Ferropem : le PSE arrive à son terme pour les 256 salariés, l'Etat maintient la pression sur l’avenir industriel du site

INFO LA TRIBUNE. Malgré le retournement du marché du silicium, qui avait ébranlé les justifications économiques du plan social nourri par la direction, les 256 emplois du site Ferropem de Château-Feuillet (Savoie) ne seront pas sauvés. Ce vendredi, la période d'information-consultation arrive à son terme, alors qu'un accord majoritaire a finalement été signé par les syndicats. En dépit d'une implication de l'Etat français sur un dossier jugé hautement stratégique, aucune alternative n'a donc pu être trouvée pour conserver les emplois du site. Même si en contrepartie, l'Etat aurait obtenu quelques "avancées" de la part de Ferropem, qu'il détaille à La Tribune.

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Dès l'an dernier, à l'annonce du plan social, les salariés de Ferropem avaient tenté plusieurs actions auprès des personnalités politiques de tous bords, ainsi que le lancement d'une pétition ayant recueilli plusieurs dizaines de milliers de signatures. Leurs allers-retours à Paris, pour rencontrer Bercy, n'auront pas suffi à sauver les emplois, même si l'Etat évoque quelques avancées dans les négociations entourant encore l'avenir du site lui-même.
Dès l'an dernier, à l'annonce du plan social, les salariés de Ferropem avaient tenté plusieurs actions auprès des personnalités politiques de tous bords, ainsi que le lancement d'une pétition ayant recueilli plusieurs dizaines de milliers de signatures. Leurs allers-retours à Paris, pour rencontrer Bercy, n'auront pas suffi à sauver les emplois, même si l'Etat évoque quelques "avancées" dans les négociations entourant encore l'avenir du site lui-même. (Crédits : DR/ML)

Il était le dernier fabricant de dérivés du silicium à l'échelle européenne. Et malgré le transfert d'une portion de sa production, vers son second site isérois des Clavaux (Isère), sauvé de justesse il y a quelques mois, le PSE de l'usine Ferropem de Château-Feuillet restera un symbole qui vient, ce vendredi, d'entrer dans une nouvelle et ultime phase.

Car à l'issue d'un processus d'information-consultation qui s'est déroulé sur de longs mois, un accord majoritaire aura finalement été signé par les trois syndicats représentatifs des salariés (CGT, CFDT, FO), lors de la dernière ligne droite des négociations qui avaient lieu à Chambéry, dans la nuit de mardi à mercredi. Soit presque un an, jour pour jour après l'annonce de la restructuration du groupe, intervenue le 29 mars 2021, et "à l'issue de longues discussions dont il faut reconnaître qu'elles ont souvent été laborieuses," reconnaît lui-même le cabinet d'Agnès Pannier-Runacher.

Cet accord aura deux fonctions puisqu'il grave, d'une part, dans le marbre, une série de mesures d'accompagnement social, obtenues et négociées entre les syndicats et la direction, mais il ouvre aussi en même temps la voie à la poursuite du PSE. A savoir l'envoi, dès ce vendredi au soir 1er avril, du contenu du plan social aux services de la Direction Régionale de l'Économie, de l'Emploi, du Travail et des Solidarités (Dreets) de la Savoie (ex-DIRECCTE), qui seront chargés de l'étudier et de l'approuver.

Dès lors, ce service devrait mettre "une quinzaine de jours" selon les services de l'Etat pour se prononcer sur la validation de ce plan, avec un regard qui ne reposera cependant ni sur le fond ni sur la justification de ce PSE, mais uniquement sur le respect de la procédure engagée. Les 256 salariés devraient ensuite commencer à recevoir leurs lettres de licenciement.

Et aucune des négociations tentées par leurs représentants, mais aussi par l'Etat, qui était à la manoeuvre jusqu'ici, à travers ses ministères de l'Economie et de l'Industrie, n'auront suffi à sauver les emplois du site.

A l'aube de cette nouvelle échéance, le délégué CGT central du CSE, Mustapha Haddou évoquait déjà, ce jeudi soir, la profonde déception des salariés, qui se sentent "abandonnés" et "vidés" par la dernière nuit de négociations, qui s'est tenue jusqu'à 4h du matin. "Nous avons tenté de contacter le ministère depuis la semaine dernière, mais personne ne nous a répondu. De son côté, la direction a envoyé des courriers, la semaine dernière, à une grande partie des salariés afin de leur interdire de se rendre sur le site. Le procédé est violent et ne leur permet même plus d'accéder à un accompagnement psychologique sur place", déplore-t-il.

