Prix du gaz : « La vraie question est de savoir comment on va passer l’hiver 2022-2023 » (GIE Osiris, Plateforme de Roussillon)

En pleine tempête sur le terrain des prix du gaz, la plateforme chimique Les Roches – Roussillon, qui héberge et mutualise les infrastructures et les services pour une quinzaine d’industriels (dont Elkem, Hexcel, Seqens, Suez, etc) dans le Nord-Isère, fait elle aussi face à la flambée des coûts de l’énergie. S’il évoque des « ajustements » qui seront nécessairement réalisés par les industriels, Carl Patois, l’administrateur du GIE Osiris dirige déjà ses craintes vers l’hiver 2022.

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Aujourd'hui, tous nos industriels sont couverts pour l'année 2022, pas nécessairement à 100%, mais suffisamment pour ne pas être en danger de mort immédiate. Mais le problème qui va se poser sur le marché du gaz naturel n'est pas pour aujourd'hui, mais pour l'hiver prochain, estime le directeur du GIE Osiris qui gère la plateforme des Roches - Roussillon.
"Aujourd'hui, tous nos industriels sont couverts pour l'année 2022, pas nécessairement à 100%, mais suffisamment pour ne pas être en danger de mort immédiate. Mais le problème qui va se poser sur le marché du gaz naturel n'est pas pour aujourd'hui, mais pour l'hiver prochain", estime le directeur du GIE Osiris qui gère la plateforme des Roches - Roussillon. (Crédits : DR)

Implantée au cœur de la région Auvergne Rhône-Alpes dans le Nord-Isère, la plateforme chimique des Roches - Roussillon se pose comme un acteur clé de l'industrie chimique régionale, avec une quinzaine d'acteurs implantés sur 150 hectares. « Nos industriels s'adressent à tous les marchés du consommateur, excepté l'industrie textile, c'est-à-dire à la fois l'automobile, la cosmétique, la pharmacie, les matériaux spéciaux, les silicones, etc », explique Carl Patois, l'administrateur du GIE Osiris.

Née en 1915 à l'origine comme un support à l'effort de la Première guerre mondiale dans le domaine des armes chimiques, son activité s'est depuis réorientée, d'abord vers les activités développées par le chimiste Rhône-Poulenc puis, à compter de 1999 et de la reprise d'une partie des activités du groupe en Rhodia, un virage vers la naissance d'une plateforme chimique gérée par un GIE.

Un montage qui a su démontrer son importance durant la crise de 2008-2009, et qui pourrait à nouveau faire valoir ses atouts au cours des semaines à venir qui seront marquées par les conséquences de la guerre en Ukraine sur les prix de l'énergie.

« Les plateformes chimiques françaises sont prises entre deux grandes options : demeurer en gestion par un opérateur unique, ou bien se réunir au sein d'une unité juridique indépendante comme le GIE, qui permet une mutualisation et oblige les actionnaires à assumer une solidarité complète des pertes. C'est un grand avantage dans une période comme celle-ci où les efforts sont faits pour tout le monde, et pour aller dans le même sens », explique Carl Patois.

Dans la balance : près de 1 à 2 Térawatt-heures d'énergie primaire chaque année

La constitution du GIE a également favorisé l'émergence, sur place, d'initiatives de décarbonnation engagées depuis 2011 et qui ont marqué un pas supplémentaire l'an dernier, avec les appels à projets France Relance dédiés à la décarbonation, conduisant même la ministre de l'Industrie Agnès Panier-Runacher à se rendre sur le site pour le prendre en exemple, en mai 2021. « Nous sommes encore en train de travailler sur de derniers appels à projets », indique Carl Patois, qui laisse entrevoir de nouveaux projet sà venir.

Car l'explosion des coûts de l'énergie n'a pas échappé aux acteurs de la plateforme de Roussillon : ce sont en effet près de 1 à 2 térawatt-heures d'énergie primaire qui sont ainsi consommés chaque année par la quinzaine d'industriels présents sur le site.

