Inflation : « Une hausse des taux immobiliers qui pourrait alourdir l’endettement des ménages » (Conciliaprêt)

L’INVITE ECO. Installée à Lyon, la société Conciliaprêt s’est spécialisée dans la gestion des dossiers de surendettement des particuliers. Une thématique devenue tout particulièrement d’actualité, alors que la question du pouvoir d’achat s’est invitée en toile de fond de l’élection présidentielle, mais aussi, dans un contexte marqué par la poursuite de l’inflation et la hausse des taux des prêts immobiliers, qui font craindre un poids supplémentaire sur le portefeuille des ménages.

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Actuellement, Conciliaprêt estime que les encours de la dette des ménages qui feraient l'objet d'une situation de surendettement à l'échelle nationale s'élèveraient à près de 5 milliards d'euros. Et même si cette somme s'affiche pour l'instant à la baisse, on s'attend à ce qu'elle puisse réaugmenter.
Actuellement, Conciliaprêt estime que les encours de la dette des ménages qui feraient l'objet d'une situation de surendettement à l'échelle nationale s'élèveraient à près de 5 milliards d'euros. "Et même si cette somme s'affiche pour l'instant à la baisse, on s'attend à ce qu'elle puisse réaugmenter". (Crédits : DR)

Le surendettement n'est pas toujours là où l'on pourrait le croire, et il peut même arriver plus vite que prévu : tel est le message que souhaite faire passer le lyonnais Conciliaprêt, installé à Lyon.

C'est en rencontrant justement un investissement locatif qui a mal tourné que son cofondateur, Emmanuel Ducasse, s'est associé à Alexandre Pilod, d'abord pour repartir négocier auprès d'un pool bancaire la restructuration de sa dette. Et finalement, tous deux ont convenu qu'il y avait même un "marché" à prendre :

« Nous avons réussi à transformer un cercle vicieux en investissement vertueux », souligne-t-il.

Depuis, la crise sanitaire est passée par là : et même si elle ne s'est pas encore traduite par une forte poussée du surendettement, ce serait même pour l'instant le contraire, la situation pourrait ne tenir qu'à un fil : selon les derniers chiffres de la banque de France, on enregistrait jusqu'ici une baisse de -12% du nombre de dossiers de surendettement déposés au 1er trimestre 2022, mais avec des inscriptions aux fichiers des incidents de remboursement des crédits aux particuliers qui progressent en contrepartie de +15 %.

Une situation que regarde attentivement le lyonnais Conciliaprêt :

« Bien que le nombre de demandes qui nous sont adressées demeure en hausse -plutôt du fait de notre propre croissance-, nous n'avons pas enregistré pour l'instant de hausse du marché au cours des deux dernières années. Mais la menace inflationniste va renchérir le coût des prêts, tandis que la Banque Centrale européenne va probablement devoir augmenter ses taux : cela pourrait avoir pour effet d'alourdir encore les charges et l'endettement des ménages », résume Alexandre Pilod.

Jusqu'à 5 millards d'euros de dette "restructurable"

Actuellement, Conciliaprêt estime que les encours de la dette des ménages qui feraient l'objet d'une situation de surendettement à l'échelle nationale s'élèveraient à près de 5 milliards d'euros. « Et même si cette somme s'affiche pour l'instant à la baisse, on s'attend à ce qu'elle puisse réaugmenter », atteste son cofondateur.

Jusqu'ici, la société a déjà permis d'accompagner directement 10.000 particuliers qui étaient plongés dans une situation de surendettement, au cours des dernières années. Un épisode qui intervient souvent sans prévenir, à la lueur d'un divorce, d'un licenciement, d'un accident de la vie, ou alors d'un incident au sein d'un investissement...

« Certains calculs estiment qu'une dette qui dépasse les 35 à 40% par rapport aux revenus d'un ménage et qui constitue une charge récurrente devient du surendettement. De notre côté, nous avons tendance à dire que dès lors que les personnes n'arrivent plus à subvenir à leurs charges, elles sont de toute façon surendettées », témoigne Alexandre Pilod.

La Banque des Territoires estimait elle-même dans une note que le surendettement provient le plus souvent d'une baisse des ressources (23,1% de cas), devant le licenciement/chômage (21,3%), la maladie/accident/invalidité (14,5%), la séparation/divorce (14,3%) et le décès d'un membre de la cellule familiale (3,2%).

Le public féminin serait légèrement plus représenté (54%), de même que la catégorie des locataires (74,7%) plutôt que des propriétaires (10,2%), avec la première classe d'âge associée aux 35-54 ans (47%), suivis des 55 ans et plus (31%) puis enfin des plus jeunes (18-34 ans) dans 20,5% des cas.

 Restructurer la dette pour se "rebancariser"

Chez Conciliaprêt, qui demeure une société privée, différents profils peuvent être éligibles à leur intervention : retraités, CDI, CDD...

« Nous avons cependant besoin qu'ils puissent nous garantir une pérennité de revenus, ou alors qu'il existe une forte probabilité qu'ils la retrouvent, car nous devons en contrepartie, nous appuyer en aval sur des partenaires bancaires pour financer un nouveau prêt ».

Et selon Alexandre Pilod, plusieurs cas de figures démontrent que ce n'est pas uniquement le montant total de la dette qui compte :

« Les créanciers acceptent de renoncer à une partie plus ou moins large de la dette lorsque nous entrons en relation avec eux, notamment pour les situations les plus difficiles, mais ce n'est pas toujours le plus important. Car en réduisant parfois uniquement une dette de 5 à 10%, on permet ensuite à la personne ou au ménage concerné de reprendre les négociations et de se refinancer ».

Car bien que plusieurs chantiers aient été activés sur le terrain du surendettement au cours des dernières années, comme l'abandon partiel des créances (via un plan de redressement personnel) ou certains dispositifs réglementaires ayant réduit la part des crédits à la consommation, le plus délicat n'est pas nécessairement la dette elle-même, mais ses conséquences :

« Lorsque l'on est en surendettement, on devient fiché à la Banque de France et on ne peut plus entreprendre pendant cinq ans. Sans compter que lorsque l'on ne peut plus subvenir aux échéances d'un prêt, ce sont alors l'ensemble des mensualités qui peuvent être exigées d'un coup par le créancier. C'est pourquoi, en soldant parfois uniquement 5% d'un prêt, on permet à des clients de se rebancariser ».

L'étude des dossiers demeure gratuite, Conciliaprêt ayant basé son modèle sur une commission que la société prendra ensuite, une fois la restructuration de la dette terminée et l'ensemble du rachat des prêts renégociés, sur une portion du montant qu'elle sera parvenue à faire « récupérer » à ses clients.

Retrouvez l'intégralité de l'interview ici en replay.

Un décideur chaque semaine

Pour rappel, le groupe La Tribune et BFM Lyon s'unissent depuis cette rentrée pour vous proposer, à travers l'émission Lyon Business (tous les mardis à 17h45), l'interview d'un décideur de l'économie lyonnaise au coeur de l'actualité.

Une occasion de décrypter ensemble les enjeux des dossiers et tendances de l'économie locale, animée par Elodie Poyade pour BFM Lyon et Marie Lyan pour le bureau Auvergne Rhône-Alpes du journal La Tribune.

Une émission à retrouver en direct et en replay sur la chaîne BFM Lyon, disponible sur le canal 30 de la TNT et sur les chaines 479 (box SFR), 360 (Orange), 315 (Bouygues) et 915 (Free), ainsi que sur le bureau Auvergne Rhône-Alpes de La Tribune.

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