Présidentielle 2022 : en Auvergne Rhône-Alpes aussi, Emmanuel Macron l'emporte, mais le Rassemblement National perce

DECRYPTAGE. En Auvergne Rhône-Alpes aussi, Emmanuel Macron s'est finalement imposé face à Marine Le Pen, atteignant même 68,66% des voix dans le Rhône, 73,03% dans la Métropole de Lyon, et à 78,74% à Grenoble... Alors que plusieurs métropoles de la région avaient placé Jean-Luc Mélenchon en pole position dès le premier tour, ce "match retour" creuse cependant l'écart entre villes et campagnes, signant une forte progression de l'abstention dans les métropoles, ainsi qu'une percée inédite pour la candidate du Rassemblement national. L'échéance des législatives s'annonce également plus complexe que prévu pour le parti présidentiel.

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Alors que le vote de Jean-Luc Mélenchon avait poussé en Auvergne Rhône-Alpes au premier tour, le message pas une voix pour l'extrême droite semble avoir été entendu notamment au sein des grandes métropoles de la région, où Emmanuel Macron fait mieux qu'à l'échelle nationale : 78,74% à Grenoble, 68,13% à Saint-Etienne, 71,68% à Clermont-Ferrand, 70,34% à Annecy... Mais ce score aura une contrepartie : la montée de l'abstention dans les villes, et du RN dans les territoires plus ruraux.
Alors que le vote de Jean-Luc Mélenchon avait poussé en Auvergne Rhône-Alpes au premier tour, le message "pas une voix pour l'extrême droite" semble avoir été entendu notamment au sein des grandes métropoles de la région, où Emmanuel Macron fait mieux qu'à l'échelle nationale : 78,74% à Grenoble, 68,13% à Saint-Etienne, 71,68% à Clermont-Ferrand, 70,34% à Annecy... Mais ce score aura une contrepartie : la montée de l'abstention dans les villes, et du RN dans les territoires plus ruraux. (Crédits : PIROSCHKA VAN DE WOUW)

En Auvergne Rhône-Alpes, le second tour aura été à l'image du premier : c'est-à-dire relativement fidèle aux tendances de l'échelon national, pour cette "petite France" de 8 millions d'habitants (5,5 millions de votants) que représente la région Auvergne Rhône-Alpes, et qui aura voté à 59,76% pour ce second tour le président sortant. Soit à peine un point de plus que les 58,55% enregistrés à travers l'Hexagone, mais 8 points de moins que son propre score régional en 2017.

Ici aussi, le vote des grandes villes s'écarte de plus en plus de celui des campagnes, comme le démontre le "grand écart" réalisé entre la Métropole de Lyon, où Emmanuel Macron décroche 73,03% des suffrages exprimés (et même 79,80% à Lyon intra-muros), ainsi que 78,74% à Grenoble, 71,68 % à Clermont-Ferrand, tandis qu'en Haute-Loire, le match se joue beaucoup plus serré à 50,16% contre 49,84%, avec un département proche du point de bascule...

Ce second tour aura ainsi traduit, dans l'ensemble des 12 départements d'Auvergne Rhône-Alpes, un vote de la Macronie en recul, ainsi qu'une abstention plus élevée (25,60%), mais surtout, une poussée inédite des scores du Rassemblement national (1.517.277 voix désormais en Auvergne Rhône-Alpes, soit 310.000 voix de plus qu'en 2017) qui se profile désormais sur des terres habituellement peu fertiles aux idéaux d'extrême droite.

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A seulement sept semaines des prochaines élections législatives, déjà qualifiées de "troisième tour" par une partie des candidats déçus (dont La France Insoumise mais aussi les Ecologistes), ces résultats ne manqueront pas non plus d'interroger sur la suite, et notamment sur la capacité à gouverner une France plus que jamais fracturée au cours du prochain quinquennat, avec une majorité également plus imprécise qui se dessine pour la République en Marche, conduite par Emmanuel Macron.

Car selon les résultats désormais définitifs, le président sortant a ainsi récolté 59,76% des suffrages exprimés en Auvergne Rhône-Alpes : soit une dégringolade de 8 points par rapport à son score de 2017, mais qui lui laisse tout de même une avance de 19 points devant Marine Le Pen (40,24%) sur la scène régionale, tandis que le niveau d'abstention se situe à 25,60% pour ce "match retour" (contre 23,51% il y a cinq ans).

