Les biotechs à suivre 2/5. Brenus pharma : un vaccin oui, mais contre le cancer colorectal

SERIE 2/5. Auvergne Rhône-Alpes, terre de biotechs ? Cette semaine, La Tribune a sélectionné 5 pépites à suivre : parmi elles, trouvera-t-on le Moderna de demain ? Basée en Auvergne, la société Brenus pharma développe un vaccin contre le cancer colorectal métastatique. La jeune pousse, à la pointe de la biologie cellulaire contre le cancer, finalise actuellement une levée de fonds de quatre millions d'euros qui devrait lui permettre de lancer des essais chez l'homme dès la fin 2022.

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Brenus pharma injecte au patient des cellules proches des cellules tumorales pour entraîner le système immunitaire à les reconnaître et à les détruire. Avec à la clé, un marché que la biotech estime à près de 12 milliards de dollars d'ici 2025, en croissance de plus de 30 % dans les 5 prochaines années.
Brenus pharma injecte au patient des cellules proches des cellules tumorales pour entraîner le système immunitaire à les reconnaître et à les détruire. Avec à la clé, un marché que la biotech estime à près de 12 milliards de dollars d'ici 2025, en croissance de plus de 30 % dans les 5 prochaines années. (Crédits : DR)

Il s'agit de l'auvergnate de l'étape. Fondée par Jacques Gardette, entrepreneur qui a monté plusieurs entreprises et Benoît Pinteur, pharmacien expert en développement de thérapies innovantes, Brenus pharma développe de l'immunothérapie cellulaire, une alternative possible aux CAR-T, cette stratégie d'immunothérapie cellulaire en plein développement.

Brenus pharma cible le cancer colorectal métastatique, qui est le troisième cancer en terme d'épidémiologie et le deuxième en termes de survie. "C'est un cancer à la prise en charge compliquée, car il est indolore et lorsque les premiers symptômes apparaissent, c'est déjà trop tard", pointe Paul Bravetti, directeur général délégué de Brenus pharma.

La survie à 5 ans des patients est inférieure à 12 %. Le nombre de nouveaux cas a atteint 2 millions en 2020 dans le monde, dont 43 000 en France et ce cancer cause 935 000 morts dans le monde chaque année.

Pour cela, les deux co-fondateurs avaient déjà travaillé sur un vaccin thérapeutique dans le glioblastome (cancer du cerveau incurable), qui avait montré une efficacité intéressante, mais qui était très compliqué à produire. Ils ont fondé Brenus pharma avec l'idée de mettre en place une plateforme de manufacturing pour fabriquer des lots et permettre un accès à un nombre de patients plus important.

"La société a été fondée en 2014 sous le nom de CFL Biotech et un brevet a été déposé la même année", précise Paul Bravetti, directeur général délégué de Brenus pharma. En 2018, la jeune pousse a commencé à fabriquer le premier lot du traitement pour commencer les tests pré-cliniques.

En 2020, CFL s'est transformée en Brenus pharma et s'est structurée avec le recrutement d'une équipe interne. "Nous avons une stratégie de couverture intellectuelle qui est mondiale. Nous avons obtenu un brevet européen cette année", indique Paul Bravetti. "Nous sommes sur un marché mondial de l'oncologie, donc il faut protéger le plus rapidement possible les traitements".

Plateforme de développement de vaccins de nouvelle génération

Car dans le champs du cancer colorectal métastatique, "il existait un vrai besoin, car les anciennes chimiothérapies entraînent des résistances aux traitements", affirme Paul Bravetti.

Car actuellement, il existerait trois grandes limites qui peuvent expliquer les rechutes : la chimiorésistance (le traitement est toxique au bout d'un moment), l'immunotolérance (le système immunitaire n'est pas activé), et enfin, l'accès au traitement. "Notre objectif est de produire des vaccins de nouvelle génération pour permettre de dépasser les limites de résistance aux traitements", souligne-t-il.

"De nombreuses innovations portent un espoir en phase de recherche, mais se révèlent complexes à produire, entraînant une augmentation des coûts qui limitera l'accès à l'ensemble de la population concernée", expose le directeur général délégué.

Pour répondre à ces défis, Brenus pharma a créé une plateforme de développement de vaccins thérapeutiques de nouvelle génération, visant à "contourner les limites des précédentes stratégies médicales". "Notre objectif est d'aider le patient à réactiver efficacement son système immunitaire pour cibler et détruire ses cellules cancéreuses".

Pour cela, Brenus pharma injecte au patient des cellules proches des cellules tumorales pour entraîner le système immunitaire à les reconnaître et à les détruire. Cette technologie, appelée STC (Stimulated Tumor Cells, stimulation des cellules tumorales) vise à contourner à la fois la chimiorésistance et l'immunotolérance. "Nous voulons faire un vaccin qui puisse réveiller le système immunitaire, être facile à produire, avec un coût maîtrisé", résume Paul Bravetti.

Résultats pré-cliniques encourageants

Et sa solution avance : Brenus vient de terminer les essais pré-cliniques sur le premier candidat-médicament. Les résultats sur modèles pré-cliniques sont selon lui très encourageants, car ils attestent d'une augmentation de 40% du taux de survie, suite au traitement par notre immunothérapie cellulaire.

"Nous avons aussi obtenu une guérison complète malgré une résistance aux traitements par immunothérapies classiques, ce qui est très encourageant et n'avait jamais été observé dans ce modèle. De plus, notre étude réglementaire de toxicité a conclu à une absence de toxicité et une bonne tolérance du produit nous permettant d'envisager prochainement des études cliniques chez l'homme", détaille-t-il.

Prochaine étape ? Brenus Pharma se prépare désormais à entrer dans une phase réglementaire, qui va durer environ un an, pour avoir le droit d'effectuer des essais cliniques chez l'humain. Elle souhaite notamment pouvoir inclure son premier patient dans l'essai fin 2022. Il sera mené en France, en Belgique et aux Etats-Unis. Avec une volonté : cibler rapidement l'international, "puisque le cancer colorectal est un problème mondial".

La société a déjà produit le lot de R&D et doit produire le lot clinique. "Notre production s'effectue à Lyon", précise Paul Bravetti.

Une levée de 4 millions d'euros en cours

A terme, l'ambition de la jeune pousse sera de générer plusieurs candidats-médicaments."En parallèle, nous travaillons pour mieux connaître les patients, mieux les caractériser. Nous avons constitué un board scientifique avec des Français, mais aussi à l'international. Nous souhaitons multiplier les partenariats et nous en avons déjà établi en France, au Canada et aux Etats-Unis", explique Paul Bravetti.

Pour continuer son développement, la société effectue actuellement une levée de fonds avec un fonds régional, pour un montant tournant autour de 4 millions d'euros. "A notre stade de développement, c'est un challenge de se financer", reconnaît Paul Bravetti.

"Plus on est loin de l'essai clinique, plus le risque que le traitement n'arrive pas jusqu'au bout est élevé". La société compte sur des Business angels et sur Bpifrance, qui l'aide beaucoup à ce stade de développement. "L'argent que nous allons récolter nous permettra de financer l'ensemble du process réglementaire et la production du lot clinique".

Avec déjà, une autre ambition : effectuer une nouvelle levée dès 2022 afin de financer l'essai clinique, "qui s'élèvera entre 25 et 30 millions d'euros", sur un marché que la biotech estime à près de 12 milliards de dollars d'ici 2025, en croissance de plus de 30 % dans les 5 prochaines années.

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