1er mai : le combat social de Ferropem, futur ArcelorMittal français ?

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En plus du député EELV européen Yannick Jadot et de la candidate EELV aux régionales Fabienne Grébert, une forme d'union sacrée a rassemblé, sur le terrain, les élus locaux dont le président LR du Conseil départemental de Savoie, Hervé Gaymard, le député LR de Savoie, Vincent Roland et la sénatrice LR de Savoie, Martine Berthet.
En plus du député EELV européen Yannick Jadot et de la candidate EELV aux régionales Fabienne Grébert, une forme d'union sacrée a rassemblé, sur le terrain, les élus locaux dont le président LR du Conseil départemental de Savoie, Hervé Gaymard, le député LR de Savoie, Vincent Roland et la sénatrice LR de Savoie, Martine Berthet. (Crédits : DR/ML)
REPORTAGE. En Savoie également, le 1er mai a été synonyme de mobilisation sur le site Ferropem de Château-Feuillet (Savoie), voire même d’une forme « d’union sacrée », rassemblant le député EELV Yannick Jadot et la candidate Fabienne Grébert, aux côtés des élus locaux LR. Menacée de fermeture imminente, cette usine était l’une des dernières en Europe à fabriquer du silicium, un matériau stratégique pour la transition énergétique. Avec à la clé, une loi Florange que les salariés demandent à faire appliquer.

Ce samedi 1er mai aura une signification particulière pour les 221 salariés du site savoyard de Ferropem, de Château-Feuillet, situé au pied des stations de la Tarentaise, sur la commune de La Léchère (Savoie).

Ici, pas de grève virtuelle : ce sont près de 600 personnes qui se sont rassemblées devant les locaux de l'usine de ferroalliages et de silicium. Car depuis l'annonce fin mars de la cessation prochaine des activités de ce site au savoir-faire centenaire par leur direction, le consortium espagno-américain Ferroglobe, les salariés se sont mobilisés : appels aux responsables politiques locaux, publication d'une pétition qui a à ce jour atteint plus de 17.000 signatures...

Un site aux enjeux stratégiques

Il faut dire qu'en pleine relance, le dossier a pris des allures stratégiques à plus d'un titre. Alors que le gouvernement français a signé un avenant au contrat de filière électronique il y a peu à Grenoble, plaçant ainsi cette industrie au cœur des enjeux de souveraineté française en pleine tempête et pénurie des composants, les deux sites de Ferroglobe se posaient justement comme les derniers à produire en France la matière première nécessaire à la composition des puces électroniques et des panneaux solaires, le silicium.

« Aujourd'hui, le site ne produit plus de silicium depuis 2018 mais nous restons le seul site européen à produire du Ferro Silico Calcium (Casi), issu d'un savoir-faire centenaire, ainsi que des ferroalliages pour les fonderies », précise Moustapha Haddou, secrétaire CSE central et délégué syndical CGT.

Car depuis l'arrêt d'un contrat commercial avec l'un de ses principaux clients en 2018, la direction avait choisi d'amorcer une mutation de la production de son site vers les ferroalliages, mais son plan de transformation avait été stoppé, suite à des problèmes de trésorerie. « Cela a conduit à l'arrêt de nos fours progressivement, dont le dernier s'est éteint début 2021 », confirme Moustapha Haddou. Avec depuis, l'attente, puis l'annonce de la cessation totale des activités, intervenue en mars.

Leur employeur, le groupe Ferroglobe a justifié sa décision par « un programme d'optimisation des actifs » et par la perte de 74 millions d'euros ces deux dernières années pour un chiffre d'affaires moyen de 327 millions d'euros.

« Cette décision est difficile mais dans les conditions de marché actuelles et au vu des coûts de production en France, malgré tous les efforts, il n'est pas possible de faire autrement que de prévoir l'arrêt de production sur deux des sites français », affirmait-elle il y a quelques jours à la presse locale.

Potentiel gâché

Or, les salariés présents ce samedi matin affirment que leur site est non seulement rentable, mais également qu'il est positionné sur un secteur stratégique pour l'industrie française :

« Le marché mondial du silicium est en augmentation de 2 à 4% tous les ans. Bien qu'il existe le silicium chinois et des questions d'anti-dumping avec l'Europe, si Ferroglobe avait eu une stratégie offensive de conquête des marchés, nous produirions encore du silicium », avance le délégué CGT.

