la ponction réalisée sur la loi de finances 2018, alors que le domaine de la construction était déjà fragile. Il faut protéger le logement social du mouvement spéculatif (...).Ce modèle peut fonctionner si l'État devient stratège et qu'il accompagne l'aide à la pierre ».

L'agriculture comme pilier, et l'énergie à transformer

Du côté de l'agriculture, qui était présentée comme l'un des piliers de son programme à la fois municipal et désormais présidentiel, le candidat souhaite faire « sortir la France de l'élevage industriel d'ici 2030 », en commençant par « interdire la construction des bâtiments d'élevage ne respectant pas la densité maximale et l'accès au plein air des animaux dès 2023 ».

Mais également rendre obligatoires les options végétariennes en restauration collective, limiter l'usage des engrais de synthèse aux agriculteurs, et veut également favoriser la création de 25.000 fermes communales maraîchères et agroécologiques, ou « adopter une grande loi foncière » pour sanctuariser les terres et protéger le foncier agricole des investisseurs étrangers.

Sur le plan énergétique, Eric Piolle veut « interdire l'installation des chaudières au fioul dès 2022 », « stopper les dernières centrales à charbon du pays », mais surtout « accompagner la sortie du nucléaire » en soutenant la reconversion, et en développant davantage l'éolien.

Lorsqu'on l'interroge sur la soutenabilité d'un tel modèle, le candidat répond : « il existe aujourd'hui des modèles développés par des ONG qui démontrent que l'on peut fonctionner uniquement à partir d'énergies renouvelables, et l'Ademe a montré elle-même qu'il était possible de s'engager vers un scénario de 100 % d'énergies renouvelables d'ici 2050. Même si en parallèle, nous serons contraints de continuer à investir dans l'emploi notamment, car il existe aujourd'hui près de 500 réacteurs à travers le monde, avec les défis que l'on connait pour leur démantèlement ».

A travers cette prise de position, le candidat écologiste tranche ainsi une bataille souvent évoquée au sein du camps écologiste, envers ce pilier actuel du mix énergétique à la française.

« Aujourd'hui, le nucléaire est trop long à mettre en œuvre si l'on veut en faire une priorité stratégique, trop cher, et surtout avec une dette qui grossit à mesure de son exploitation. C'est tout l'inverse d'un projet industriel, où l'on cherche habituellement à ce que les coûts futurs soient moins forts que les coûts présents. Cela reste évidemment une énergie risquée, qui, avec les tensions géopolitiques que l'on est amenés à connaître, devient un risque insupportable à supporter », ajoute-t-il à La Tribune.

Déjà critique concernant les ambitions avortées de la loi Climat au sein de nos colonnes, Eric Piolle veut que la France aille plus loin en poussant le curseur de l'interdiction des vols aériens à 4h30 si une alternative en train existe (contre 2h30 actuellement pour la loi Climat). Et ce, à condition d'investir chaque année une enveloppe de 3 milliards d'euros dans le secteur ferroviaire.

Cinq candidats officiellement en lice

Si cette première esquisse de son programme ne cible pas encore les questions de sécurité ou d'immigration, deux sujets qui se sont invités de force lors de la dernière campagne des Régionales, le maire de Grenoble a par ailleurs réagi lundi sur Twitter, puis par voie de communiqué, face au coup de force entamé par les talibans en Afghanistan pour reprendre le pouvoir, après 20 années d'intervention occidentale.

Pour Eric Piolle, la position est claire : Emmanuel Macron ferait « honte à la France » en affirmant que l'Europe ne pourra pas assumer seule toutes les conséquences des flux migratoires à venir, et en faisant une distinction entre les réfugiés. « La France a signé des accords sur l'accueil des réfugiés politiques », rappelle le candidat EELV, qui affirme : « Soyons fidèles à nos valeurs et accueillons avec l'Europe ».

Le maire de Grenoble devrait par ailleurs prononcer une allocation lors des journées d'été du parti écologiste, avant d'entrer dans la course à la primaire, où il fera face à quatre autres candidats déjà déclarés en lice. Parmi eux, figure le député européen Yannick Jadot, mais aussi la députée des Deux-Sèvres et ancienne ministre de l'écologie Delphine Batho, l'économiste Sandrine Rousseau, ainsi que le récent candidat aux Régionales Jean-Marc Governatori, co-président du parti Cap écologie.

Les prétendants à l'étiquette EELV s'engageront dans un premier tour aura lieu du 16 au 19 septembre prochains, et qui se clôturera par un choix final lors du second tour prévu du 25 au 28 septembre.

11 mn

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 5
à écrit le 20/09/2021 à 9:05
Signaler
" au pays de CANDY..." Piolle s' y croit ..il a juste oublié que le monde des affaires francais et anglo saxon n est as du tout disposé à changer quoique ce soit ..de plus les mosquées vont fleurir ici et là avec l argent du contribuable ou d ailleur...

à écrit le 24/08/2021 à 13:01
Signaler
Vous avez raison de faire une rubrique élections, même si cela ne changera économiquement rien vu que dorénavant notre pays est aux mains des financiers si jamais un véritable politicien arrivait au pouvoir il serait forcé lui aussi à s'agenouiller d...

à écrit le 18/08/2021 à 15:26
Signaler
La course à l’échalote est lancée ! A ma gauche, j'ai 1,5 millions d'emplois verts. Qui dit mieux ? 1,8 M ? 2 M ?

à écrit le 18/08/2021 à 13:34
Signaler
Programme totalement démagogique. Comment prévoir al création de 1.5 millions d'emploi verts ? lesquels ? Distribuer de l'argent que l'on a pas. Créer un ISF clilmatique de 10 milliards. Tout pour faire fuir les investisseurs.

le 22/08/2021 à 16:52
Signaler
N'oublions pas qu'un vrai parti d'écologie n'existe pas dans notre pays, je vois pas dans les annonces des soit disant écologiste la réduction a long terme des humain qui reste le principal souci de la planète... Celle ci peut pas continuer de nourri...

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.