Le pire vient de commencer pour l’économie alpine, selon le Crédit Agricole des Savoie

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Comme beaucoup d'autres acteurs de la montagne, le directeur général du Crédit Agricole Savoie Mont Blanc regarde avec attention les signaux à venir et craint les conséquences d'uns saison blanche sur le reste de l'économie.
Comme beaucoup d'autres acteurs de la montagne, le directeur général du Crédit Agricole Savoie Mont Blanc regarde avec attention les signaux à venir et craint les conséquences d'uns saison blanche sur le reste de l'économie. (Crédits : Patrick Pachod/S3V)
Si l’économie des Alpes du Nord a relativement bien résisté jusqu’au dernier trimestre 2020, l’année 2021 s’est ouvert avec des chiffres en forte dégradation, d'après les premières données observées par le Crédit Agricole des Savoie. Dans le segment du tourisme, les chiffres d'affaires se sont effondrés de -85% durant la dernière quinzaine de 2020. Or, en Savoie, le tourisme représente la moitié de l'activité économique.

Au moment du confinement de novembre, personne en Savoie et en Haute-Savoie n'osait envisager la possibilité d'une fermeture des remontées mécaniques durant toute la saison d'hiver. Ni les stations elles-mêmes, ni les détaillants d'articles de sport...

Tous comptaient miser sur la résistance, voire les bonne surprises, dont l'économie de montagne et des vallées a su faire preuve durant les six mois qui ont suivi le premier confinement.

En Savoie et en Haute-Savoie, c'est l'heure du premier bilan pour le Crédit Agricole des Savoie, qui, à l'occasion de la présentation de ses voeux, en a profité pour dresser un état des lieux de son tissu économique. Et pour cause : son périmètre lui permet d'avoir une vision sur près de 40% de l'activité économique totale des deux départements.

Et il observe que pour l'heure, la contraction de l'activité économique s'est finalement limitée pour l'instant à une baisse du chiffre d'affaires de 7%. Cette moyenne cache cependant d'importantes disparités selon les secteurs d'activité, et pas forcément où on l'imagine : après une chute de l'activité en fin d'hiver dernier, l'activité des hôtels, des restaurants et des commerces liés au tourisme avait en effet augmenté de 15 à 20%, comparativement à l'été 2019.

Ce sont d'ailleurs les entreprises hors tourisme qui ont le plus sollicité de prêts garantis par l'État (PGE), observe la banque mutualiste, qui a accordé 670 millions d'euros de ces prêts à 5.200 entreprises clientes. De leur côté, les entreprises du tourisme étaient parvenues à se passer de ces facilités de trésorerie. Du moins jusqu'à présent.

Indicateurs en chute libre

Mais les indicateurs les plus récents sont bien plus alarmistes, pour l'économie du tourisme, comme pour le reste de l'économie alpine. Alors que le nombre de défaillances d'entreprises était en recul de -30% à fin octobre, la tendance s'est nettement inversée sur les deux derniers mois de l'année 2020, qui a vu ce nombre croître brusquement de +24% sur les deux départements des Alpes du nord.

« Cette accélération du nombre de défaillances au dernier trimestre montre que, ça y est, il se passe quelque chose », s'inquiète Laurent Bennet, le directeur général du Crédit Agricole des Savoie.

Et quand le commerce connaissait une croissance de +5% en France sur les deux dernières semaines de l'année, la Savoie et la Haute-Savoie subissait une chute de 45% de l'activité commerciale, frappées de plein fouet par les mesures sanitaires qui ont laissé fermées les remontées mécaniques dans les stations de ski.

Dans la seule activité touristique, les chiffres d'affaires se sont effondrés de -85% durant cette dernière quinzaine de 2020. Or, en Savoie, le tourisme représente la moitié de l'activité économique.

Une saison blanche qui menace toute l'économie

« Avec le tourisme, nous vivons ce qu'aucune autre région vit », pointe Laurent Bennet, en soulignant l'impact pour tout le territoire (Savoie et Haute-Savoie, ndlr) d'une saison sans remontées mécaniques, une option inenvisageable il y a quelques semaines, mais à présent devenue possible.

Quel serait l'impact d'une saison blanche pour les entreprises du tourisme, voire pour le reste de l'économie du territoire? « On n'ose pas y penser, coupe Laurent Bennet, qui qualifie ce blocage de la saison touristique d' « événement extrêmement dur pour le territoire ».

Dans le sillage de l'économie du tourisme, prépondérante dans les Alpes du Nord, ce sont aussi les conséquences sur le reste de l'économie, que redoute le directeur général du Crédit Agricole des Savoie. « On sait bien qu'une saison blanche impacterait tous les autres secteurs. C'est l'ensemble du territoire qui serait concerné », assure-t-il.

De son côté, la banque mutualiste se dit prête à apporter un accompagnement par le crédit, voire en capital. C'est que, pour enrayer le choc d'une saison blanche, le tourisme pourra s'appuyer sur l'attribution de PGE, que le secteur a peu sollicité jusqu'à présent. Mais ces crédits suffiront-ils aux acteurs du tourisme ? Et qu'en sera-t-il des autres secteurs, qui subissent le contrecoup de la paralysie des stations de ski ?

« Il faudra voir quel sera l'accompagnement de l'État pour le secteur touristique, s'il y avait effectivement une saison blanche, prévient Laurent Bennet. Ce serait presque un an sans chiffre d'affaires pour de nombreuses entreprises ».

« Pour le tourisme, c'est maintenant que la crise commence », pointe Laurent Bennet. Une crise qui fait trembler l'ensemble du territoire.

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Commentaires
a écrit le 14/01/2021 à 17:23 :
Bof! On s'en fout puisque tout le monde sera indemnisé "Quoi qu'il en coûte".

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