Preuve, s'il en est, de son positionnement jusqu'à il y a encore quelques mois, dans le marché du silico-calcium (Casi) : « Etant le seul fournisseur en Europe, nous fournissions jusqu'ici la totalité du marché. Notre matière première rentre par exemple dans la composition de ciments plus solides et flexibles ou d'entrer dans la composition de l'inox, pour des clients comme notre voisin Ugitech, etc », détaille Moustapha Haddou.

Tous réfutent le mode de calcul de leur direction, qui brandit le niveau de pertes enregistré sur les deux dernières années car selon eux, c'est plutôt la perte d'un important client, qui pesait jusqu'à 50% de la production de l'usine en 2018 -et 100% du silicium-, couplée à des choix stratégiques de sortir du silicium et se diriger vers un plan de transformation non finalisé, qui aurait eu raison de la mise à l'arrêt de leurs fours aujourd'hui.

Certains évoquent déjà des références aux hauts fourneaux de Florange de Arcelormittal, qui avait conduit à l'un des plus grands conflits sociaux français, entre 2011 et 2013, jusqu'à leur mise sous cloche et l'intervention de l'Etat Français, suite à une promesse de campagne de François Hollande, qui s'était prononcé en faveur de la sauvegarde du site avant de faire marche arrière.

Celui-ci avait finalement renoncé à l'option de la nationalisation, de peur de faire fuir les capitaux étrangers, laissant le site en friche avec la promesse d'une mise sous cocon durant six ans, assortie de l'obligation, pour ArcelorMittal d'investir sur le site et de ne pas licencier.

Un nouveau Florange ? Jadot monte au créneau

Or comme à Florange, le site savoyard Ferropem de La Léchère serait rentable, et construit sur un domaine stratégique, et qui pourrait être, selon ses salariés, réorienté demain vers la fourniture de matières premières pour les marchés des batteries électriques, ou encore des panneaux photovoltaïques.

« Ce n'est pas comme si nous étions sur une usine en fin de cycle ou une mine de charbon », glisse l'un d'eux. «Nous produisons la matière première qui est nécessaire aux panneaux solaires, dont la demande est croissante, à partir de galets de silicium issus des carrières ».

Un enjeu industriel, auquel se greffe un autre enjeu en matière de compétences et d'emplois « Car il ne faut pas s'y tromper : ici, on ne reclassera personne alors qu'il existe des savoir-faire centenaires. Et ici, contrairement à la Moselle avec ArcelorMittal, il n'y a pas le Luxembourg à côté pour absorber une partie des emplois supprimés », prévient l'avocat du CSE, Ralph Blindauer, qui craint une large casse sociale à travers ces 350 suppressions, dont 221 à Château-Feuillet.

Ce n'est donc pas un hasard si la candidate écologiste aux régionales Fabienne Grébert s'est déplacée aux côtés du député européen EELV Yannick Jadot pour rencontrer les salariés de l'usine savoyarde, en cette journée de fête du travail, symbole de toutes les luttes. Une occasion également de faire un coup double pour la première, candidate aux régionales, et le second, pressenti pour la primaire écologiste en vue de la prochaine élection présidentielle.

« Je suis ici aujourd'hui car on ne peut pas se résigner à voir nos usines fermer. On ne va pas laisser ces secteurs compétitifs disparaître, parce qu'on ne fait pas ce qu'il faut. Il existe un potentiel sur les batteries, sur les panneaux photovoltaïques, les aciers haute performance, et sur toute l'industrie du matériel médical... On est là pour dire à quel point l'écologie rime aujourd'hui avec l'industrie », a confirmé Yannick Jadot.

« Même pour l'UE, le silicium est une matière critique et stratégique. On le voit avec la dépendance avec l'Asie sur les microprocesseurs. Tout le monde met le paquet aujourd'hui sur les batteries électriques, mais on ne va pas tout importer d'Asie. Même chose pour les panneaux photovoltaïques », rapporte le député européen, qui appelle à ce que le plan de relance européen soit un outil pour soutenir les industries stratégiques comme celles de Ferropem.

Le mot "d'union sacrée" a même été évoquée en raison de la présence de plusieurs élus locaux (LR), dont le président du conseil départemental, Hervé Gaymard, le député de Savoie, Vincent Roland, la sénatrice de Savoie, Martine Berthet, et le Conseiller régional Fabrice Pannekoucke, qui souhaitaient eux aussi témoigner de leur mobilisation sur ce dossier.

