Ferropem : à l’aube de l’épilogue de ce dossier Loi Florange, seul le site isérois sera conservé

Producteur de silicium pour les industries du BTP et des alliages automobiles, l’américano-espagnol Ferroglobe avait annoncé en mars dernier sa volonté de fermer ses deux sites de La Léchère (Savoie) et de Livet-Gavet (Isère). Huit mois plus tard, ses 357 salariés viennent finalement d’apprendre, lors d’un CSE qui se tenait ce lundi à Chambéry (Savoie), que seules les activités du site isérois seront sauvegardées. 226 postes sont toujours directement menacés, pour l’épilogue d’un combat social entamé dans les Alpes et marqué par des questions de souveraineté, conduisant jusqu'au sommet de l'Etat.

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Lors d'un CSE extraordinaire qui se tenait ce lundi à Chambéry (Savoie), le groupe Ferroglobe a finalement annoncé la levée du plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) en cours du site isérois des Clavaux, à Livet-et-Gavet (Isère). Mais pas sur son second site de Château-Feuillet, basé à la Léchère (Savoie), où 221 emplois sont toujours directement menacés.
Lors d'un CSE extraordinaire qui se tenait ce lundi à Chambéry (Savoie), le groupe Ferroglobe a finalement annoncé la levée du plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) en cours du site isérois des Clavaux, à Livet-et-Gavet (Isère). Mais pas sur son second site de Château-Feuillet, basé à la Léchère (Savoie), où 221 emplois sont toujours directement menacés. (Crédits : DR/ML)

C'était l'un des rendez-vous très attendus, après plusieurs mois de combat social : ce lundi, une réunion du comité social et économique central (CSEC) extraordinaire s'est tenue à Chambéry.

En présence des représentants du personnel, la direction du groupe Ferroglobe représentée notamment par José Merino Matesanz, DRH du groupe et président de Ferropem, a finalement annoncé une levée partielle de son plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) en cours, bénéficiant notamment au site isérois des Clavaux, à Livet-et-Gavet (Isère).

Ce site, qui emploie 129 salariés, avait réussi jusqu'ici à maintenir une partie de sa production malgré la procédure en cours, grâce aux commandes d'un grand client.

Mais ce n'est pas le cas de son second site de Château-Feuillet, basé à la Léchère (Savoie), dont l'activité avait été mise à l'arrêt depuis sept mois, et pour lequel la direction a finalement décidé de maintenir le PSE en cours. Résultat : 221 emplois sont toujours directement menacés, ainsi que 5 postes au siège de l'entreprise, à Chambéry.

Une douche froide pour les salariés, dont la pétition pour le maintien du site avait recueilli plus de 23.000 signatures.

Le groupe, qui ne souhaite pas s'exprimer dans la presse, a confirmé simplement par voie de communiqué la levée du plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) en Isère, « grâce au soutien de l'État français et à un nouveau contrat commercial conclu avec un client historique », qui serait le chimiste allemand Wacker.

« Cette nouvelle situation » permet à Ferroglobe « de réduire l'impact social du projet de réorganisation présenté en mars 2021, tout en assurant sa compétitivité sur l'ensemble de ses cinq sites industriels français », précise le groupe.

Des discussions avec l'Etat français

Engagé en effet depuis plusieurs mois dans des discussions menant jusqu'au sommet de l'Etat, Ferroglobe bénéficierait notamment un accord passé avec le gouvernement français concernant l'avance de sa compensation carbone, prévue par le projet de loi de finances 2022 et qui pourrait permettre au groupe de bénéficier d'une avance de trésorerie d'une quinzaine de millions d'euros.

Une mesure qui pourrait être couplée à la création d'une « barrière tarifaire concernant sa production de CaSi », un dérivé du silicium, alors qu'en parallèle, le premier ministre Jean Castex était lui-même allé jusqu'à émettre « plusieurs propositions aux dirigeants de Ferropem afin de leur permettre de renforcer la compétitivité des sites, en mobilisant différentes mesures de soutien », dont celles du plan de relance.

Propositions à ce stade toutes rejetées par la direction, qui aurait exclut y compris l'option d'un prêt « de plusieurs millions d'euros » par l'Etat, en raison des « contreparties sociales » associées. Il est néanmoins prévu qu'il puisse postuler, « comme toute autre entreprise », au guichet décarbonation du plan de relance.

Du côté du cabinet de la ministre de l'Industrie, on «  regrette » en effet la décision de ne pas interrompre la procédure à Château-Feuillet, en soulignant que l'Etat avait cependant mis sur la table des « propositions assez exceptionnelles, allant jusqu'à plusieurs dizaines de millions d'euros sous forme de subventions puis de prêts ».

