Logements sociaux en région : la fondation Abbé Pierre tire la sonnette d'alarme

Dans un rapport étayé, la branche régionale de la Fondation Abbé Pierre dresse un portrait du mal-logement en Auvergne Rhône-Alpes. La région manque encore de logements abordables, et très abordables, alors que la demande augmente. La fondation pointe aussi les carences du parc locatif privé, notamment dans les métropoles comme Lyon, où les prix des loyers s'envolent d'année en année.

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(Crédits : Benoit Tessier)

Moins de logements sociaux, mais plus de demandes, ainsi que des locataires du parc de logement privé qui se retrouvent de plus en plus en difficultés dans certaines zones de la région. Voici, dans les très grandes lignes, ce qu'on peut retrouver dans le rapport sur le mal-logement qu'a publié la Fondation Abbé Pierre, début avril.

En se basant sur les observations de terrain ainsi que les chiffres de production, la Fondation Abbé Pierre peut pointer les carences de la région en la matière. "La Fondation sur le terrain et les agences régionales produisent un regard et une expertise qui permettent d'avoir des connaissances plus amples que les chiffres" avance Véronique Gilet, Directrice régionale de la Fondation Abbé Pierre Auvergne Rhône-Alpes.

Une baise de la production de logements en région

A l'échelle régionale la Fondation Abbé Pierre, comme les promoteurs, s'accordent à dire qu'il y a un manque de logements neufs.

Même si la construction a connu un rebond après 2020, les logements livrés en 2022 seront toujours plus faibles qu'en 2017. "Au total, le nombre des logements qui vont être
livrés en 2022 est inférieur de 7.100 unités à ce qu'il était quatre ans plus tôt", pointe le rapport.

Un recul qui se constate aussi sur la production de logements sociaux : - 26 % de logements ont été financés en région entre 2017 et 2021. "Le repli est plus fort dans la région qu'au niveau national où il n'est que de 16 %".

Tout le territoire n'est pas égal cependant face à ce phénomène. "On enregistre une progression significative dans le Cantal, dans la Drôme, dans l'Isère, dans la Loire et dans le Rhône, mais la situation continue à se dégrader fortement dans la Haute-Savoie, dans l'Ain, dans l'Allier, en Savoie et dans la Métropole de Lyon", selon la fondation.

Parmi les logements sociaux, l'offre de logements très abordables est encore plus lésée. Sur un total de plus de 10.000 logements locatifs sociaux agréés pour les bailleurs sociaux, seulement 1,6 % sont des PLAI (Prêt Locatif Aidé d'Intégration) adaptés. "Les bailleurs sociaux et les collectivités restent encore très frileux vis-à-vis de ce produit, qui accueille de fait les populations les plus pauvres. [...] Chaque année, en moyenne, ce sont plus de 7.000 logements à très bas loyer qui ont disparu dans la région depuis 2021."

Autre point noir selon la Fondation:  la dépendance au privé pour la production de logements sociaux. Les promoteurs privés sont en effet de grands pourvoyeurs de logements sociaux, inclus dans leurs programmes de constructions. A Lyon, la FPI estimait les promoteurs privés produisaient même 70% des logements sociaux. "On ne peut plus dépendre du privé pour produire du parc social", estime Véronique Gilet.

En région, on retrouve la même dynamique : le parc social dépend du secteur privé, comme le souligne le rapport. "La part des logements locatifs sociaux réalisés en VEFA continue à croître en 2021 sur l'ensemble de la région. Elle était de 30 % en 2013 et atteint 50 % en 2021. Cette évolution est inquiétante dans la mesure où la production de logements locatifs sociaux devient de plus en plus dépendante de la promotion privée. Elle témoigne des difficultés que rencontrent les bailleurs sociaux à mobiliser du foncier. Des logements sociaux plus chers et qui participent à l'inflation dans les zones tendues."

+ 15,6% de demandeurs de logements sociaux en cinq ans

Face à ce problème, certaines collectivités accélèrent sur la question, comme la Métropole de Lyon qui a souhaité poussé développement de son parc de logement social, passant ainsi de 4.000 à 6.000 logements par an (dont 1.000 accessibles en bail réel solidaire).

Malgré la volonté politique, "le parc social ne va pas régler le sort de tout le monde, il est très bouché, souligne Véronique Gilet. A Lyon, la liste d'attente pour avoir accès à un logement social est d'un an ou deux.

