Montagne : le cri d'alarme des centres de vacances, qui craignent déjà pour l'été

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En France, ce sont près de 2 millions d'enfants qui partent chaque année habituellement en colonie de vacances, avec près de 80% des retombées de ces séjours collectifs qui sont ensuite réinjectés directement au sein des territoires concernés, dont la région AuRA en premier plan.
En France, ce sont près de 2 millions d'enfants qui partent chaque année habituellement en colonie de vacances, avec près de 80% des retombées de ces séjours collectifs qui sont ensuite réinjectés directement au sein des territoires concernés, dont la région AuRA en premier plan. (Crédits : Istock/ADE/pixinoo)
En plein cœur des vacances de février, l’effet boule de neige continue en stations. A leur tour, les centres de vacances qui accueillent chaque année des classes de découverte et les colonies de vacances en montagne subissent eux aussi de plein fouet les conséquences de la crise du Covid-19. Rassemblés autour d’une lettre commune adressée au gouvernement, ils alertent sur une fermeture qui dure désormais depuis un an et évoquent la nécessité d’être soutenus pour atteindre l’été prochain voire même, 2022.

Pour les centres de vacances en montagne, il est possible que l'horizon de l'été prochain soit déjà trop loin. Fermées désormais depuis près d'un an, ces structures d'hébergement collectif, qui accueillent chaque hiver des classes de découverte et colonies de vacances en altitude, sont en grande souffrance.

Elles font face à deux types de situations, qui aboutissent néanmoins au même résultat : fermés « soit par obligation réglementaire », « soit parce que les groupes qu'ils accueillent (classes, colonies...) n'ont plus l'autorisation de se déplacer ». Et au regard du contexte sanitaire, ces structures pourraient ne pas être en mesure de rouvrir avant la fin du printemps 2021, rappellent les professionnels, qui affirment que leur situation financière s'avère désormais critique.

"Nous sommes aujourd'hui en période de vacances scolaires, mais nos centres sont désespéremment vides. Nos structures ne font pour la plupart pas face à une fermeture administrative, mais nos publics (colos, classes de découvertes) sont interdits de venir jusqu'à nouvel ordre. Nous ne pouvons même pas accueillir des familles, car il ne nous est pas possible de proposer des services de restauration collective", déplore Violaine Villette, présidente de Savoie Mont Blanc Junior.

Son association, qui regroupe près de 150 centres de vacances associatifs et privés, à l'échelle des deux Savoie. Selon elle, de premiers établissements de petite taille principalement, aurait déjà commencé à mettre la clé sous la porte, face à des aides qui n'arrivent pas encore assez massivement. "On parle beaucoup de plan montagne en cours, mais si nous ne sommes aidés que sur les mois de fermeture en hiver, cela ne suffira pas. Le gouvernement nous dit qu'il comprend notre spécificité mais n'apporte aujourd'hui encore aucune mesure concrète".

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Regroupés dans un courrier commun adressé au gouvernement français, ils appellent notamment les services du premier ministre et au Ministre de l'Education Nationale, de la Jeunesse et des Sports à prendre une série de mesures additionnelles en urgence afin d'assurer dans un premier temps leur survie, ainsi que leur relance à court et moyen terme.

Car la région Auvergne-Rhône-Alpes demeure de loin la première région de France pour l'accueil de séjours collectifs pour enfants. Elle héberge ainsi près de 207 centres permanents d'hébergement collectif, soit 23.363 lits qui s'avèrent directement concernés par les restrictions liées à la crise sanitaire, selon les chiffres UNAT AURA. Lorsqu'on inclue également les centres de vacances privés, ils atteindraient même les 400 établissements. Avec une clientèle constituée pour la grande majorité de scolaires : à 65% en hiver, et 70% au printemps.

Le secteur a également un impact économique et social majeur puisqu'en France, ce sont plus largement près de 2 millions d'enfants qui partent chaque année habituellement en colonie de vacances, avec près de 80% des retombées des séjours collectifs pour enfants qui sont ensuite réinjectés directement sur les territoires concernés.

Des demandes précises pour favoriser la relance du secteur

Pour Savoie Mont Blanc Juniors, Isère Drôme Destination Juniors, l'UNAT Auvergne-Rhône-Alpes, Sancy Dôme Juniors, représentants du secteur en Auvergne Rhône-Alpes, il est ainsi primordial d'aider de manière plus ciblée ces centres qui, fermés depuis un an, ne pourront désormais probablement pas réouvrir avant l'été 2021.