Une "dégringolade" de près de 10 points

Un niveau quasi historique puisqu'à l'échelle nationale, les 28,01% d'abstention évoqués incarneraient déjà le second niveau d'abstention le plus fort depuis le scrutin de 1969, alors même que la candidate RN Marine le Pen se hissait, pour la seconde fois consécutive, au deuxième tour d'une élection présidentielle.

Emmanuel Macron a profité du "barrage républicain" mais n'aura pas suffisamment convaincu, à l'échelle nationale comme locale. Et cela se traduit, au delà des pourcentages, dans le nombre de voix global enregistré par le président sortant, qui chute y compris en Auvergne Rhône-Alpes.

Il y a cinq ans, Emmanuel Macron avait en effet recueilli 2.452.191 voix à l'échelle régionale, contre 1.200.726 pour Marine le Pen, tandis que les bulletins blancs (371.585) et nuls (117.205) s'élevaient alors à 8,97 et 2,83% des votes exprimés.

Cette fois, le second tour de 2022 place ce dimanche soir Emmanuel Macron à 2.253.507 voix en Auvergne Rhône-Alpes, contre 1.517.277 pour Marine Le Pen. Soit déjà 316.551 voix de plus pour le Rassemblement national en l'espace d'un seul quinquennat.

Les bulletins blancs, qui s'étaient positionnés eux aussi comme l'un des enjeux de ce scrutin, terminent en réalité même en dessous du niveau de 2017 (276.921 en 2022, contre 371.585 en 2017, tandis que l'on comptabilise 88.599 bulletins nuls).

Le vote des métropoles particulièrement scruté

Avec, à l'échelle départementale comme métropolitaine, des tendances plus fines et qui confirment une fracture plus forte entre villes et campagnes.

Celles-ci s'illustrent en premier lieu avec le vote des villes auralpines, qui étaient passées sous mandat écologiste lors des municipales de juin 2020, puis avaient créé la surprise en votant Jean-Luc Mélenchon lors du premier tour de la présidentielle 2022.

Le leader de la France Insoumise avait en effet réussi à convaincre quelques 897.349 électeurs à l'échelle régionale le 10 avril dernier, soit un report de voix jugé substantiel en vue de cette nouvelle manche.

Jean-Luc Mélenchon était même parvenu à créer la surprise à l'échelle régionale, en devenant le premier choix de plusieurs grandes métropoles : c'était notamment le cas à Clermont-Ferrand, où Jean-Luc Mélenchon se hissait à la première place (31,15%) devant Emmanuel Macron (21,93%), ainsi qu'au sein du "laboratoire" EELV d'Eric Piolle à Grenoble (38,94% contre 25,31% pour le président sortant).

Même chose au sein du fief, pourtant LR, de Gaël Perdriau à Saint-Étienne, où le candidat de la France Insoumise arrivait là aussi en tête du premier tour en 2022 à 33,29% devant Emmanuel Macron (25,09%). Seule Annecy, devenue EELV, plaçait alors Emmanuel Macron en tête avec 33,38% des voix, suivi là aussi par Jean-Luc Mélenchon (21,22%), ainsi que la Métropole de Lyon, où il décrochait 50,61% encore face à Marine Le Pen (16,37%).

"Pas une seule voix ne doit aller au Rassemblement national", avait entre temps appelé, lors de l'entre-deux-tours, le leader de la France Insoumise. Le message semble avoir été entendu en Auvergne Rhône-Alpes, et notamment dans les grandes métropoles, où Emmanuel Macron fait mieux que son propre score à l'échelle nationale : 78,74% à Grenoble, 68,13% à Saint-Etienne, 71,68% à Clermont-Ferrand, 70,34% à Annecy...

Mais dans chacune de ces villes, le président sortant ne parvient pas à atteindre son niveau de 2017, sans compter que ce score aura une contrepartie : la montée de l'abstention dans les villes, qui grimpe entre 27% à Annecy et 32% à Grenoble et même 34% à Saint-Etienne.