Des négociations difficiles en coulisses

Il y a quelques semaines, la ministre en charge de l'Industrie, Agnès Pannier-Runacher, avait pourtant tenté un dernier coup de poker en adressant un nouveau courrier à la direction de Ferropem, l'américano-espagnol Ferroglobe, lui demandant notamment de répondre à ses obligations de recherche d'un repreneur, mais aussi et surtout de revoir sa copie, concernant le plan social annoncé au printemps 2021, au motif que le contexte économique s'était renversé.

En effet, justifié en premier lieu par un manque de rentabilité de son site savoyard, les motivations économiques du PSE de Ferropem venaient d'être ébranlées par, d'une part l'envolée des cours du marché du silicium et la forte demande générée à la fois par la crise sanitaire, mais également, par le démarrage de la guerre en Ukraine. Avant qu'à la mi-mars, un rapport d'expertise, commandé à un cabinet indépendant par le CSE, ne remette clairement en cause les justifications économiques de ce plan social.

Depuis, les négociations avaient repris en coulisses, la ministre de l'Industrie s'étant notamment entretenue avec le dirigeant de Ferropem. Mais il n'aura pas lâché sur la question des emplois.

"Le groupe fait valoir que la compétitivité de son secteur industriel est plutôt obtenue par une tendance à charger de grands fours industriels afin d'absorber des coûts fixes, plutôt que de multiplier la production sur différents sites. Il soutient également le fait que sur le marché de la fonderie, les commandes et clients actuels ne seraient pas suffisants pour maintenir le site de Château-Feuillet, avec un volume du marché de la fonderie lui-même en décroissance", énumèrent les services de l'Etat.

La ministère de l'Industrie aurait cependant obtenu, en contrepartie, certaines avancées : tout d'abord, la confirmation que la production "de l'ensemble des familles de produits aujourd'hui fabriquées en France par Ferropem le demeurent", à travers notamment ses 5 sites restants, dont celui des Clavaux (Isère), où une partie de l'ancienne production de Château-Feuillet doit être transférée "d'ici le 1er semestre 2023 au plus tard".

Mais aussi, l'engagement ferme, émanant de la direction de Ferropem, de relancer la recherche de repreneurs industriels sur une durée de cinq mois, "y compris auprès de ses concurrents", a insisté l'Etat. Une condition qui représentait jusqu'ici un point majeur d'achoppement entre les salariés et l'Etat d'une part, et la direction du groupe de l'autre.

L'Etat assure même qu'un chargé de projet, mandaté par Ferropem devra être affecté à cette tâche et lui rendre des comptes régulièrement sur cette période.

En contrepartie, Ferropem s'engage également à "sanctuariser" 10 millions d'euros, nécessaire au transfert de la production savoyarde de Ferropem sur le site des Clavaux, et plus largement d'investir 20 millions d'euros d'ici la fin 2022 dans son outil industriel en France, notamment pour le moderniser.

Manier le bâton et la carotte

Dans ce dossier jugé hautement stratégique pour l'industrie française, le gouvernement français demeure encore pris entre sa volonté, affichée, de faire conserver à ce site "sa vocation industrielle", et "si possible dans son coeur de métier", en exigeant notamment la recherche d'un repreneur issu du secteur de la fonderie. Mais aussi son souhait de manier le bâton, concernant notamment les aides financières qui avaient jusqu'ici pu être proposées ou accordées à Ferropem.

Désormais, il n'est désormais plus question de promettre, des millions d'euros d'aides issues du plan France 2030 au groupe américano-espagnol, comme cela avait pu être évoqué dans le but de faire pencher la balance en faveur de la remise en service de Château-Feuillet.

Mais l'Etat n'exclut pas non plus que Ferropem puisse, par la suite, redéployer un dossier comme d'autres industriels, qui présentent des enjeux de décarbonation.

Les aides reçues jusqu'ici, comme l'avance de la compensation carbone ou les mesures destinées aux industriels électro-intensifs "restent cependant des mesures de droits commun" et ne pourront donc "à ce titre" pas être réclamées.

Enfin, interrogé sur le coût et à la responsabilité qui incomberait à Ferropem visà-vis d'une possible dépollution du site suite à la cessation de ses activités, le cabinet d'Agnès Pannier-Runacher se veut clair : "aujourd'hui, ce n'est pas un sujet sur la table, car la dépollution signifierait la renonciation à accueillir tout projet industriel sur le site. Et ce n'est pas notre optique".

Reste à voir ce que choisira Ferropem, qui demeurerait, en tant que dernier exploitant, responsable de la facture de cette dépollution, si l'abandon du site sans revente était privilégié.

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