Auvergne Rhône-Alpes : ces trois levées de fonds qui vont compter

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(Crédits : DR)
[Rendez-vous] On le savait déjà, la région AuRa n’est pas en reste lorsqu’il s’agit d’identifier les pépites de demain. Cette semaine, la Tribune Auvergne Rhône Alpes revient sur trois levées de fonds et augmentations de capital d’envergure récentes, qui font du territoire un terreau pour les ETI de demain. Energie, numérique, ou encore medtechs... L’innovation post-relance se dessine dès aujourd’hui à Lyon, Grenoble ou Clermont.

Premier territoire économique français derrière l'Île-de-France, le nombre d'entreprises créées en Auvergne Rhône-Alpes a bondi de 25% l'an dernier à 100.276 créations (d'après les chiffres de l'INSEE), tandis que l'échiquier régional a également capté près de 413 millions d'euros de financements en 2019, soit 46% de plus qu'en 2018. En témoigne trois opérations emblématiques, annoncées au cours des derniers jours.

  • McPhy. Une augmentation de capital record de 180 millions d'euros.

Le producteur et distributeur isérois d'équipements hydrogène, basé à la Motte-Fanjas (38), à la frontière de l'Isère et de la Drôme, monte en puissance et conclue sa 3e augmentation de capital, pour un montant record de 180 millions d'euros (après 16 millions d'euros en 2018 et 8 millions d'euros en 2019). Réalisée sur les marchés financiers, "par voie de construction accélérée de livre d'ordres au profit de certaines catégories de bénéficiaires", en plusieurs tranches, elle a même permis à l'énergéticien d'augmenter le montant de son offre initiale, en passant ainsi 150 millions d'euros projetés à 180 millions d'euros.

Cette nouvelle opération a pour effet de consolider ainsi la présence et l'engagement d'investisseurs stratégiques et historiques du groupe, tels que la division de Chart Industries (Chart International Holdings), la filiale de TechnipFMC plc (Technip Energies B.V.), ainsi que EDF Pulse Croissance Holding et le Fonds Ecotechnologies, géré par Bpifrance Investissement dans le cadre du Programme d'Investissements d'Avenir.

Avec un objectif : financer la mise à l'échelle mondiale de l'hydrogène « zéro-carbone » d'ici les quatre prochaines années, avec l'ambition « d'ouvrir de nouvelles opportunités commerciales au niveau mondial dans les nombreux domaines d'application de l'hydrogène ».

McPhy prévoit ainsi d'investir dans le développement d'électrolyseurs de très grande capacité (plus de 100 MW) ainsi que dans les stations hydrogène de très grande capacité (plus de 2 tonnes par jour). Pour cela, le fabricant rhônalpin, qui emploie une centaine de salariés, aura besoin de doper également ses dépenses commerciales et marketing, pour accompagner ses ventes à l'international.

En vertu de cette opération, « McPhy est maintenant idéalement positionné pour développer ses capacités industrielles, tant d'un point de vue opérationnel que financier. (...) . Nous avons l'ambition de devenir un acteur de premier plan dans l'industrie de l'hydrogène zéro-carbone », a déclaré son directeur général, Laurent Carme.

De quoi promettre à McPhy un changement d'échelle et un scénario de pépite à l'américaine ? Créé en 2008 par l'actuel président du groupe, Philippe Mauberger, aux côtés d'une équipe issue du CNRS, McPhy se positionne comme concepteur, fabricant et intégrateur d'équipements hydrogène depuis 2008. Le rhônalpin dispose déjà de trois centres de développement, ingénierie et production en Europe (France, Italie, Allemagne).

Si aucune cible en matière de chiffre d'affaires n'est encore évoquée à ce jour, l'entreprise avait déjà enregistré un bond de 43% de son chiffre d'affaires pour son exercice 2019, à 11,4 millions d'euros. Et ce, alors que le marché des technologies hydrogène se trouve actuellement en plein boom.

Une filière qui fait également partie du plan de relance voulu par le gouvernement français, qui prévoit ainsi d'accorder une enveloppe de 7 milliards d'euros au développement d'une filière hexagonale. De quoi booster les ambitions de McPhy au sortir de la crise sanitaire.

  • Arskan. Une première levée de fonds qui s'avère prometteuse.

Fondée en 2016, la startup lyonnaise, reconnue comme « Jeune Entreprise Innovante » et spécialisée dans les solutions logicielles dédiée à la visualisation de données 3D massives, vient de compléter son premier tour de table 1,2 million d'euros, auprès de de la holding lyonnaise Jemfi-Invest, la SATT Pulsalys, de Bpifrance ainsi que de deux banques.

