Facture énergétique des remontées mécaniques : dans les Alpes, la start-up Bluecime parie (notamment) sur l'IA

Ajuster, grâce à l’image et à l’intelligence artificielle, les remontées mécaniques des stations de ski lorsque la fréquentation est plus basse afin d’économiser de l’énergie : voici l’ambition du projet porté par la petite entreprise grenobloise Bluecime. Projet qui sera soutenu à hauteur de deux millions d’euros par le volet régionalisé du plan France 2030.
En ajustant au mieux la vitesse des remontées mécaniques, Bluecime vise une réduction de 20% des factures d'énergie des stations de ski.
En ajustant au mieux la vitesse des remontées mécaniques, Bluecime vise une réduction de 20% des factures d'énergie des stations de ski. (Crédits : Licence CC0)

Réduire de 20 % la consommation énergétique des remontées mécaniques : c'est l'objectif de la jeune entreprise Bluecime (10 salariés, un million d'euros de chiffre d'affaires en 2023). Ce consortium, monté il y a quelques mois entre le domaine skiable de Valmorel et deux laboratoires (G-SCOP de l'Université Grenoble Alpes et Hubert Curien de l'Université Jean Monnet), a pour ambition de modéliser les flux de personnes circulant sur les domaines skiables afin d'optimiser la vitesse des remontées mécaniques. Et donc leur consommation énergétique.

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Le projet, au nom de code « Soften », vient d'être retenu dans le cadre de la dernière relève du volet régionalisé du plan France 2030. Il va mobiliser une douzaine de personnes dans les trois prochaines années, pour un coût global de trois millions d'euros, dont les deux tiers viennent de subventions publiques.

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Conjuguer sobriété énergétique et service client

Cette optimisation vient tirer l'une des ficelles de la réduction de la consommation d'énergie : la sobriété (à savoir, le renoncement d'un usage - là où « l'efficacité » travaille à la performance des équipements). Tout l'enjeu, estime David Cuccolo, dirigeant de Bluecime, est de conjuguer une réduction - ou « optimisation » - du service avec la satisfaction des clients, dans le souci du maintien de l'activité touristique en montagne :

« Si vous réduisez de 10% la vitesse des remontées, vous réduisez d'autant la consommation énergétique du moment. Tout l'enjeu est de réussir à optimiser cette vitesse, sans affecter négativement le service rendu au client. Cela nécessite une maîtrise en temps réel des déplacements ».

Depuis sa création en 2015, Bluecime propose une solution de sécurisation de garde-corps des remontées mécaniques. Grâce à l'image, à laquelle a été ajoutée par la suite une couche d'intelligence artificielle, son logiciel permet d'alerter les opérateurs des remontées mécaniques en cas de garde-corps non ou mal refermés. Opérationnel depuis 2018, le système Bluecime est aujourd'hui installé dans une soixante de domaines skiables, dont Valmorel, Avoriaz, Courchevel, ou encore Tignes.

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Une optimisation en temps réel

Au fil des années, il s'est affiné et s'est doté de nouvelles fonctionnalités. Le logiciel développé par Bluecime permet ainsi de savoir exactement où sont situées les personnes sur la remontée mécanique, et s'il y a des enfants ou des personnes à mobilité réduite. Une information importante en cas de panne ou d'intervention des secours. Il permet aussi d'avoir des informations sur le taux de remplissage des sièges (pour sensibiliser les équipes à un meilleur remplissage par exemple), ainsi que sur le taux d'occupation.

« Le système que nous avons déjà mis au point permet d'envoyer de manière automatisée, et en temps réel, des recommandations à l'opérateur sur la nécessité d'ajuster la vitesse des remontées. S'il y a peu de monde, il est judicieux de ralentir la cadence afin de faire des économies d'énergie. Nous nous sommes rendu compte qu'il est possible d'aller jusqu'à 15/20% d'abaissement sans que le client n'en ait une réelle perception», assure Fabrice Aubouy, le directeur marketing de l'entreprise et, par ailleurs, vice-président du cluster Montagne.

Mais jusqu'ici, Bluecime traitait ces informations en mode « réaction », à la file d'attente. Avec son nouveau projet, le défi est tout autre : il s'agit désormais de passer en mode prédictif. Comment ? En surveillant et en agglomérant tous les flux. Les flux remontants des remontées mécaniques donc mais aussi les flux stagnants et descendants grâce à des caméras dotées de systèmes de reconnaissance et assistées par de l'intelligence artificielle.

« Nous voulons être capables d'analyser combien de temps les skieurs mettent pour descendre les pistes, en temps réel, combien de temps ils s'arrêtent à tel ou tel endroit. Cela permettra de savoir où et quand les files d'attentes se formeront sur certaines remontées mécaniques, de les anticiper et d'ajuster la vitesse au mieux afin de ne pas gaspiller inutilement de l'énergie. Cela permettra aussi d'annoncer très justement aux skieurs, dans un système dynamique, le temps d'attente qu'ils auront quand ils seront arrivés en bas de la piste », poursuit le dirigeant de l'entreprise.

D'ici à cinq ans, Bluecime espère générer trois à cinq millions d'euros de chiffre d'affaires supplémentaires. Une dizaine d'embauches est planifiée pour les trois ans à venir. Car au-delà des stations de ski, le projet Soften doit permettre à l'entreprise de se positionner sur de nouveaux marchés. Notamment celui des transports urbains qu'elle commence tout juste à explorer.

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