Ecrans nouvelle génération : lauréate du Next40, les (très) grandes ambitions d'Aledia avec sa Display Valley

Elle fait partie des pépites qui n’attendent plus que de « passer à l’échelle ». La spin-off du CEA Leti Aledia sera au centre d’une visite d'Agnès Pannier Runacher et Cédric O ce jeudi, à Grenoble. Lauréate du Next40, la deeptech (qui vient de lever boucler deux tranches de financement de 100 millions d'euros cette année) incarne de grandes ambitions avec la première pierre de son site de production, fer de lance d'une nouvelle "Display Valley" en Isère, avec à la clé 500 nouveaux emplois à horizon 2025.

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Au total, la deeptech Aledia, lauréate du Next40, aura planché durant 10 années sur ses travaux de R&D destinés à développer un nanofil innovant, déposé près de 200 brevets, et levé un peu moins de 200 millions d'euros, à travers des séries A à D.
Au total, la deeptech Aledia, lauréate du Next40, aura planché durant 10 années sur ses travaux de R&D destinés à développer un nanofil innovant, déposé près de 200 brevets, et levé un peu moins de 200 millions d'euros, à travers des séries A à D. (Crédits : DR/Aledia)

Son site de R&D de 4.000m2, basé dans la banlieue de Grenoble à Échirolles (38), ne sera qu'une première étape. La pépite iséroise Aledia, créée en 2011 et dont la technologie est désormais protégée par 200 familles de brevets, espère décrocher la place de leader mondial, sur le marché naissant des puces LED pour écrans nouvelle génération.

Car si l'on sait qu'un saut technologique attend l'industrie des écrans LEDs, reposant actuellement sur des technologies LCD et OLED, il existe encore une place à prendre pour la technologie qui viendra demain remplacer les écrans des ordinateurs portables, tablettes, smartphones, montres intelligentes, lunettes à réalité augmentée et grands téléviseurs...

Soit un marché potentiel estimé à 120 millions de dollars en cas de pivot technologique, et sur lequel Aledia estime qu'il faut aller vite. Car déjà, des acteurs de taille comme Samsung, Apple, Facebook pensent au coup d'après sur ce marché de l'électronique grand public.

Mais la jeune société Aledia veut croire en ses atouts, puisqu'elle est désormais proche de pouvoir industrialiser sa propre technologie, qui se veut unique sur le marché, de par sa conception, et sur laquelle elle travaille depuis 10 ans. "Tous nos concurrents font du LED traditionnel en 2 couches sur du saphir, alors que nous proposons des nanofils en silicium, plus difficiles à produire mais avec des avantages", affiche son Ceo, Giorgio Anania.

Le saut de la microélectronique

Pour cela, la spin-off du CEA Leti de Grenoble mise sur une technologie héritée de la microélectronique, puisque ses microLEDs utilisent des nanofils de GaN très performants pour des petites géométries, offrant à la fois des gains de consommation énergétique, de brillance, mais aussi de flexibilité, permettant de fabriquer les écrans souples de demain.

« La croissance de ces nanofils en 3D est faite sur des wafers silicium de grandes tailles pour assurer le meilleur compromis performance-coût, par rapport aux technologies LCD et OLED actuelles », précise la société.

Avec l'idée de passer d'une technologie brevetée, à celle d'une production de masse. Soit un véritable défi en lui-même, dans  une industrie des displays où l'on peut passer d'une production de 0 à des centaines de millions d'unités.

Pour Aledia, qui recevait ce jeudi la visite de la ministre en charge de l'Industrie Agnès Pannier Runacher et le Secrétaire d'Etat en charge du numérique, Cédric O, l'année à venir sera déterminante, puisque 2022 marquera la première pierre de son processus d'industrialisation.

Avec la création de son premier site de production de ses nanofils lumineux au sud de Grenoble, à Champagnier, elle passera de 200 à 700 collaborateurs à horizon 2025, puisqu'elle estime qu'elle devra embaucher 500 personnes au cours des cinq prochaines années.

"Grenoble dispose de trois vallées et jusqu'ici, l'une d'entre elle en allant vers Chambéry était occupée par l'écosystème de la microélectronique autour du fabricant Soitec, l'autre en direction de Lyon par celles des capteurs, et nous aurons maintenant une Display Valley autour d'Aledia et de MicroLEDs", affiche son Ceo.