L'écart entre monde rural et grandes villes se confirme

Emmanuel Macron a reçu une "confirmation" en demie-teinte de la part du Rhône ce dimanche, un territoire qui pouvait être considéré comme l'un des "fiefs" du président-candidat :

  • D'abord, à l'échelle du département rhodanien lui-même, où Emmanuel Macron obtient 68,66% des voix (soit 5 points de moins qu'en 2017) contre 31,34% pour Marine le Pen (qui gagne quant à elle 5 points). Le taux d'abstention grimpe d'un point lui aussi, à 26,67%.
  • Au sein de la Métropole de Lyon également, puisque les résultats définitifs publiés ce soir octroient même 73,03% des voix pour d'Emmanuel Macron. Mais en contrepartie, Marine le Pen y profiterait également d'une poussée, passant 26,97% aujourd'hui, pour une abstention qui grimpe à 28,27%. A Lyon intra-muros, le président sortant enregistre 79,80%, contre 84% cinq ans plus tôt.

Du côté des autres départements d'Auvergne Rhône-Alpes, le portrait est encore plus mitigé. Pour ce second tour, Emmanuel Macron reste premier partout mais perd en effet une dizaine de points par rapport à ses scores de 2017 : car là où il se situait plutôt entre 62 et 65% dans une grande majorité des départements auralpins, désormais il plafonne entre 52 à 57% dans l'Ain, l'Allier, l'Ardèche, le Cantal, la Drôme, la Loire et la Savoie.

Seuls l'Isère, le Puy-de-Dôme et la Haute-Savoie lui offrent ses meilleurs scores (de 59 à 61%), mais c'est encore en dessous de ses résultats de 2017 (compris entre 65 et 71%).

A contrario, c'est en Haute-Loire, fief du président LR Laurent Wauquiez (où il a été député et maire du Puy-en-Velay) que le duel a été le plus serré : le président sortant n'obtient ainsi que 50,16% des voix, contre 49,84% pour Marine le Pen. Le département est tout proche de la bascule en 2022, alors qu'Emmanuel Macron y effectuait encore 63% cinq ans plus tôt.

C'est du côté de Marine le Pen que la poussée est la plus forte : alors que la candidate RN plafonnait en 2017 entre 28,66% (dans le Puy-de-Dôme) et 39% (dans l'Ain), elle franchit désormais allègrement la barre des 42 à 47% dans plusieurs départements (Ain, Allier, Ardèche, Cantal, Drôme, Loire, Savoie...)

A l'exception du département du Rhône, où le RN enregistre son plus faible score régional, seuls la Haute-Savoie, le Puy-de-Dôme et l'Isère parviennent ainsi à "contenir" la percée entre 38 et 40%.

Mais même dans ces départements, Marine le Pen enregistre toutefois une poussée de 50.000 voix pour l'Isère, 34.000 en Haute-Savoie ou encore 36.000 voix pour le Puy-de-Dôme.

Le "troisième tour" des législatives déjà dans le viseur

Des chiffres qui ont de quoi rendre particulièrement "délicat" le prochain exercice des élections législatives, qui ouvrira bientôt la voie au renouvellement des 577 députés de l'Assemblée nationale, les 12 et 19 juin prochains.

Pour rappel, Emmanuel Macron était en effet parvenu à obtenir une large majorité en Auvergne Rhône-Alpes en 2017 avec, avec, sur les 64 sièges à pourvoir à l'échelle régionale, 35 députés LREM et 5 alliés MoDem, contre 17 sièges pour les Républicains, 5 pour le Parti sociale, 2 pour le Parti communiste.

Aucun siège n'avait alors été attribué au Rassemblement national. Une donnée qui pourrait, au vu des résultats de ce dimanche, être profondément remise en cause par le scrutin qui s'ouvrira d'ici quelques semaines, de même que pour le parti de la France Insoumise, dont le résultat en 2017 (2,52%) n'avait pas non plus permis de décrocher un seul député en Auvergne Rhône-Alpes.

Jean-Luc Mélenchon n'avait d'ailleurs pas attendu le second tour pour appeler ses électeurs à se réunir pour faire de lui "le futur premier ministre d'Emmanuel Macron", lors de cette nouvelle échéance.

Les réactions de ce second tour

Sur l'échiquier politique régional, les réactions ont également commencé à fuser, dès ce dimanche soir.

Après avoir appelé, sans attendre au soir du premier tour, à voter Emmanuel Macron pour faire "barrage" à Marine le Pen, le président EELV de la Métropole de Lyon, Bruno Bernard, s'est dit d'abord "soulagé" que Marine le Pen et l'extrême-droite n'aient pas remporté ce nouveau scrutin.