La SATT Pulsalys était déjà actionnaire et partenaire scientifique historique de la jeune pousse, tandis que l'arrivée de Jemfi-Invest au rang des partenaires stratégiques devrait lui ouvrir les portes de grands comptes internationaux du monde industriel. Avec une ambition : épauler Arskan pour un passage à l'étape supérieure, en lui donnant les moyens d'industrialiser son algorithme.

« Arskan a développé une technologie de rupture en matière de compression et décompression de données 3D massives, qui lui permet de se positionner comme le « mp3 » de la 3D ! Cela ouvre un champ des possibles énorme en matière d'applications et d'usages », traduit Christophe Del Toso, directeur associé In Extenso, qui a conseillé la jeune pousse dans le cadre de sa levée de fonds.

Car en se spécialisant dans la capture de la réalité en 3D, sa technologie lui permet ainsi de proposer un service de numériseration de différents sites, avec une précision accrue (au millimètre près), de plus en plus prisée sur plusieurs marchés : usines, bâtiments, oeuvres d'art, etc... Le jumeau numérique ainsi obtenu d'un bâtiment, dont le modèle devient visualisable depuis n'importe quel appareil (PC, tablette, smartphone), permet ainsi à Arskan de proposer à ses clients un service qui vise à s'affranchir des contraintes de bande passante, de stockage ou encore des délais de latence.

« Car si la capture de la réalité est devenue plus accessible, visualiser ces modèles 3D très lourds demeurait jusqu'ici complexe », assure la jeune pousse, notamment lorsque les clients souhaitaient réduire la taille des modèles 3D, sans perdre toutefois en qualité d'image. Pour cela, le lyonnais s'appuie sur deux brevets issus du LIRIS, le Laboratoire d'InfoRmatique en Image et Systèmes d'information de l'Université Claude Bernard Lyon 1, et emploie pour l'heure 13 salariés. Avec un objectif : atteindre un chiffre d'affaires de 5 millions d'euros d'ici 2023, puis 9 millions d'euros en 2024.

  • SurgAR. Première levée de 1,7 millions pour le clermontois

Depuis sa création en octobre 2019, la deeptech SurgAR n'a pas perdu de temps : la jeune pousse, qui développe un dispositif de réalité augmentée destiné à la chirurgie coelioscopique, vient de conclure son premier tour de table de 1,75 millions d'euros auprès des fonds Sofimac, D-Novafund, Kreaxi, CACF Capital Innovation, Gsurge Consulting, ainsi que de Clermont Auvergne Innovation et du CHU de Clermont-Ferrand.

Une première étape pour la société clermontoise, qui devrait la conduire à finaliser le développement de son logiciel, permettant aux chirurgiens de visualiser directement sur écran les tumeurs à réséquer ainsi que les éléments à conserver, afin de rendre leurs gestes « plus sûrs, rapides et efficaces ».

Déjà expérimentée sur une cinquantaine de patients à ce jour, 50 patients, la technologie développée par SurgAR, qui ambitionne ainsi de révolutionner le domaine de la chirurgie mini-invasive, est en réalité le fruit de 11 ans de recherches, menées par l'équipe mixte EnCoV, associée à des experts en vision par ordinateur de l'Institut Pascal (Université Clermont-Auvergne) ainsi qu'à des cliniciens du CHU de Clermont-Ferrand.

Fondée avec l'appui de l'incubateur Busi et de ses partenaires (dont Bpifrance, la CCI du Puy-de-Dôme, la Région Auvergne Rhône-Alpes et l'Union Européenne), SurgAR rassemble une équipe de 10 salariés -avec un objectif de doubler ce chiffre d'ici 2022-. Elle a par ailleurs déjà conclu deux contrats de licence exclusive avec l'Université Clermont-Auvergne et le CHU de Clermont-Ferrand pour la conception de logiciels dédiés aux chirurgies gynécologiques et hépatiques.

« Je mesure désormais le chemin parcouru, après 11 ans de recherche avec Adrien Bartolin, le concours i-Lab, la création en octobre 2019 ainsi que, moins d'un an après, le passage au seuil des 10 collaborateurs, le marquage CE en cours, et une levée de fonds "seed"», soulignait alors le Ceo et fondateur de SurgAR, Nicolas Bourdel.

Une deeptech avec laquelle il faudra probablement compter également au cours des prochaines années.

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