Lyon et Saint-Etienne : quand deux métropoles LR et EELV s'allient pour transformer leur industrie

S'affranchir des divergences politiques en faveur de l'économie, et plus précisément de l'industrie ? Les métropoles lyonnaise (EELV) et stéphanoise (LR) ont annoncé la création d'un important fonds d'amorçage industriel, destiné aux territoires de Lyon et Saint-Etienne. Doté de 80 à 100 millions d'euros d'ici 2035, il doit venir soutenir les pépites industrielles, le tout en respectant des critères environnementaux et sociaux.

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Malgré leurs divergences politiques, les deux territoires ont su s'allier autour d'un objectif commun en matière d'économie, en mettant chacune 17 et 5 millions d'euros à la poche, aux côtés de partenaires comme la Banque des Territoires et de futurs investisseurs privés.
Malgré leurs divergences politiques, les deux territoires ont su s'allier autour d'un objectif commun en matière d'économie, en mettant chacune 17 et 5 millions d'euros à la poche, aux côtés de partenaires comme la Banque des Territoires et de futurs investisseurs privés. (Crédits : Pixabay)

N'en déplaise aux amateurs de football, souvent avides des guérillas entre l'OL et l'ASSE, les métropoles de Lyon et de Saint-Etienne semblent vouloir tracer en commun leur chemin industriel.

Une volonté clairement affichée par Gaël Perdriau (LR), depuis son arrivée à la tête de la Métropole stéphanoise en 2014. Même si les désaccords de celui-ci avec Gérard Collomb avaient pu un temps faire vaciller cette perspective, même si l'arrivée d'EELV à la tête de la métropole lyonnaise a pu soulever quelques interrogations, il semble que le développement économique s'affranchisse des couleurs politiques.

Les deux métropoles annoncent ainsi la création d'un important fonds d'amorçage industriel à impact environnemental et social, destiné aux territoires métropolitains de Lyon et Saint-Etienne. Un projet lancé dans le cadre du programme "Territoire d'Innovation" doté de 200 millions d'euros (PIA3).

"En tant que Métropoles, nous avons les moyens d'impulser et d'accompagner les industriels qui veulent prendre leur part et relever nos défis communs. C'est à l'échelle de nos métropoles que nous pouvons trouver des solutions exemplaires et redonner du sens à nos façons de produire et consommer", expliquait pour sa part Bruno Bernard, le président EELV de la Métropole de Lyon.

Après avoir notamment signé avec l'Aderly, et créé récemment avec la métropole lyonnaise la fondation pour la Médiation Industrielle, Saint-Etienne associe donc encore un peu plus son destin industriel à celui de sa voisine lyonnaise. Gaël Perdriau justifie : "cette alliance territoriale, évidente et indispensable, créera les conditions favorables à l'émergence des futurs leaders industriels".

L'ambition commune affichée par les deux présidents - l'un LR, l'autre EELV- : "rendre les industries plus sobres et moins polluantes en les gardant sur nos territoires, favoriser l'innovation et la relocalisation d'activités stratégiques qui répondent aux attentes des habitants".

Le volet politique pas occulté, mais partagé

Malgré leurs divergences politiques, les deux territoires ont su s'allier autour d'un objectif commun en matière d'économie.

"Je suis très attaché aux relations que nous développons avec d'autres territoires, comme Saint-Etienne, car il faut absolument que nous travaillons mieux pour adresser des enjeux économiques communs, mais aussi en matière de mobilité, d'universités, etc. Il faut que nous répartissions mieux les choses entre les territoires afin que le développement soit soutenable pour tout le monde", affirme le président EELV, Bruno Bernard, à la Tribune.

Une occasion de rappeler pour l'élu écologiste, le manque de collaboration avec la région Auvergne Rhône-Alpes présidée par Laurent Wauquiez, avec laquelle les collaborations ou synergies demeurent au point mort selon Bruno Bernard, "et pas uniquement avec la Métropole de Lyon".

Outre les deux histoires industrielles qui rapprochent ces deux métropoles, la thématique de ce fond d'amorçage, tournée vers la transition écologique, répond au souhait de l'élu écologiste de soutenir justement un développement qu'il estime plus durable et favorable à l'économie.

Mais aussi plus que jamais nécessaire : "Avec la crise, on observe des problèmes de livraisons sur certains produits, comme les freins de vélo, dont les délais de livraison se montent par exemple à 54 semaines. On voit qu'il est donc important de conserver une activité industrielle et de la transformer sur un modèle plus vertueux", souligne Bruno Bernard.

