Autopartage. Après le départ de Bluely, Lyon veut accueillir « deux ou trois nouveaux opérateurs » d’ici fin 2021

Après l'échec de Bluely, Lyon et Villeurbanne viennent de lancer un appel à manifestation d'intérêt pour développer l'autopartage sur leurs territoires. Lyon Parc Auto va lui aussi étendre son offre en la matière tandis que la Métropole travaille aussi en la faveur du développement de l'autopartage. Des décisions qui vont dans le sens de la réduction progressive de la place de la voiture en ville et des émissions, mais qui doivent répondre (aussi) à des critères environnementaux et d'inclusivité pour être efficaces.

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Au regard des politiques publiques menées et à la place de la voiture en centre-ville, la ZFE, les contraintes de stationnement : tout converge vers l'autopartage, commente le vice-président de la Métropole délégué aux intermodalités.
"Au regard des politiques publiques menées et à la place de la voiture en centre-ville, la ZFE, les contraintes de stationnement : tout converge vers l'autopartage", commente le vice-président de la Métropole délégué aux intermodalités. (Crédits : Robert Pratta)

En août 2020, les voitures en libre-service Bluely disparaissaient du paysage de la métropole lyonnaise, l'entreprise n'étant plus rentable. Ce service qui comptait tout de même 10.000 abonnés actifs ne sera pas remplacé, mais le Grand Lyon et ses communes qui la composent veulent toutefois continuer de miser sur l'autopartage, sauce 2021.

Début juillet, Lyon et Villeurbanne ont ainsi lancé un appel à manifestations d'intérêts commun en vue de développer l'autopartage en free floating sur leurs territoires.

Côté Métropole, "de multiples opérateurs ont déjà sollicité la Métropole pour obtenir le label d'autopartage", affirme Fabien Bagnon le vice-président de la Métropole délégué à la voirie, la proximité, les intermodalités et les mobilités innovantes et actives.

Les opérateurs doivent en effet d'abord demander un label à la Métropole, mais ce sont les communes qui ont ensuite la compétence d'autoriser ou non leur implantation sur leurs territoires. Fabien Bagnon espère ainsi avoir "deux ou trois opérateurs implantés d'ici la fin de l'année" sur le territoire du Grand Lyon.

Actuellement, des services Citiz (véhicules en station fixe) et Yea ! (véhicules en free floating) sont déjà proposés par LPA (Lyon Parc Auto) et représentent une flotte d'environ 250 voitures. "En septembre, la flotte LPA en station fixe devrait également être renforcée", annonce Fabien Bagnon, aussi à la tête de LPA.

Une pratique à démocratiser

L'idée n'est pas tout à fait nouvelle : "Si l'autopartage reste une pratique marginale, les enquêtes disponibles montrent que les abonnés réduisent progressivement leur kilométrage parcouru en voiture et s'ouvrent à la multimodalité", soulignait déjà en 2017, le PDU 2017-2030 (Plan de déplacements urbains).

Un constat qui fait écho aux aux quelques 275.000 locations et 13.400 abonnés des services Bluely, Citiz et Yea !, enregistrés dès 2018, selon les chiffres d'UrbaLyon. Même si la pratique est jugée "marginale", le nombre de locations et d'abonnés s'affiche en constante augmentation depuis 2008.

"La visibilité de l'autopartage a tendance à s'améliorer. [...] Le modèle fonctionne bien ailleurs, il se développe à Paris, Madrid, Moscou...", note Fabien Bagnon, qui maintient que "la multiplication de l'offre va multiplier l'usage."

Onlymoov, portail mobilité de la Métropole, affirme également que 37% des trajets en voiture font moins de 3 km. A cela s'ajoute le durcissement progressif de la ZFE (Zone à faibles émissions). Depuis le début de cette année, les véhicules professionnels avec des vignettes Crit'Air en dessous de 2 sont interdits dans son périmètre et elle devrait s'étendre aux particuliers d'ici 2026 (les paliers et les conditions ne sont pas encore entièrement définis).

La ZFE, un incitatif de taille

Tout un contexte qui pousse l'exécutif à proposer des alternatives à la voiture individuelle. "Au regard des politiques publiques menées et à la place de la voiture en centre-ville, la ZFE, les contraintes de stationnement : tout converge vers l'autopartage", constate le vice-président de la Métropole.

