Emplois, levées de fonds, export : ce que pèsent vraiment les startups de French Tech in the Alps

EXCLUSIF. Pour la première fois depuis la labellisation de l'écosystème, French Tech in The Alps a mis sur pied un "panorama des startups innovantes" lui permettant de mettre en lumière le poids, ainsi que les forces de ses pépites : levées de fonds, besoins en financement, stades de développement, mais aussi place des femmes aux commandes... Des données qui lui permettent d'affirmer qui sont les prétendantes au statut de licornes. Quitte à s'imposer davantage auprès des investisseurs de la sphère parisienne ?

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680 startups, 744 recrutements menés ou encore 410 millions d'euros levés... A l'aube d'une relabellisation attendue pour septembre 2022, l'écosystème French Tech in The Alps sort son premier panorama des startups innovantes du sillon alpin. Objectif : clamer haut et fort son impact économique à l'échelle du territoire, chiffres à l'appui.
680 startups, 744 recrutements menés ou encore 410 millions d'euros levés... A l'aube d'une relabellisation attendue pour septembre 2022, l'écosystème French Tech in The Alps sort son premier panorama des startups innovantes du sillon alpin. Objectif : clamer haut et fort son impact économique à l'échelle du territoire, chiffres à l'appui. (Crédits : DR)

Elles ont en moyenne moins de trois ans (44%), souvent moins de 9 salariés (69%), ont tendance à se développer plutôt en BtoB, et auront créé, à l'échelle d'une année de crise comme 2020, pas moins de 744 emplois...

Elles, ce sont les startups de l'écosystème French tech in the Alps, l'une des 13 capitales French Tech à être labellisées à l'échelle nationale. Avec une spécificité puisque son périmètre, après avoir compris dans un premier temps la ville de Grenoble (au sein de Digital Grenoble) en 2014, s'est rapidement ensuite élargi à d'autres villes alpines en tant que "Métropole" French tech en 2016, puis "Capitale" en 2019...

Désormais, on dénombre ainsi 680 startups au sein de l'un des écosystèmes les plus dynamiques de France, qui s'était illustré l'an dernier par son activité en matière de levées de fonds. Avec des jeunes pousses basées non seulement à Grenoble (56%), mais aussi à Valence-Romans (15%), Annecy (13%), Chambéry (9%) et au sein du Genevois Français (6%).

Et un ADN particulièrement tourné vers les domaines de la santé, du sport, des activités outdoor ainsi que de l'énergie, puisque près de la moitié des entreprises du bassin (43%) œuvrent dans un ou plusieurs de ces secteurs.

"Ce baromètre est important pour nous car il démontre un certain nombre de tendances que nous pressentions et nous permet aussi de définir plus précisément ce qu'est une startup et ce que l'on met vraiment derrière", estime Julie Huguet, présidente de French tech in The Alps, et fondatrice de la plateforme Coworkees, basée à Annecy.

Réalisé en partenariat avec les collectivités territoriales (Grenoble - Alpes Métropole, Valence Romans Agglo, Chambéry-Grand Lac Économie et Grand Annecy), cet état des lieux constitue également une manière de se préparer également pour la suite, et notamment à la remise en jeu des labellisations des capitales French tech, attendues en septembre 2022. "Nous savons que nous nous dirigeons de plus en plus vers des reporting en matière d'impact", glisse-t-on du côté de Grenoble.

Le cap des 3 ans, un moment critique

Parmi les 282 répondants, ce panorama aura donc permis de mettre en exergue plusieurs points : à savoir, par exemple, le fait que le cap des trois ans demeure un enjeu majeur pour les développement des pépites alpines, puisqu'il représente le seuil où celles-ci ont le plus besoin d'aides, de fonds et de visibilité.

Car dans cet écosystème labellisé depuis 2014, la majorité se trouvent actuellement dans une phase d'accès au marché (38%), de passage à l'échelle (29%) ou d'expansion (18%), alors que les startups en idéation ne représentent que 1% du total et celles en phase de lancement, 11%.

Autre caractéristique : "Même si 72% des startups du sillon alpin se développent dans le domaine du BtoB, 44% le font avec des produits et 56% avec des services, ce qui n'est pas commun et démontre qu'elles sont bien ancrées dans une région fortement industrielle comme Auvergne Rhône-Alpes", estime Julie Huguet.

Du côté des technologies, l'arc alpin se distingue par une forte présence sur les segments du logiciel (36%), de l'IA (29%), des données (open data, big data, et data analytics : 25%), ainsi que les technologies électriques et électroniques (19%) mais aussi l'internet des objets (18%) ou du cloud (17%).

D'ailleurs, les trois quarts des jeunes pousses alpines ont plusieurs cordes à leur arc et développent plusieurs technologies à la fois.

Prêtes à recruter, même en période risquée

Ces startups s'avèrent également actives sur le terrain de l'emploi, puisque malgré la crise, 744 recrutements ont pu être réalisés au cours de l'année 2020 par 163 entreprises. Soit une moyenne de 4,5 emplois créés par startups. "Même si ce chiffre masque des inégalités en fonction des secteurs, cela démontre que les jeunes pousses ont continué à embaucher, alors que les entreprises traditionnelles avaient, pendant un temps, réduit la voilure".

Mais c'est surtout du côté de leurs besoins que Julie Huguet tire des enseignements : hormis le nerf de la guerre que représente le besoin en financement (pour 60% d'entre elles), "51% de ces jeunes entreprises évoquent le besoin de visibilité et de trouver des clients. Or, c'est une donnée qui est traditionnellement peu couverte par les programmes d'accompagnements traditionnels à cette étape. Tout l'objectif doit donc être de créer des passerelles entre les acteurs du territoire et ces jeunes pousses, pour les aider à trouver plus rapidement leurs premiers clients".

