Ce que comprend ce "premier fonds souverain régional", annoncé par Auvergne Rhône-Alpes

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Grâce à des tickets investis de l'ordre de 3 à 7 millions d'euros par entreprise, ce nouveau fonds souverain public-privé lancé par la Région Auvergne Rhône-Alpes espère provoquer un effet levier de l'ordre de 400 millions d'euros.
Grâce à des tickets investis de l'ordre de 3 à 7 millions d'euros par entreprise, ce nouveau fonds souverain public-privé lancé par la Région Auvergne Rhône-Alpes espère provoquer un effet levier de l'ordre de 400 millions d'euros. (Crédits : Fabian Blank / Unsplash)
Elle l’avait annoncé il y a quelques semaines, c’est désormais presque effectif. La Région Auvergne Rhône-Alpes a levé le voile ce lundi sur la composition de son fonds régional, lancé le 1er avril prochain et appelé à atteindre les 100 millions d’euros. Avec pour cela, le concours de plusieurs banques, fonds, assureurs, organisations patronales ainsi que Bpifrance... Objectif : capitaliser sur les expériences étrangères pour proposer un outil de financement public-privé destiné à renforcer les fonds propres des entreprises régionales en pleine crise.

Depuis six mois, le président LR Laurent Wauquiez a confirmé que la Région travaillait en « sous main » à la constitution de ce fonds.

« Cette première étape est née à partir d'une conviction qui s'est développée avec la crise Covid, à savoir qu'il était important et fondamental, pour une région comme la nôtre, de conserver et défendre son tissu économique. (...) Cette crise a été l'occasion de prendre conscience que lorsqu'on dépend d'une entreprise chinoise, on dépend vraiment d'une entreprise chinoise », introduisait le président LR, Laurent Wauquiez.

Et d'ajouter : « Et lorsqu'on a la chance d'avoir une région qui possède une substance économique et industrielle comme la nôtre, il faut la protéger ».

C'est donc avec ces mots, mais également sur l'inspiration de démarches similaires entreprises chez nos voisins flamands, allemands, mais aussi en Italie du Nord, que la région Auvergne Rhône-Alpes a choisi de constituer ce qu'elle considère comme « le premier fonds souverain régional français ».

Avec à ses côtés, le fonds d'investissement Siparex, déjà très impliqué en terre lyonnaise, qui assurera la gestion de ce fonds -et y dédiera quatre temps pleins-, ainsi qu'une présidence affectée à Laurent Fiard, l'ancien président du Medef Lyon Rhône et actuel co-président de Visiativ.

Objectif : près de 100 millions d'euros

Ce fonds, qui se donne l'objectif de « monter assez rapidement après de 100 millions d'euros », entrera dès le 1er avril prochain en service.

Car à l'issue d'un premier « closing », il est déjà parvenu à réunir différentes participations : avec tout d'abord, la Région Auvergne Rhône-Alpes (25 millions), Bpifrance (10 millions), les cinq caisses régionales du Crédit Agricole (10 millions), la Caisse d'épargne Rhône-Alpes (10 millions), BP AuRA (7 millions), l'assureur lyonnais du BTP L'Auxiliaire (5 millions), mais également les groupes Apicil (1 million) et Groupama (1 million) tandis que le Medef (accompagné par des investisseurs privés) aura injecté 500.000 euros. La Région précise également qu'elle attend également une aide de la part de l'Etat français, à hauteur de 30 millions d'euros, qu'elle souhaite flécher sur ce dispositif.

« Un certain nombre d'entreprises structurellement rentables sont entrées dans la période du Covid en zone de turbulences, avec des dettes qui handicaperont potentiellement leur trajectoire de croissance. Notre objectif est donc d'intervenir en haut de bilan, afin de les aider à reprendre de l'oxygène et éviter que des fonds spéculatifs ne viennent mettre la main sur nos entreprises », souligne Laurent Wauquiez.

Avec une seconde visée qui sera celle d'accompagner « les champions de demain » et les secteurs en transformation, comme celui de la montagne, dans leur politique d'investissement.

Bien qu'il soit appelé à concernait tout type de secteurs de l'économie régionale, ce fonds se fixera notamment un focus sur les TPE, qui seront accompagnée à hauteur de 10% minimum des fonds récoltés.

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Une spécificité qui a défendu le président du Medef Auvergne Rhône-Alpes (et dirigeant du fabricant savoyard de mobilier pour l'industrie Promedif), Jean-Luc Raunicher : « il était important de ne pas oublier les entreprises un peu plus éloignées, et de démétropoliser les aides en proposant une solution à ses entreprises qui se situent souvent dans une forme de 'vallée de la mort' en matière de financements, et qui peuvent avoir besoin de 300.000 à 500.000 euros qu'elles ont du mal à trouver pour investir dans leur avenir ».

Vers une ouverture aux épargnants privés

La Région l'affirme cependant : ce closing ne serait qu'une première étape. Ce qui est visé par la suite, c'est bien l'ouverture de ce fonds à des épargnants privés, afin que ces derniers puissent investir et réinjecter leur épargne directement dans un produit ciblant le développement des PME et TPE régionales.

Mais pour cela, la nouvelle structure public- privée imaginée par la Région et ses partenaires, sous forme de SASU (Société par action simplifiée unipersonnelle, devra tout d'abord réunir le feu vert de l'autorité des marchés financiers (AMF).

Lire aussi : "Nous regardons tous les sujets pouvant aboutir à un futur Moderna français" (Bpifrance AuRA)

« L'objectif à plus long terme est de fournir aux épargnants une forme de traçabilité en leur assurant que l'argent de leur épargne sert à défendre l'emploi et le développement régional », résumait la Région.

Contrairement à d'autres types d'investissements issus du capital risque, cette initiative compte ainsi se placer sur une optique d'investissement de long terme, de l'ordre de quatre ans au minimum, et plus largement sur un horizon allant jusqu'à 10 ans.

« Concrètement, la matérialisation de cet apport en fonds propres dépendra du type de société dans lequel l'argent sera investi », confirme la Région.

À travers ce nouveau fonds souverain public-privé, les partenaires évoquent l'ambition de provoquer, grâce à des tickets investis de l'ordre de 3 à 7 millions d'euros par entreprise, un effet levier allant jusqu'à quadrupler le montant alloué. Soit un investissement qui pourrait s'élever, à terme, pour les entreprises régionales bénéficiant de ce premier closing, de près de 400 millions d'euros espérés.

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