Les biotechs à suivre 3/5. Hormae pharma, en lutte contre les infections virales (dont le VIH)

SERIE 3/5. Auvergne Rhône-Alpes, terre de biotechs ? Cette semaine, La Tribune a sélectionné 5 pépites à suivre : parmi elles, trouvera-t-on le Moderna de demain ? Hormae pharma développe de nouveaux candidats-médicaments pour le traitement des infections virales chroniques, comme le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) et le virus d'Epstein-Barr. La jeune pousse, qui a une molécule pour le VIH prête à entrer en développement, prévoit une levée de fonds de 20 millions d'euros en 2022 pour concrétiser ses projets.

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Que ce soit du côté du VIH ou du virus d'Epstein Bar, le point commun à ces infections est la présence d'un réservoir viral quiescent, source de réactivation à chaque fois que le patient arrête le traitement. C'est sur cet aspect que compte agir Hormae pharma.
Que ce soit du côté du VIH ou du virus d'Epstein Bar, le point commun à ces infections est la présence d'un réservoir viral "quiescent", source de réactivation à chaque fois que le patient arrête le traitement. C'est sur cet aspect que compte agir Hormae pharma. (Crédits : DR/Hormae pharma)

Fondée en 2020 par trois cofondateurs (Patrice André, Vincent Lotteau et Didier Roche), la jeune pousse Hormae pharma est directement née du terreau scientifique lyonnais, puisqu'elle visait à valoriser des résultats issus du Centre International de Recherche en Infectiologie (CIRI : Université Claude Bernard Lyon 1, ENS de Lyon, Inserm et CNRS).

"L'équipe s'est penchée sur les relations entre les infections virales et le métabolisme, en s'intéressant d'abord aux hépatites virales. Nous avions identifié une voie cellulaire qu'il est possible de moduler grâce à des molécules", explique Patrice André, CEO d'Hormae pharma.

Cette découverte a été à l'origine en 2014 d'une première startup, Enyo pharma, qui avait pour vocation de développer une molécule que nous avions identifiée. Celle-ci est actuellement en fin de phase II de développement et a montré des effets bénéfiques sur le virus de l'hépatite B. "Cela a permis de valider notre concept, qui est d'agir sur une infection virale chronique avec de petites molécules", détaille-t-il.

L'équipe a continué sur sa lancée et s'intéresse désormais à d'autres pathologies virales chroniques, notamment le sida et le virus d'Epstein-Barr, responsable de la mononucléose infectieuse et du lymphome de Burkitt.

"Ce virus provoque des complications majeures chez les personnes transplantées, notamment des lympho-proliférations", souligne Patrice André. Le point commun à ces infections est la présence d'un réservoir viral quiescent, source de réactivation à chaque fois que le patient arrête le traitement.

Preuve de concept dans le VIH

Hormae pharma ambitionne de développer une "cure fonctionnelle", c'est-à-dire une rémission permettant aux personnes infectées de contrôler elles-mêmes l'infection, après arrêt du traitement. "Dans le VIH, ce traitement est normalement pris à vie par le patient. Le coût de ces traitements est estimé à 40 milliards d'euros pour la prochaine décennie au niveau mondial", rappelle-t-il.

"Nous avons identifié des molécules qui agissent sur le métabolisme cellulaire et sont capables de moduler l'activité de voies cellulaires impliquées dans le contrôle des réservoirs viraux", explique Patrice André, qui précise que les recherches sont, à l'heure actuelles, plus avancées sur le VIH que sur le virus d'Epstein-Barr.

La preuve de concept ex-vivo a été obtenue et l'équipe dispose d'un candidat-médicament qui entre dans la phase de développement. Le laboratoire permettant de produire ce traitement est situé à Gerland et est hébergé par l'Inserm, au sein du centre d'innovation géré par Lyonbiopôle.

Du côté des financements, Hormae pharma a bénéficié d'un investissement de ses fondateurs, rejoints par deux investisseurs privés, dont un Allemand et un Lyonnais et par Pulsalys, qui est entré au capital.

"Nous avons obtenu le label Deeptech émergence qui nous a permis d'avoir une subvention de 90.000 euros et nous avons pris un crédit en obligations convertibles pour 250.000 euros", complète le CEO.

Un marché cible de 40 millions de personnes pour le VIH

La jeune pousse a obtenu le concours Preuve de concept du cancéropôle Lyon Auvergne-Rhône-Alpes (CLARA) et a été lauréate 2021 du concours d'innovation i-Lab. "C'est intéressant pour nous d'avoir eu le prix i-Lab, car auparavant, c'est nous qui démarchions les investisseurs et désormais c'est plutôt l'inverse. Ils connaissent ce label et c'est un gage de crédibilité et de légitimité".

"En terme de financements, nous tournons actuellement autour d'un million", résume Patrice André.

Hormae pharma envisage de lancer une levée de fonds en 2022, pour réunir jusqu'à 20 millions d'euros. "Nous aimerions obtenir une autorisation d'essai clinique chez l'homme et nous savons par expérience que nous devrons atteindre ce montant", indique-t-il.

Du côté du marché potentiel, la demande est également forte : l'OMS estime que 38 à 40 millions de personnes vivent actuellement avec le VIH dans le monde. Concernant le Virus d'Epstein-Barr, il touche environ 5 % des patients qui reçoivent 50.000 transplantations d'organes qui sont réalisées chaque année à l'échelle mondiale, et pour lesquels le coût des lympho-proliférations s'élèverait à 200 millions de dollars par an.

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