D'autant plus que selon lui, le territoire de la métropole lyonnaise, qui demeure marquée par l'empreinte de certaines industries comme la Vallée de la chimie, présente des enjeux forts que le nouvel exécutif souhaite contribuer à adresser : "L'industrie représente un quart de la consommation énergétique de la métropole, ce qui n'est pas anodin. Notre vision est plutôt de transformer l'industrie vers des objectifs de sobriété, et de réduire les nuisances ainsi que les risques. Et pour cela, mieux vaut avoir à gérer des sites à côté de chez nous plutôt qu'à l'autre bout du monde".

Dans cette logique, l'élu rappelle la récente participation du Grand Lyon à un consortium d'une dizaine de partenaires industriels, réunis autour de la Vallée de la Chimie, pour former le consortium Lyon Rhône H2V1. Objectif là encore : "constituer un cadre fédérateur permettant de rassembler l'ensemble de l'écosystème métropolitain engagé dans la décarbonation industrielle via des projets de production, distribution et consommation d'hydrogène vert".

80 à 100 millions pour amorcer des entreprises industrielles à impact

Concrètement, le fonds d'amorçage industriel à impact environnemental et social annoncé avec Saint-Etienne devrait quant à lui être doté de 80 à 100 millions d'euros sur un horizon de 14 années. Avec à la clé, 17 millions d'euros qui seront apportés directement par la métropole de Lyon et 5 millions par la métropole stéphanoise.

La Banque des Territoires, opérateur du programme national "Territoire d'innovation" mettra également au pot. La moitié des fonds devra provenir d'investisseurs privés : banques, assurances, mutuelles, instituts de prévoyance. "A ce sujet, les discussions ont bien avancé", glisse Bruno Bernard, qui se veut rassurant concernant la clôture de cet objectif.

Géré par une société de gestion, en cours de sélection et dont le nom devrait être dévoilé fin mai, ce nouveau fonds d'amorçage a été pensé pour accompagner au moins 80 à 100 entreprises d'ici 2035.

Leur profil cible ? Des entreprises industrielles innovantes ayant validé leur preuve de concept, avec des besoins en fonds propres pour passer l'étape suivante.

Une manière de mieux affronter le stade suivant la preuve de concept, que les startuppers appellent communément "la vallée de la mort", c'est-à-dire cette phase critique se situant après la baisse des financements publics mais avant que les investisseurs privés n'acceptent d'injecter de l'argent dans des projets souvent jugés encore trop risqués.

Les entreprises sélectionnées devront par ailleurs montrer patte blanche en matière de critères d'impacts socio-économiques et/ou d'impacts environnementaux.

Par exemple : le pourcentage de fournisseurs locaux dans les fournisseurs totaux de l'entreprise, le nombre d'emplois créés sur le territoire, les démarches en faveur de l'insertion des publics éloignés de l'emploi, l'écoconception, l'économie circulaire, les énergies renouvelables créées ou utilisées, le niveau d'eau économisé ou valorisé.

Ce fonds sera lancé officiellement à l'occasion du salon Global Industrie, en septembre prochain. Le premier closing devrait intervenir fin septembre. Fin 2021, les premiers dossiers devraient être sélectionnés.

Deux territoires déjà très industriels

Si ce fonds doit venir accompagner l'émergence d'industries innovantes, il est à noter que les deux territoires de Lyon et Saint-Etienne sont déjà très denses sur le sujet.

La Métropole de Lyon accueille ainsi 75.550 emplois industriels (dont 13.500 dans la métallurgie, 8.300 dans l'industrie chimique, 8.200 dans l'industrie pharmaceutique et 7.800 dans le secteur de l'énergie). Elle compte par ailleurs 6.790 entreprises industrielles. 57% de la richesse créée sur la Métropole sont liés à l'activité productive.

Deux sites industriels emblématiques : Lyon Parilly Factories (200 établissements industriels sur 600 hectares, 10.000 emplois) et la Vallée de la Chimie (50.000 salariés, 2.500 chercheurs, 700 millions d'euros d'investissements en cours dont les projets portés par Safran, Symbio ou encore Elkem).

Côté Saint-Etienne, l'industrie représente la création de 4.000 emplois par an.

Rappelons que Saint-Etienne avait déjà annoncé, il y a quelques semaines, la création d'un autre fonds, mais de capital risque cette fois, avec la métropole clermontoise dirigée par le socialiste Olivier Bianchi.

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