Une "Display valley" à la grenobloise

Car avec son site de 9,4 hectares, extensible jusqu'à 11 hectares, la deeptech voit grand et espère construire d'ici 2025 trois grands ensembles de bâtiments, regroupant salles blanches, bureaux et équipements techniques, pour un total de 52.000 m2 constructibles en trois tranches.

Le tout, en commençant par un premier bâtiment de 15.000 m2, et un enveloppe de 44 millions d'euros et 10 millions d'euros d'équipements, assurée pour moitié par de la dette bancaire, et pour le reste par une SCI où Aledia détient un tiers du capital, aux côtés d'un pool bancaire, aux manettes des deux tiers restants. Un montage qui lui a permis de ne débourser que 5 à 6 millions d'euros pour l'instant, même si elle se prépare déjà à de futurs rounds de financements.

"Capital investissement, dette, prêts, aides... Nous étudions encore toutes les options qui s'offrent à nous pour atteindre notre enveloppe globale de 500 millions", souligne Giorgio Anania, qui n'exclut pas non plus l'entrée en Bourse, une fois que la phase d'industrialisation sera plus proche.

Et il sait que le pari est d'autant plus ambitieux, face à la structure de l'entreprise actuelle : "Nous avons besoin d'un soutien à un niveau qui n'est pas typique d'une startup, puisque nous avons dépensé, rien que cette année, 55 millions d'euros en R&D et 65 millions en Capex. Soit deux fois plus de R&D qu'un acteur comme Soitec, alors que nous ne réalisons pas encore de chiffre d'affaires. Mais on ne fait pas du display avec moins de 300 millions d'euros...".

Internaliser le cœur du réacteur

Maintenant qu'il voit le bout de son processus de R&D, et qu'il a tout de même déjà levé presque 200 millions à travers des séries A à D (auprès de deux fonds gérés par Bpifrance ou encore d'industriels comme Intel), il lui reste toutefois à échantillonner désormais un premier produit auprès de ses clients dès l'an prochain... tout en bâtissant et finançant dès à présent, les contours de sa future usine. Sous peine de prendre deux années de retard face au marché.

Car pour la pépite, tout l'enjeu est désormais d'internaliser, mais uniquement la fabrication des nanofils 3D, puis d'externaliser le reste du procédé auprès de fonderies partenaires. Sur sa route, elle pourra notamment compter sur des partenariats comme celui développé avec Intel, qui a par exemple conçu une technologie de transfert de puces à faible coût et à haut rendement, adaptée à l'assemblage des puces d'Aledia sur des panneaux plus grands. Mais aussi sur un accord avec une Fonderie (Tower Semiconductor) signé en décembre 2019.

Mais elle se heurte aussi, comme d'autres grands projets industriels, à un manque de financements adaptés à l'échelle française, malgré les ambitions de relocalisation industrielle nées post-crise.

Le ministère de l'Industrie lui-même s'est vu remettre récemment un rapport, « Leviers de développement des startups industrielles », supervisé par l'inspecteur général des finances Jean-Philippe de Saint Martin, où les auteurs citent plusieurs écueils, à commencer par le fait que "les startups industrielles peinent à trouver des capitaux patients pour financer des démonstrateurs (entre 5 millions d'euros et 30 millions d'euros) ou des premières usines (entre 20 et 150 millions d'euros)".

Conséquence ?  « La faible appétence des financeurs en fonds propres n'est compensée ni par les financements bancaires privés, limités, ni par les garanties et les prêts publics, essentiellement du fait de leur montant », ajoute ce rapport.

Le soutien apporté par la visite de deux membres du gouvernement, qui avaient déjà misé sur Aledia à travers le programme d'accompagnement « French Tech Next40/120 » et France Relance (aide de 5 millions d'euros dans le cadre des industries stratégiques), est donc hautement symbolique. Et survient à un moment déterminant pour la deeptech, qui sait déjà que malgré sa technologie unique au monde, les deux prochaines années à venir seront particulièrement critiques.

"Nous pensons pouvoir sortir un premier produit sur la seconde moitié de 2022, mais nous n'aurons pas de grands volumes avant fin 2023", indique Giorgio Anania. Car si son unité industrielle de Champagnier sera prête fin 2022, il lui faudra encore 12 mois pour qualifier ses procédés et ouvrir les vannes.

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