Le 29 septembre dernier, Jean Castex s'était lui-même déclaré favorable la recherche de mesures alternatives à l'arrêt d'exploitation de ces deux sites, et évoquait alors « huit repreneurs potentiels ».

Les "obligations" de la Loi Florange

Aujourd'hui, environ quatre marques d'intérêts, dont deux provenant de concurrents directs à Ferroglobe seraient encore d'actualité, mais « ce chiffre est très fluctuant », reconnaît le cabinet de la ministre de l'Industrie.

L'avocat Ralph Blindauer, habitué des luttes sociales et venu tout droit de Metz pour défendre les intérêts du CSE, espère quant à lui toujours que la direction de Ferropem se mette en conformité avec la loi Florange, qui oblige les groupes de 1.000 salariés, qui envisagent de fermer un établissement, à rechercher un repreneur.

Or, le groupe américano-espagnol se montrait jusqu'ici frileux à l'idée de revendre son outil industriel à de possibles concurrents, suscitant l'ire des syndicats, qui militent pour le maintien des emplois et avaient monté un dossier destiné à prouver que leur site était rentable.

Pour l'avocat du CSE, l'Etat français et notamment les techniciens proches du dossier ont « mouillé leur chemise » et joué leur rôle, mais il regrette que « le pouvoir politique reste prisonnier du dogme libéral » :

« Si l'on ne brandit pas la non-homologation du PSE et le risque de nationalisation à titre temporaire de ce type de dossier, on n'y arrivera pas. La puissance publique n'est pas allée au bout de ce qu'elle aurait pu faire. Il faut à un moment donné que la puissance publique manie la carotte, mais aussi le bâton », estime Ralph Blindauer.

Un crève-cœur pour les salariés

Option cependant d'ores et déjà exclue par l'Etat français, qui estime que la priorité est désormais de « maintenir des emplois et un savoir-faire, comme le permet le transfert de l'activité CaSi ». « Qu'on produise ensuite du silicium ou une autre production issue de la métallurgie, c'est finalement à Ferropem et au repreneur d'en décider », illustre-t-on à Paris, rejetant le levier de la nationalisation, souhaité par les syndicats.

Et d'ajouter : « On attend désormais que les conditions du PSE soient aussi favorables que possibles pour les salariés, afin qu'ils puissent rebondir rapidement », précisant que d'un point de vue technique, la poursuite ou la transformation de la procédure de PSE en cours, malgré le retrait des Clavaux, était en cours d'étude.

Car pour les services de l'Etat, ce sont « une centaine d'emplois qui seraient disponibles sur le bassin de Château-Feuillet, et nous avons que les salariés, fatigués par cette procédure, ont besoin de perspectives ».

Dans une note transmise aux salariés, la direction de Ferropem évoque désormais « l'adaptation » de son projet de restructuration qui permettrait désormais de « maintenir 129 emplois aux Clavaux et d'en créer 25 ouverts au reclassement interne (...) », qui seraient ainsi réaffectés notamment la production de CaSi, un dérivé de silicium, cette fois en Isère. Et ce, alors que cette production et ses équipements se trouvaient jusqu'ici sur le site de la Léchère.

A ce sujet, l'Etat affirme par ailleurs qu'il sera très attentif à ce que les investissements nécessaires, et notamment la création d'un nouveau four, soient bien pris en charge par l'industriel, de même que les 25 postes créés soient en priorité proposés aux salariés savoyards de Ferropem, malgré « des enjeux de mobilités évidents ».

Alors que les discussions se poursuivaient ce lundi sur place en milieu de journée, concernant notamment les éventuels repreneurs candidats pour le site savoyard, ces annonces étaient déjà accueillies par des sentiments partagés sur le terrain : car face au soulagement des salariés et élus du site isérois, se succédaient la colère et la déception de employés du site savoyard, qui recherche toujours officiellement un repreneur.

Le syndicat Force Ouvrière a notamment déploré une décision « dramatique, incompréhensible et inacceptable » ayant provoqué « la colère des élus ainsi que du personnel », et marquée par une manifestation devant les locaux chambériens, où se tenait cette rencontre. Une assemblée générale est d'ores et déjà prévue ce vendredi sur le site savoyard ainsi qu'en parallèle, sur le site des Clavaux. Une chose est sure : « leur tenue n'aura pas la même saveur », nous glisse l'avocat du CSE.

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Commentaire 1
à écrit le 15/11/2021 à 21:21
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"industries du BTP et des alliages automobiles" des collègues avaient travaillé à la purification de leur silicium pour lui donner une qualité photovoltaïque (en tâchant d'éliminer les éléments dopants indésirés, la pureté électronique n'étant pas né...

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