En Auvergne Rhône-Alpes, le nombre de demandeurs de logements sociaux a augmenté de 5,8 % sur un an, "mais surtout de 15,6 % sur cinq ans. Il y a aujourd'hui presque 31.000 ménages en attente d'un logement social de plus qu'au 1er janvier 2017."

Avec une répartition qui suit les métropoles : environ 16.000 sont enregistrés dans le Rhône et la Métropole de Lyon, 5.000 dans l'Isère et 4.000 en Haute-Savoie,  "département où l'augmentation est plus forte qu'en moyenne régionale."

La Fondation Abbé Pierre recensait 227.895 demandeurs dans la région au 1er janvier 2022, soit "quatre demandeurs pour une attribution" et "en cinq ans, une baisse annuelle de 4 000 attributions."

Les locataires du parc privé de plus en plus en difficulté

Un parc social bouché et un parc privé où les locataires se retrouvent de plus en plus en difficultés, notamment à cause de l'augmentation des loyers, surtout dans les grandes villes et leurs périphéries. "Il faut revenir sur ce parc [privé] qui est méconnu par les politiques publiques. On ne connaît pas le mouvement dans ce parc, ni le taux d'effort des logés", affirme Véronique Gilet.

Une partie du rapport se concentre donc sur Lyon, ville de la région particulièrement symptomatique de la hausse des loyers et de la difficulté des ménages les moins aisés à se loger. Cette partie s'appuie sur les travaux de Loïc Bonneval, chercheur en sociologie au Centre Max Weber à l'Université Lumière Lyon 2.

Il note, qu'entre "2007 et 2017, le revenu du 1er décile (les 10 % les moins riches) n'a augmenté que de 7 %, soit moins de la moitié des hausses des loyers (17 %). L'appréciation selon laquelle les loyers suivent les revenus est donc à nuancer : les loyers ont plutôt accompagné les revenus des catégories moyennes que ceux des plus modestes."

Aussi, en observant les locataires du privé qui s'adressent à la Maison de l'habitat (MDH), son rapport pointe qu'ils "ont des budgets très fortement affectés par le loyer : leur taux d'effort moyen est de 50 %, même en comptant l'aide au logement (sans laquelle il s'approche des 60 %), très loin des 33 % couramment admis comme seuil maximal."

Un taux d'effort bel et bien imputable à la hausse des prix des loyers car les ménages concernés "sont moins précaires financièrement qu'en 2007", soit "11.808 euros de revenu disponible moyen par unité de consommation en 2020, contre 8.928 euros en 2007."

Pour tenter d'endiguer ce phénomène, Lyon et Grenoble on choisi d'expérimenter l'encadrement des loyers. Fustigé par les professionnels du secteur, il s'avère pourtant vital dans une ville ou les loyers ne cessent d'augmenter chaque année. "L'encadrement des loyers, c'est très bien, mais ce n'est pas suffisant. [...] A Lyon des choses sont faites, mais tout ça arrive tard, après l'explosion du prix des logements", tranche Véronique Gilet.

La pandémie exacerbe les tensions... et la solidarité

Une situation tendue qui a exacerbe au plus fort de la pandémie."C'est un sujet qui a explosé. D'autant plus avec la fermeture de certaines institutions, ou des personnes se sont retrouvées sans interlocuteurs et certains lieux ont fermé, mettant en péril les plus précaires", note Véronique Gilet.

Le fonds d'urgence Covid de la Fondation Abbé Pierre et son volet en soutien aux locataires du parc privé a permis de déployer 900.000 euros sur la région. 17.000 personnes ont été aidées et 670 soutenues pour leurs loyers.

Une période extrêmement difficile à traverser pour certains foyer, notamment dans la Métropole de Lyon, où la Fondation a constaté que des "ménages locataires du parc privé subissant des taux d'effort insoutenables allant de 70 % jusqu'à 96 %, avec des problématiques de logement trop cher et dont les perspectives de relogement étaient reportées."

Véronique Gilet a toutefois remarqué un élan de solidarité avec la pandémie."Mais les institutions n'en ont pas tiré de leçon, il n'y a pas eu d'animation de débat sur le faire ensemble. [...] Le sujet du marché est déprimant, mais si on en revient par les gens on peut redonner une politique opérationnelle."

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