Union sacrée Ferropem

Prochaine étape : faire respecter la loi Florange

Alors que la procédure d'information-consultation vient seulement de s'ouvrir et devrait durer quatre mois, les représentants des salariés ont commandé une contre-expertise et se sont entourés d'un avocat, Ralph Blindauer, basé à Metz et familier des grands dossiers sociaux comme Continental, FVM Technologies ou encore Eolan.

Bien que l'avocat du CSE estime que la priorité demeure encore que le groupe Ferroglobe renonce ou revienne sur les grands axes de son projet, une seconde option, à savoir l'arrivée d'un repreneur crédible, semble sur toutes les lèvres la plus probable.

Mais si la loi Florange contraint les groupes de plus de 1.000 salariés depuis 2014 à chercher un repreneur, les salariés affirment que leur direction, qui conservera ainsi 4 de ses 6 sites français, ne souhaite pas s'embarrasser d'une future concurrence.

Pour l'instant, des pourparlers seraient en cours avec d'éventuels repreneurs, mais rien ne serait encore fait. Au contraire : « La Loi Florange est appliquée comme habituellement dans ces cas-là, c'est-à-dire qu'on mandate un cabinet qui diffuse un document de présentation aux quatre coins de la planète pour nous entendre dire qu'on a trouvé personne. Cette application, nous n'en voulons pas, car nous pensons vraiment que ce site a un avenir industriel et peut être rentable », indique l'avocat du CSE.

Les salariés et syndicats attendent désormais un signe de la part du gouvernement français, dont le ministère de l'Industrie d'Agnès Pannier Runacher, et son cabinet chargé des restructurations, suivraient attentivement le dossier. Car Ferroglobe a bénéficié, en 2019, de plusieurs aides de la part de l'Etat, et notamment de la prise en charge de mesures de chômage partiel durant plus de six mois, ainsi que d'une avance de trésorerie suite à la crise Covid...

Et c'est bien ce que reprochent aujourd'hui les syndicats, qui estiment que le groupe tente en parallèle de se départir de ses obligations, et notamment de la loi Florange:

« Ferroglobe a annoncé un arrêt de la production, mais pas une fermeture des sites, car une telle fermeture lui imposerait des obligations, notamment en la contraignant à dépolluer le site et à rechercher un repreneur », dénoncent-ils.

Une mise sous cloche ou une fermeture ?

« Ca sera sujet à débat juridique mais je pense que peu de gens sérieux considéreront que le fait de vouloir mettre sous cloche une telle installation n'équivaut pas une fermeture. Ce n'est pas sérieux », retoque l'avocat du CSE, qui prévient : « Pour autant, on ne jettera pas le dossier dans les bras du premier venu, ni d'un pirate qui souhaiterait faire une affaire juteuse. On examinera avec les experts la viabilité économique ».

Selon nos informations, le voisin de Ferropem, Carbone Savoie, se trouverait notamment dans les rangs parmi les candidats intéressés. « Et même s'il n'est pas positionné sur le même cœur de métier, il pourrait bénéficier d'une activité complémentaire ». Mais encore faut-il que le groupe Ferroglobe accepte de vendre.

Pour autant, quelle sera la position du président Emmanuel Macron, lui qui avait vécu la fermeture des hauts-fourneaux de Florange en tant que secrétaire général adjoint de l'Élysée ? Celui-ci n'avait pas caché qu'il ne croyait pas à une nationalisation temporaire du site, préférant soutenir l'arrêt jugé plus réaliste de la filière chaude à Florange. Le dossier auralpin viendra-t-il tester à nouveau sa position ?