Avec une donnée qui ne satisfera toutefois pas les militants en faveur de la féminisation de l'entrepreneuriat :

"Sur l'ensemble des 410 millions d'euros levés, aucune de ces opérations n'a été effectuée par une femme seule aux commandes... Nous n'avons que 2 startups qui possèdent des cofondatrices à ce sujet. De quoi démontrer qu'en période de crise, les inégalités sur ce terrain se creusent", croit Julie Huguet.

"Dans les séries A et B, tout se passe (presque) à Paris"

Toujours sur l'aspect du financement, qui demeure l'un des nerfs de la guerre, la présidente de French Tech in the Alps remarque qu'il semble désormais relativement aisé de boucler des levées en "early stage", y compris en utilisant des fonds de la French Tech comme les bourses French Tech (2,1 millions récoltés par l'écosystème local en l'espace d'un an), aux côtés de business angels ou de structures comme Bpifrance. "C'est toujours plutôt dans les séries A et B que cela devient plus compliqué", souligne-t-elle.

Et c'est là où le bas blesse toujours car, comme on l'a remarqué lors des classements Next40 et FT120 qui visaient justement à mettre en lumière des pépites en régions, une forme de centralisme parisien demeure, notamment en matière de financements.

"Nous avons encore des efforts à faire, même si nous n'avons pas à rougir puisque 410 millions d'euros ont été levés l'an dernier par les startups alpines, ce qui nous place en seconde position après Paris", glisse la présidente.

Bien que l'offre en matière d'investissement demeure encore timide en région, Julie Huguet note à la fois la présence des fonds comme Kreaxi à Grenoble ou encore Turenne à Lyon mais aussi, suite à la crise Covid-19, l'arrivée de ventures capitalistes qui s'installent, à titre personnel, dans la région.

"Nous espérons que cela pourra aboutir à l'ouverture d'antennes ici en local. Car pour l'instant, les startups n'ont pas le choix, elles doivent se tourner vers les investisseurs en capital-risque qui se trouvent majoritairement dans les capitales, en France comme à l'étranger", ajoute-t-elle.

L'Europe, première porte vers l'international

D'ailleurs, la carte des destinations export visées par les startups alpines témoigne aussi de fortes ambitions : 52% des entreprises se développent en effet déjà à l'international, notamment en Suisse, Allemagne, Belgique, Italie ou encore Etats-Unis, et 46% y réalisent même plus d'un quart de leur chiffre d'affaires.

L'Europe représente encore le marché le plus prisé (88%), contre 40% pour l'Amérique du Nord, ou 24% pour l'Asie, 9% pour l'Afrique et 7% pour l'Amérique du Sud et Centrale, tant du côté des startups déjà exportatrices que de celles qui y songent.

"La situation géographique de notre région nous place naturellement au carrefour avec l'Italie, la Suisse, ainsi que de plusieurs régions européennes au départ de Lyon", concède Julie Huguet.

Enfin, les jeunes pousses ne sont pas épargnées par le besoin criant de main d'oeuvre, qui se traduit par de grandes tensions sur le marché du recrutement. Avec 88% des startups ayant embauché l'an dernier, malgré leur petite taille (majoritairement moins de 10 salariés), les pépites alpines sont elles aussi confrontées à l'enjeu de dénicher de bons talents.

Un enjeu qu'elles placent même sur la même échelle que celle de trouver des fonds. "Cela s'avère particulièrement prégnant dans certains métiers comme les développeurs informatique. Tant que la France n'en formera pas davantage, ce métier restera pénurique", estime la présidente de French Tech in the Alps. Les défis demeurent cependant variés car pour d'autres comme Aledia, c'est le passage d'une phase de R&D à l'industrialisation dans un domaine hautement technologique, qui amènera de forts enjeux de recrutement sur le bassin grenoblois (de l'ordre de 500 recrutements en l'espace de 5 ans).

Parfois, c'est aussi le niveau de vie qui complexifie la donne comme à Annecy, où les salariés recrutés doivent composer avec un niveau de vie relativement élevé, ainsi que des prix au m2 dissuasifs pour une ville de province.

Le double impact de la crise sanitaire

Côté conjoncture, la crise sanitaire aura laissé un impact à double tranchant sur le tissu local, puisque 41% des jeunes pousses déclarent avoir été impactées négativement par cet épisode, tandis que 34% ont constaté un impact à la fois positif et négatif.

"C'est l'effet 'kiss cool' où la période nécessite à la fois d'être agile et de trouver des solutions pour accélérer, mais se traduit en même temps par un arrêt ou des retards concernant les aides ou les contrats espérés. On s'aperçoit aussi que les PGE n'avaient pas été calibrés pour répondre aux cas spécifique des startups, ce qui a complexifié la donne", note la présidente de French Tech in the Alps.

L'inégalité durant cette période se traduit également par un autre chiffre : bien que 410 millions aient été récoltés durant l'année 2020, cette somme ne représente en réalité que 34 levées (dont 5 grosses), alors que six entreprises sur 10 interrogées ont affirmé avoir besoin de fonds.

Côté licornes, l'écosystème alpin devra lui aussi attendre encore un peu : car hormis Aledia, lauréate du Next40, le sillon alpin n'aura pas vu poindre de nouveau candidat à ce titre.

"Mais le territoire se trouve encore dans une phase de renforcement, où émergent de plus en plus de startups qui bouclent des séries A et B. Le travail démarre, mais il prend nécessairement du temps", estime Julie Huguet.

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