Aéroports locaux : après une saison blanche, Grenoble Alpes Isère surveille de près la "greenlist"

SERIE (3/3). Pour l'heure transformé en vaccinodrome, l'aéroport de Grenoble Alpes Isère, géré par Vinci et propriété du Département de l'Isère, surveille de près l'évolution de la "greenlist" en vue de la saison prochaine. Avec la conviction que Brexit ou pas, les voyageurs britanniques continueront de voyager vers les Alpes. Une question d'autant plus importante pour une structure qui réalise 80 % de son activité se fait en hiver, grâce aux stations de ski.

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L'aéroport de Grenoble Alpes, pour l'heure transformé en vaccinodrome, propose habituellement 19 destinations, desservies par une vingtaine de compagnies et une trentaine de tour operators avec ses deux terminaux : un commercial et un pour l'aviation d'affaires.
L'aéroport de Grenoble Alpes, pour l'heure transformé en vaccinodrome, propose habituellement 19 destinations, desservies par une vingtaine de compagnies et une trentaine de tour operators avec ses deux terminaux : un commercial et un pour l'aviation d'affaires. (Crédits : DR Aéroport Grenoble)

L'aéroport Grenoble Alpes Isère réalise 80 % de son activité en hiver, avec un pic les week-end. Les voyageurs arrivent principalement de l'étranger pour ensuite aller profiter des sports d'hiver dans les stations de ski voisines, comme l'Alpes d'Huez ou les Deux Alpes.

"En 2020, nous avons eu une baisse de trafic modéré de -32 %, parce que le début de saison (janvier, février, mars) a commencé plutôt fort, avec de bonnes affluences", annonce Basma Jarbouai, directrice de l'aéroport. Sachant qu'en 2019, l'aéroport Grenoble Alpes Isère a accueilli environ 307.000 passagers. La ligne Affaires n'a, quant à elle, connu qu'une baisse de fréquentation de -22 %.

"Nous avons fait une saison blanche"

L'aéroport propose ainsi chaque année 19 destinations, avec une vingtaine de compagnies et travaille avec une trentaine de tour operators. Grenoble Alpes compte deux terminaux : l'un dédié aux vols commerciaux, et l'autre pour le trafic affaires. Une quarantaine de salariés ainsi que 300 saisonniers y travaillent en temps normal.

"En 2021, nous n'avons pas eu les clients loisirs, à cause de la fermeture des remontées mécaniques", déclare Basma Jarbouai. Une mesure à laquelle est venue s'ajouter les restrictions aux frontières, annoncées par plusieurs pays : les tours operators et les clients ont ainsi été contraint d'annuler totalement les séjours aux sports d'hiver.

Si le passage des frontières compte autant pour cet aéroport, c'est parce que 80 % des passagers sont étrangers : Anglais en grande majorité, puis Scandinaves, Israéliens et Russes. "Nous avons fait une saison blanche, mais nous espérons reprendre en novembre 2021", poursuit la directrice de l'aéroport.

Pas de vols commerciaux en ce moment

En août 2020, Grenoble Alpes Isère a connu un début de reprise, avec l'ouverture d'une ligne en direction de Porto. La reprise a cependant été vite freinée, la ligne ayant finalement été refermée dès la fin du même mois.

Actuellement, il y a encore quelques vols d'affaires, sanitaires, de transports d'équipes sportives, ou d'entraînement de l'armée, mais toujours pas de vols commerciaux.

L'aéroport Grenoble Alpes Isère est resté ouvert pendant les confinements successifs, la structure étant mise à disposition des diverses missions de services publics : "Nous avons fait des missions de transports public, de transport d'organes, sanitaire et de ravitaillement des aéronefs de l'État."

Le terminal commercial est actuellement occupé par un vaccinodrome, ouvert depuis le 21 mai jusqu'à août ou octobre, selon les besoins. "Le 5 juillet, par exemple, 1.500 personnes sont venues se faire vacciner."

Mais sur la partie commerciale : "Il y a de belles perspectives, les vols sont déjà en vente jusqu'à mars 2022", avance Basma Jarbouai. Aujourd'hui, avec les tour operators, la direction de l'aéroport surveille de près la "greenlist" (système de classement établi par le Royaume-Uni pour différencier les pays plus ou moins touchés par le Covid-19, et donc à éviter ou non) pour s'adapter en fonction.

Au Covid-19, s'est d'ailleurs ajouté le Brexit, mais la direction n'en semble pas inquiète :

"Le Brexit a tellement été décalé que nous avons eu le temps de travailler avec les services de douane. Nous avions déjà mis en place la saisons dernière les équipements nécessaires (pour le tamponnage des passeports et la vérification des bagages). Le temps de contrôle sera plus long, mais c'est la douane qui s'en charge. Brexit ou pas, les Anglais continueront de voyager."

206 000 euros de subventions exceptionnelles

L'aéroport de Grenoble Alpes Isère est la propriété du département, mais il est géré, via un contrat de délégation de service public, par la Société d'exploitation de l'aéroport de Grenoble Isère (Seagi), filiale de Vinci Airport. Cette délégation a commencé en 2009 et court jusqu'en 2026.

La Seagi a réalisé un chiffre d'affaires de 10 millions d'euros en 2019, mais avec un bénéfice de 534.266 euros. Chaque année, le Conseil départemental octroie autour de deux millions d'euros de subvention à l'aéroport.

Une gestion que dénonçaient déjà en 2019 les groupe d'opposition comme Le Rassemblement des citoyens pour une Isère solidaire et écologique : "Depuis plus de 40 ans, l'aéroport est structurellement déficitaire, obligeant différentes collectivités locales à combler les déficits. Entre 2010 et 2017, ce sont plus de 22 millions d'euros qui ont été dépensés en investissement et fonctionnement. En 2018, le Département de l'Isère a versé en fonctionnement plus de 2 millions d'euros à Vinci Airport pour combler le déficit de l'aéroport. La légalité de ce versement est contestée au Tribunal Administratif de Grenoble. Si des subventions de fonctionnement sont autorisées, elles doivent être transitoires avec pour objectif de tendre vers l'équilibre financier."

Cette année, le Dauphiné Libéré relevait que 206 000 euros de subventions exceptionnelles ont été accordées en plus : "181.000 euros de dépenses nécessaires au maintien du service opérationnel et 25.000 euros de dépenses liées à la protection des personnes." Une aide qui intervient pour l'accomplissement des missions de service public.

L'opposition au Conseil Départemental monte au créneau

"C'était dans les négociations entre Vinci et le département, selon le contrat qui lie les deux, donc nous avons eu une aide. C'est un évènement exceptionnel, donc nous avons eu une subvention exceptionnelle", explique Basma Jarbouai.

En échange l'aéroport s'engageait à réduire certains coûts, notamment avec le chômage partiel ou en décalant des investissements. Mais au Conseil Départemental, l'opposition ne l'entendait pas de cette façon : "Vinci a déjà bénéficié de nombreuses aides publiques d'État. La crise sanitaire ne justifie nullement ce versement."

La majorité voit quant à elle un outil pour le développement économique du territoire. En matière de transports vers la stations, l'aéroport travaille d'ailleurs déjà avec le département et Isère Attractivité. "La montagne a un rôle clé pour l'Isère. L'aéroport a un rôle majeur qui permet aux passagers de dépenser leur argent en Isère et c'est aussi un des acteurs de l'emploi local, avec la sécurité, les magasins, la location, les transports, etc", affirme la directrice.

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