Et même si d'importants efforts ont déjà été menés à propos de la décarbonation de cette énergie, qui s'avèrent également aujourd'hui un atout pour l'enjeu de souveraineté qui préoccupe depuis le démarrage de la guerre en Ukraine, les chiffres sont là :

« Si l'on suit les cours du pétrole, le baril du brent est monté à 140 dollars en partant de 80 il y a un an, alors que le gaz a décollé de 15 euros à 200 euros aujourd'hui... Cela a pris une ampleur totalement inédite », observe le directeur de la plateforme.

Pour autant, celui-ci rappelle que l'ensemble des industriels français mais aussi régionaux ne sont pas tous exposés au même point : « En fonction de leur contrat de fourniture d'énergie, le comportement le plus prudent sur ces marchés a été de prendre des positions de couverture, ce qui signifie que les industriels ne sont pas aujourd'hui exposés à 100% aux évolutions du marché ».

Pas de danger immédiat pour les industriels, mais...

Des contrats qui peuvent en effet reprendre des formes différentes, à travers des engagements sur une durée variable, mais également sur une base variable (avec un achat au prix du marché du gaz, à un prix convenu, à une indexation sur le prix du pétrole, avec le prix de la cotation du lendemain, du trimestre ou de l'année suivante...)

« Aujourd'hui, tous nos industriels sont couverts pour l'année 2022, pas nécessairement à 100%, mais suffisamment pour ne pas être en danger de mort immédiate. Mais le problème qui va se poser sur le marché du gaz naturel n'est pas pour aujourd'hui, mais pour l'hiver prochain. La vraie question est de savoir comment on va passer l'hiver 2022-2023 », expose Carl Patois.

De son côté, la plateforme chimique des Roches - Roussillon pourra néanmoins s'appuyer en partie sur son programme de décarbonation en cours : « notre cible est d'atteindre 75% d'énergie décarbonée dès 2023, en nous appuyant sur la récupération de la chaleur fatale réalisée auprès d'industriels du bassin, à travers notamment un incinérateur installé depuis sept ans au sein d'une unité de production de déchets en bois (CSTR). »

Mais le véritable défi sera, comme pour d'autres industries, de franchir la barre des 25% restants fournis par les énergies fossiles. Avec au sein de ce chiffre, uniquement l'enjeu du gaz naturel :

« Nous avons déjà arrêté les chaudières au fioul depuis longtemps, et au charbon depuis cette année. Le gaz sert principalement à deux applications au sein de la plateforme : on le brûle pour faire de la vapeur d'eau qui permet de chauffer des procédés, ou bien on l'ajoute comme une matière première afin d'insérer du carbone à une molécule en partant du gaz naturel. »

Des difficiles solutions de remplacement

Et pour l'heure, les solutions de remplacement au gaz naturels piétinent : énergies renouvelables, hydrogène, électricité, biogaz...

« Nous n'avons pas encore trouvé de solution pour atteindre les 100%. L'option la plus simple serait de faire marcher l'énergie électrique, mais il s'agit d'un crève-cœur sur le plan du bilan énergétique car pour fabriquer de la chaleur, il faut faire tourner des turbines, faire de l'électricité, et chauffer de l'eau... Nous espérons trouver mieux que ça », affiche Carl Patois.

La méthanisation, dont le principe vient de réémerger au profit des tensions politiques actuelles à l'Est de l'Europe, ne suffira cependant pas à combler les besoins : « d'ici 2030, les dernières évaluations et perspectives font état de 7% de biogaz comme cible.... C'est beaucoup trop peu ».

Bien qu'à l'instant T, Carl Patois confirme donc que les industriels de sa plateforme sont essentiellement contrants de mener quelques « arbitrages locaux quand certains coûts marginaux deviennent trop élevés » , le risque serait, à terme et si la situation perdure,  «  que le tarif du gaz naturel, qui reste malgré tout meilleur en Amérique du Nord qu'en Europe, ne conduise certains clients de nos clients à envisager le déplacement de certaines productions en dehors du continent pour des raisons de coûts ».

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