Ferropem : huit marques d'intérêts... et un tournant politique pour ce dossier Loi Florange

En Isère comme en Savoie, les deux sites de production de l'industriel espagnol Ferroglobe sont toujours menacés, alors qu'ils adressent des productions jugées stratégiques pour la filière du silicium. De quoi susciter la prise en compte de ce dossier au sommet de l'Etat par le Premier ministre, qui vient de confirmer l'existence de "huit marques d'intérêts" cette semaine. Mais l'affaire est loin d'être encore bouclée selon les acteurs du dossier, pour un enjeu qui incite le candidat EELV Yannick Jadot à incarner son premier déplacement officiel de campagne ce jeudi.

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Car face à la pénurie de composants électroniques, nécessitant du silicium, ainsi qu'à la hausse plus globale du coût des matériaux, les salariés de Ferropem estiment que leurs sites ont un rôle à jouer.
Car face à la pénurie de composants électroniques, nécessitant du silicium, ainsi qu'à la hausse plus globale du coût des matériaux, les salariés de Ferropem estiment que leurs sites ont un rôle à jouer. (Crédits : DR/ML)

Cette semaine, l'avenir des deux sites de l'industriel espagnol Ferroglobe est à nouveau au centre des débats.

Car depuis que leur actionnaire, l'espagnol Ferroglobe, a annoncé le 30 mars dernier sa volonté de fermer ces deux sites français (Château-Feuillet en Savoie et les Clavaux en Isère) et leurs 357 emplois pour des raisons de productivité, l'avenir de ces deux fleurons industriels français et de leurs 357 emplois, est en sursis. Et ce, alors même qu'ils se posent comme des fers de lance de l'industrie du silicium et de ses dérivés.

Après un premier round de mobilisation des salariés et de l'écosystème local (et une pétition ayant décroché plus de 23.000 signatures), le dossier a pris un nouveau tournant ce mercredi, avec une question du sénateur EELV de l'Isère, Guillaume Gontard, adressée au premier Ministre. Celui-ci a demandé "une suspension du plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) actuellement en cours" ainsi que "de recourir au besoin à la nationalisation temporaire des sites".

Jean Castex, qui s'est lui aussi impliqué dans ce dossier stratégique pour l'industrie française -d'abord placé sous le ressort du cabinet de la ministre de l'Industrie-, a surpris l'écosystème local en annonçant l'existence de "huit marques d'intérêts" en cours, reconnaissant que "la filière du silicium en France" était "stratégique à plusieurs titres".

Sans préciser de nom, le premier ministre a en effet indiquer que des discussions, auxquelles participent l'Etat, sont actuellement en cours aux côtés du propriétaire Ferroglobe, en vue d'une éventuelle cession.

Car en vertu de la Loi Florange, un groupe de plus de 1.000 salariés est en effet dans l'obligation d'étudier les offres de reprise. Mais depuis le démarrage de ce dossier, les syndicats reprochent justement à leur direction, qui compte conserver par ailleurs 4 de ses 6 sites français, de ne pas souhaiter pas s'embarrasser d'une future concurrence.

D'autant plus que selon Moustapha Haddou, secrétaire CSE central et délégué syndical CGT, leur direction a désormais le projet de "réouvrir des fours situés à l'étranger et notamment aux États-Unis et en Afrique du Sud, ce qui s'apparente à une délocalisation pure et simple de la production car le tonnage sera toujours là, mais ne sera plus produit en France", dénonce-t-il.

Une cession possible, mais pour quelle production ?

De son côté, Jean Castex évoquait également l'étude de propositions alternatives, toujours sur la table, avec Ferroglobe lui-même, afin de lui proposer par exemple un nouveau soutien ciblé de la part de l'Etat, via le plan France Relance. Objectif affiché : lui permettre de "renforcer la compétitivité des sites", en mobilisant "différentes mesures de soutien".

Pour rappel, l'industriel avait déjà, en 2019, bénéficié de plusieurs aides de la part de l'Etat, et notamment de la prise en charge de mesures de chômage partiel durant plus de six mois, ainsi que d'une avance de trésorerie suite à la crise Covid. Et le gouvernement français comptait bien d'ailleurs le lui rappeler, à l'occasion des discussions engagées au cours des dernières semaines.