« Les centres de vacances pourraient ne pas traverser la crise Covid. C'est un maillon essentiel de la cohésion sociale et de la construction de notre jeunesse qui est menacé », affirment ces professionnels.

Au moment même où les jeunes, et notamment les enfants, subissent eux aussi les effets de la pandémie, « tels que l'échec scolaire, l'isolement, le manque d'activités physiques, le manque de lien social, etc (...), les centres de vacances jouent donc un rôle nécessaire et irremplaçable dans l'éducation et l'épanouissement des citoyens de demain », rappellent-t-ils.

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En vertu des « missions d'intérêt général » auxquelles ils contribuent, les centres de vacances ont fait plusieurs demandes très précises au gouvernement. Avec, parmi elles, la proposition que l'Etat s'engage dès à présent à faciliter et promouvoir les séjours scolaires et les séjours de vacances en prenant différentes mesures.

"Nous avons besoin que l'Etat ait un discours incitatif et un signal fort à tout le milieu de l'éducation car ce sont des habitudes qui pourraient se perdre avec cette crise. Il ne faut pas oublier que les départs en séjours scolaires sont aujourd'hui à l'initiative de l'enseignant, et parfois issus de la politique municipale", rappelle Violaine Villette, à Savoie Mont Blanc Junior.

Et cela, en rendant par exemple obligatoires les séjours scolaires au sein du cursus des élèves et en incitant le corps enseignant à travailler sur les classes de découvertes de l'année scolaire 2021/2022. Ou encore en encourageant les communes et intercommunalités à soutenir les départs en classes de découvertes.

Ils proposent également qu'à court terme soit reconduit le dispositif de « vacances apprenantes » sur l'ensemble des périodes de vacances scolaires tandis qu'à moyen terme, un dispositif s'inspirant de celui-ci puisse également rendre accessibles les séjours de vacances au plus grand nombre.

Accompagner la relance ne suffira pas : "les aides d'urgences non plus"

Pour autant, ces mesures d'accompagnement à la « relance » pourraient elles aussi ne pas suffire. Pas plus que les aides du gouvernement, annoncées en février dernier, et qui tablent désormais sur un plan d'aides d'urgences à la filière montagne de près de 2 milliards d'euros, toutes mesures confondues.

"Depuis mars, nous avons bénéficier des mesures de chômage partiel, de l'accès au PGE, mais cela ne répond pas à nos demandes car il s'agit d'un dispositif d'endettement. Même chose pour le fonds de solidarité, qui ne répond pas à nos besoins car nos structures n'ont pas travaillé depuis un an et glissent doucement vers un an et demi d'inactivité du fait de la forte incertitude qui existe pour cet été", affirme Violaine Villette.

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Les professionnels rappellent les spécificités de leur secteur : « Les voyages de groupes scolaires, et colonies en particulier, s'inscrivent dans des cycles de réservations saisonnières qui demandent de la visibilité et de la sécurité (...) Ce type de tourisme ne peut avoir la réactivité du tourisme individuel et familial. Pour ces raisons, les saisons hiver et printemps 2021 sont déjà réduites à néant, l'été reste hypothéqué et l'automne ne peut constituer un rattrapage », mettent en garde ces professionnels.

Après une année 2020 « déjà catastrophique », les centres de vacances parlent donc bel et bien d'une année qui semble déjà « perdue » en 2021 et placent désormais leurs espoirs vers 2022.

Avec une conviction désormais :

« Une politique de relance de l'activité par sa facilitation ne suffira pas pour dépasser les difficultés immédiates. Nous demandons à ce que l'État s'engage dès à présent à prendre en compte la spécificité des cycles économiques des centres d'hébergement collectif, particulièrement impactés par la suspension des activités de groupes de mineurs », précisent les structures d'hébergement.

Avec la prise en compte des charges fixes des équipements comme préoccupation numéro « un », puisque les aides actuelles (fonds de Solidarité, activité à temps partiel) n'atteindraient actuellement pas les seuils suffisants et n'offriraient pas suffisamment de garantie dans la durée selon eux.

En plus d'un nouveau dispositif spécifique pour garantir la prise en compte des charges fixes des équipements, ils demandent également une reconduction des mesures d'aides existantes pouvant aller « jusqu'au redémarrage d'une activité au niveau suffisant pour financer les structures, soit début 2022 au mieux ».

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Commentaires
a écrit le 03/03/2021 à 18:14 :
va y avoir de la faillite
bon, un peu de decentralisation aurait pu faire bcp

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