Sur la question du stationnement, devenu un sujet de préoccupation dans la ville de Lyon comme à l'échelle de nombreuses métropoles, "on réfléchit pour améliorer la visibilité de l'autopartage avec des places dédiés, mais elles seraient enlevés aux places actuelles. En revanche, si quatre ménages abandonnent leurs voitures, ça fait quatre places en plus pour une voiture. L'objectif étant de libérer de l'espace public. »

Selon Urba Lyon, 34 % des ménages avaient deux voitures ou plus au sein de la métropole de Lyon (hors centre-ville) en 2016, contre 13 % des habitants du centre-ville.

"Les offres de partage mettent en face des vrais coûts de l'automobile"

Pour que l'autopartage prenne, il est aussi question de son accessibilité financière. Selon le simulateur de tarif du site LPA, une utilisation de véhicule en autopartage pour un trajet de six kilomètres, sur une durée d'une heure, le prix revient à 4,74 euros avec abonnement et 7,22 euros, sans abonnement.

Le carburant, l'assurance et le stationnement sont inclus dans le prix. L'abonnement mensuel coûte par ailleurs 16 euros, ce à quoi il faut parfois rajouter un rachat de franchise. Un prix qui peut donc demeurer un frein pour certains utilisateurs.

"L'autopartage n'est pas pour un usage du quotidien, mais peut servir pour des usages plus occasionnels", note Fabien Bagnon. "On peut ainsi utiliser la voiture sans les contraintes de coûts et de stationnement. Il y a une grosse confusion entre l'usage et la possession et cette idée a été entretenue pendant des années. On s'aperçoit de plus en plus qu'on peut décorréler les deux".

Car selon l'élu métropolitain, les villes de demain doivent pouvoir offrir différentes solutions de mobilité. "Il y a des gens qui n'utilisent leurs voitures que deux fois par mois. Ces services peuvent être jugés chers, mais quand on ramène ça à la possession d'une voiture, tout est relatif. Les offres de partage mettent en exergue les vrais coûts de l'automobile."

Un label pour cadrer les opérateurs

Le vice-président envisage d'ailleurs de voir avec les opérateurs s'il est possible de mettre en place un tarif social, avec l'aide de la collectivité.

Un sujet que soulignait déjà le PDU 2017-2030 : "Les services de mobilité tels que l'autopartage ou la location de vélos sont globalement absents [des 37 quartiers de la politique de la ville], et de surcroît peu accessibles aux publics en difficulté (besoin d'une carte bancaire, paiement d'une caution, freins cognitifs, etc.). [...]

Même si des améliorations sont d'ores et déjà prévues en matière de transport public, des solutions complémentaires devront être apportées pour répondre à la diversité des besoins des populations concernées et des solutions complémentaires devront être trouvées."

Aussi, pour s'implanter, les opérateurs devront répondre aux critère du label auto-partage de la Métropole de Lyon, "qui certifie plusieurs bonnes pratiques sociales et environnementales et permet de prévenir les problématiques de nuisance ou de sécurité sur l'espace public." Label qui "encourage les tarifications solidaires pour certains publics", sans toutefois y obliger.

Sur le volet de la réduction des émissions, le label comporte aussi des prescriptions, forçant le trait sur les véhicules propres et impliquant de prévoir une solution de recharge des véhicules, s'ils sont électriques.

Depuis la sortie de l'opérateur Bluely du territoire lyonnais l'an dernier, les bornes de recharges de l'ancien réseau ont par exemple été reprises par Izivia, une filiale d'EDF. L'entreprise met en place ces bornes et les finance, tandis que la Métropole met pour sa part le domaine public à disposition de l'opérateur.

"Actuellement, 50 stations (soit 200 points de recharge) sont opérationnelles sur le territoire de la Métropole. 24 supplémentaires sont en travaux et l'objectif de 200 stations sera atteint d'ici la fin de l'année ce qui fera environ 745 bornes de recharge", annonce la Métropole.

De quoi assurer un meilleur maillage ainsi qu'une meilleure rentabilité du modèle, encore en plein développement, des réseaux d'auto-partage propres ?

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