Pour autant, le dossier est sensible des acteurs locaux, comme le groupe industriel Carbone Savoie, feraient partie des premiers noms soufflés dans ce dossier. "Dans cette liste, il y aurait un peu de tout, des fonderies, mais aussi des acteurs partant du déchet pour aller vers du recyclage, à d'autres spécialisés dans la production d'alliages", nous glisse une source proche du dossier, où l'Etat français est à la manoeuvre, mais distille les informations au compte-goutte.

"Pour l'instant, on nous dit que ce sont des marques d'intérêts, mais cela ne veut pas dire qu'il s'agit d'un véritable projet de reprise, il faut rester très prudent", estime pour sa part le secrétaire du CSE, Moustapha Haddou, rappelant que la direction de Ferroglobe a déjà évoqué son souhait de ne pas revendre à un acteur du silicium :

"Or, ce n'est pas la même chose que de céder à un projet permettant une reprise rapide des fours silicium, en l'espace de quelques mois seulement, alors que d'autres options comme le recyclage nécessiteraient des aménagements et un horizon beaucoup plus long, qui ne permetterait pas de conserver les emplois sur site".

Réunis en intersyndicale, les représentants des salariés ont d'ores et déjà adressé une demande de suspension des discussions d'information-consultation concernant le PSE en cours, et ont même adressé en début d'été à l'Etat français une contre-proposition.

Avec à la clé, une reprise de l'activité sur un an, "le temps de démontrer que nos deux sites sont rentables et auraient des clients" et le fléchage des 25 millions d'euros initialement affectés au plan social par leur employeur Ferroglobe, vers un volet d'investissement en vue de réorienter leur production.

Un remède à la pénurie de composants et à la hausse des prix

Car face à la pénurie de composants électroniques, nécessitant du silicium, ainsi qu'à la hausse plus globale du coût des matériaux, les salariés de Ferropem estiment que leurs sites ont un rôle à jouer :

"Il ne faut pas oublier que le site de Château-Feuillet est le seul en Europe à produire encore du Casi, un alliage entrant dans la composition de différents matériaux dont le béton. Nos matières premières peuvent aussi être retransformées pour rentrer dans d'autres utilisations comme le domaine de l'automobile, deux de nos fours peuvent être réorientés vers le silicium à moindre coût", avance Moustapha Haddou.

Pour l'heure, les fours du site de Château-Feuillet (Savoie) sont toujours à l'arrêt tandis  qu'en Isère, des productions tournent encore grâce aux dernières commandes d'un grand client issu de l'industrie du silicium.

De quoi politiser encore un peu plus ce dossier, à l'aube des élections présidentielles ?

A l'heure où le patron de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon a déjà appelé à une "réquisition" des deux sites, le président LR de la région Rhône-Alpes Laurent Wauquiez avait quant à lui accusé l'Etat "d'inaction" à ce sujet.

Ce n'est pas donc pour rien que dès ce jeudi après-midi, le candidat écologiste Yannick Jadot a choisi le site de Ferropem Château-Feuillet  pour son premier déplacement "officiel" de campagne. Quelques mois seulement après une première visite à l'occasion des élections régionales, il compte bien démontrer que la question industrielle se situera au centre des débats, mais pas nécessairement dans la ligne proposée par l'actuel chef de l'Etat, Emmanuel Macron.

En mai dernier, Yannick Jadot avait déjà affirmé, lors de sa venue sur place : "On ne peut pas se résigner à voir nos usines fermer. On ne va pas laisser ces secteurs compétitifs disparaître, parce qu'on ne fait pas ce qu'il faut. Il existe un potentiel sur les batteries, sur les panneaux photovoltaïques, les aciers haute performance, et sur toute l'industrie du matériel médical..."

De son côté, le sénateur écologiste de l'Isère Guillaume Gontard, qui se déplacera lui aussi ce jeudi, estime qu'il "s'agit d'un signal fort que le premier déplacement de campagne du candidat écologiste soit justement sur un projet lié à la question industrielle et notamment au domaine de l'énergie, en vue de remettre la main sur les biens communs et de défendre les enjeu de souveraineté".

Une question sur laquelle le Groupe Écologiste - Solidarité et Territoires compte d'ailleurs adresser en déposant, d'ici les quinze prochains jours, une nouvelle proposition de loi comprenant notamment "la création d'un service public pour les énergies renouvelables" : "Il existe une vraie nécessité de mieux planifier le mix des énergies renouvelables à l'échelle du pays, concernant non seulement leur maillage mais aussi les enjeux de tarification, afin de garantir l'avenir des productions locales".

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