"Je souhaite remercier les électeurs qui sont allés voter Emmanuel Macron et qui, comme moi, sont opposés aux politiques qu'il mène de casse sociale et de déni climatique, mais qui l'ont fait pour faire barrage à l'extrême-droite", a affirmé le président EELV en direct de la Préfecture du Rhône.

En appelant déjà à une union, en vue des législatives, "derrière la France Insoumise qui a réalisé le meilleur score lors du premier tour", le président du Grand Lyon s'est dit une nouvelle fois "favorable à une union de gauche" afin de travailler à de bâtir une "majorité alternative" en vue du scrutin de juin prochain.

Vers 22h, c'était au tour de Grégory Doucet, le maire EELV Grégory Doucet aux manettes de la troisième ville de France, d'évoquer également une forme de "soulagement" avec la réélection d'Emmanuel Macron. "Il fallait impérativement cela pour qu'il puisse y avoir une continuité de nos institutions".

Le maire de Lyon a cependant appelé à "l'humilité dans la mesure où l'on voit encore l'extrême-droite a encore progressé dans notre pays. En 2002, Jean-Marie Le Pen n'arrivait pas à atteindre 6 millions de voix. En 2017, Marie Le Pen était à 10 millions et aujourd'hui, il semblerait qu'elle soit proche de 13 millions. 3 millions de voix, c'est une progression considérable, il n'y a vraiment pas de quoi se réjouir".

Après avoir passé un quinquennat "où beaucoup de colères se sont exprimées, et ont grandi avec cette promesse qui avait été faite au début du mandat de lutter contre l'extrême droite, cette promesse n'a pas pu être honorée", Grégory Doucet a fustigé "la façon de gouverner d'Emmanuel Macron qui a suscité davantage de colère" et qui n'a pas réussi à rallier autant de bulletins qu'en 2017, selon les premiers résultats provisoires communiqués ce soir. "C'est dire le peu d'adhésion qu'il y a à son projet".

Le maire EELV de Lyon appelle lui aussi à la constitution "d'un rassemblement pluriel du mouvement des écologistes et de la gauche", "derrière Jean-Luc Mélenchon qui s'est imposé comme le leader à gauche lors de ces présidentielles". "C'est cette alliance qui pourra redonner espoir, car il faut mettre un terme à cette colère et la traduire en vote d'adhésion et d'espoir", a estimé Grégory Doucet.

De son côté, l'ancien ministre de l'Intérieur d'Emmanuel Macron et ex-maire de Lyon, Gérard Collomb, a publié ce dimanche soir un communiqué où il reconnaît d'une part "qu'Emmanuel Macron a été réélu avec une majorité nette", "mais l'importance du score de Marine Le Pen et l'ampleur de l'abstention confirment ce qu'avait montré le premier tour". Celui qui avait quitté le gouvernement un peu plus d'un an après son arrivée, en  octobre 2018, prend en exemple "l'existence de doutes et beaucoup d'inquiétudes Che nos concitoyens sur leur propre avenir comme sur celui de notre pays", ainsi que le fait que nous "nous sommes certainement dans un de ces moments décisifs où, la guerre en Ukraine nous le rappelle un peu plus chaque jour, l'histoire peut basculer", pour évoquer un second mandat intervenant dans "un moment crucial".

Et d'ajouter : "Il faudra, pendant ces cinq ans, être en capacité de rassembler les Français et de leur rendre confiance dans le futur. Car c'est à ces conditions que la France sera à même de peser sur l'évolution de l'Europe, de lui apporter une nouvelle dynamique et de contribuer ainsi à ce qu'elle soit toujours un acteur majeur dans l'évolution de notre monde", estime Gérard Collomb.

Le président LR de la Région Auvergne Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, qui s'était porté en premier lieu en soutien de la candidate LR Valérie Pécresse -qui n'était pas parvenue à atteindre les 10% lors du premier tour-, ne s'est pas exprimé sur les résultats de ce nouveau match. Il avait fait partie des tenants d'une ligne plus "ouverte" de son parti, appelant à respecter la "diversité des opinions" au sein de sa famille politique quant au vote du second tour : "Notre première responsabilité, c'est de ne pas ajouter la division à l'échec. Personne n'appelle à voter pour Marine Le Pen, certains pour Macron, d'autres ne choisissent pas. Il faut absolument respecter cette diversité", rapportait à son sujet Le Figaro.

(publié à 00:15, réactualisé à 07:18)

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