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Commentaires
a écrit le 03/05/2021 à 9:07 :
comment ca se fait que des elus verts vont manifester pour produire de la pollution?
on depose le bilan et on passe a autre chose
et on applique dailymotion pour eviter tout rapprochement avec qui que ce soit, au lieu de vouloir appliquer florange pour que la cgt s'en foute plein les fouilles
Réponse de le 03/05/2021 à 15:12 :
Mettez-vous à réfléchir et vous comprendrez
a écrit le 02/05/2021 à 11:12 :
Années 80: industrie= 20% du PIB français. 2021: 10%.. On paye 40 ans de désindustrialisation entre autres soutenues pas les lubies socialistes aujourd'hui relayées par les théories de décroissance verte. Alors voir Jadot venir poser la main sur le cœur pour la défense d'un site industriel.. à ce niveau là, c'est même plus du cynisme. c'est plus qu'insupportable. Ca mériterait le goudron et les plumes. Et ne parlons même pas de Mr Hervé Gaymard, le ministre époux de cette dame qui a laissé Alsthom énergie partir aux USA.. Sans trop de pb de conscience semble-t-il
Réponse de le 02/05/2021 à 15:45 :
Les écolos, ils veulent créer partout des usines à vélo.
Réponse de le 02/05/2021 à 16:01 :
Je crains que vous soyez très déconnecté des réalités. Ceux qui décident de vendre une entreprise sont les propriétaires que l'on appelle aussi actionnaires qui est devenu pour la masse des ignares un gros mot. Le Pdg n'est qu'un employé du conseil d'administration et s'il peut jouer de quelques manœuvres dilatoires pour retarder un opa généralement pour préserver ses propres intérêts, il ne peut en général pas grand chose contre le choix des propriétaires. Or toutes nos fameuses boites dites françaises hors mis quelques unes ont toutes pour actionnaires des étrangers (actionnaires particuliers et fonds de pension et fonds privés qui se moquent complètement des états d'âmes des Français. Si on veut pouvoir être décideur et ne pas subir l'arbitrage des autres, il faut commencer par en être propriétaire. Hélas nous préférons mettre notre épargne sur des livrets défiscalisés. Il y a actuellement sur ces livrets un encours de 462 MILLIARDS d'Euros. Cherchez l'erreur.
Réponse de le 02/05/2021 à 17:06 :
Merci pour cette belle démonstration. Je crois avoir suffisamment travaillé avec l'industrie pour penser que je suis pas trop déconnecté des réalités. Je parle pas des questions de vente ou pas des entreprises sur le sol français et des raisons y afférentes. Je parle de l'exploitation qui en est faite par les politiques. La discrimination intellectuelle, ça commence par sérialiser et catégoriser les questions, pas à tout mélanger. En Allemagne, Merkel est une scientifique de formation. En Corée, vous trouvez des ministres qui ont bossé chez Samsung. Ca donne une autre perception de l'industrie au niveau politique.
Réponse de le 03/05/2021 à 9:10 :
la frane a mis dehors le grand capital capitaliste, puis vient gemir que c'est pas normal qu'il n'y ait pas de souverainete avec de l'argent pour avoir de l'industrie ou la cgt ferait la loi, avec des semaines de 32 heures payees 35 payees 39
c'etait une catastrophe du temps ou artus a ecrit son bouquin ( la france sans ses usines), c'est encore mieux maintenant
plus de patron capitaliste pour exploiter les gens sutr leur dos vole, juste des technos qui vont partir ( s'il en reste) et des gens qui s'auto entreprendront sans patron chez deliveroo)
voila ou vous avez amene votre pays, alors faut que la gauche qui a fait ca assume, et la droite qui etait cense corriger le tir et ne l'a pas fait assume aussi.........
la prochaine etape ca sera lepen presidente ( ce qui ne changera rien, soit dit en passant)
a écrit le 02/05/2021 à 10:22 :
Les elus, toujours pari pour se profiler dessus les cadavers.
a écrit le 01/05/2021 à 18:58 :
En France il y a des capitaux enfouis dans des bas de laine placés par les banques et assurances on ne sait où et dans la pierre qui compte tenu de son poids ne risque pas de s'envoler ce qui rassure le citoyen...mais surtout pas dans l'économie du pays. On a vu aucune mobilisation pour la recherche, fabrication des vaccins anti covid, et quand une entreprise a besoin d'être relancée, rachetée, aucun fond français. Cela aussi participe aux délocalisations!
a écrit le 01/05/2021 à 18:57 :
Arcelor mittal est le premier groupe sidérurgique européen créateur d'emploi
Avec des complexes ultra moderne ou il fait bon travailler
Réponse de le 02/05/2021 à 10:03 :
Accelormittal , guptagroup etc ... les nouveaux flibustiers de l industrie ... on bien été éduqués par la mentalité anglaise ,une mentalité bien sociale comme chacun sait .... effectivement il serait temps que les bas de laine amassés servent à quelque chose d autres que les bons du trésor italien et autres
Mais les banques beh assurances sont aussi frileuses que le reste de la population
Réponse de le 02/05/2021 à 13:47 :
AM jouera un rôle de premier plan pour fournir des avancées quand à la réduction des émissions de CO2 en sidérurgie. Pour mémoire, les produits qui sont responsables des plus fortes émissions sont, dans l'ordre, le ciment, l'acier et le verre, et il importe de soutenir nos industries sur le chemin du zéro Carbone. A méditer pour ceux qui ont une préoccupation légitime sur ces problématiques.

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