Commerces de proximité : la fronde monte en AuRA, le gouvernement inflexible

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(Crédits : Christian Hartmann)
« Je dis à ces commerçants et à tous nos concitoyens, mieux vous respecterez toutes ces consignes de sécurité sanitaire, plus vite nous pourrons sortir ». Le message du premier ministre Jean Castex se voulait clair : il n’y aura pas d’exception pour les commerces de proximité jugés « non-essentiels ». Une question qui divise jusqu’en AuRA, où plusieurs élus avaient publié des arrêtés visant à autoriser, sur dérogation, l’ouverture de petits commerces, tandis que la fronde grandit chez les commerçants lyonnais également.

Alors que la pandémie se trouve toujours en pleine progression en Auvergne Rhône-Alpes -et notamment dans les départements de la Loire, du Rhône et de l'Isère, où le taux d'incidence atteint des niveaux plus élevés que lors du printemps dernier-, la pression économique monte du côté des petits commerçants. Une trentaine de commerçants (libraires, coiffeurs, boutiques de prêt-à-porter ou de décoration, etc) se sont notamment réunis, ce lundi matin, devant la préfecture du Rhône pour crier leur colère face aux mesures de fermeture imposées par le gouvernement.

Ces derniers ne comprennent pas que ce nouveau tour de vis sanitaire ne soit pas assorti de mesures d'exception pour leurs commerces, comme c'est le cas pour d'autres secteurs dont l'activité économique a été jugée essentielle, à l'image du bâtiment. Les fédérations professionnelles ont même pris le dossier à bras-le-corps et tenter de faire des propositions concernant les protocoles sanitaires applicables. Ce début de semaine encore, la CPME AuRA rappelait que l'objectif "n'était pas d'opposer les différentes formes de commerce", qu'elle estime "tout autant concurrentes que complémentaires", mais d'éviter toute "concurrence faussée dont les seules véritables gagnantes seraient les plateformes de e-commerce internationales".

Fait inédit jusqu'ici, ils avaient été rejoints massivement, depuis ce week-end, par des prises de positions politiques. À travers différents territoires, dont l'Auvergne Rhône-Alpes, où certaines municipalités comme Tassin-la-Demi-Lune (Rhône) - conduite par le maire LR Pascal Charmot-, les Abrets (Isère) -dirigée par l'élu divers centre Benjamin Gastaldello- n'avaient pas hésité à prendre des arrêtés autorisant la réouverture de leurs commerces, arguant de la distorsion de concurrence induite avec les grandes surfaces demeurant ouvertes.

Des prises de position symboliques

Même chose à Valence, Loriol et Romans-sur-Isère, trois communes de la Drôme conduites par des maires LR ou divers droite, la pilule ne passait pas également. Pour la ville de Romans, conduite par Marie-Hélène Thoraval, "le décret du 29 octobre 2020 engendre des pratiques commerciales déloyales qui ne pourraient être compensées par des mesures palliatives du type click end collect".

Une mesure jugée à ce stade "non-légale" par les préfets des territoires concernés, en vertu des dispositions annoncées mercredi par le Président de la république, Emmanuel Macron. Et ce, alors qu'un amendement déposé par le sénateur LR de la Vendée, Bruno Retailleau, permettant aux préfets de rouvrir localement les commerces de proximité "si les conditions sanitaires le permttent", a été adopté à l'unanimité par le Sénat.

Citant le cas de la commune des Abrets, la préfecture de l'Isère a ainsi rappelé "qu'un tel arrêté est directement contraire au décret n°2020-1310 du 29 octobre 2020, qui instaure un nouveau confinement et prescrit les mesures générales, applicables sur l'ensemble du territoire national". Le Préfet de l'Isère a ainsi déféré cet arrêté municipal au tribunal administratif de Grenoble, afin "d'en obtenir la suspension immédiate".

Une cinquantaine de maires de petites villes, représentées par le biais de l'Association des Petites Villes de France, ont également écrit, dans la foulée, à Matignon pour demander "une équité de traitement", entre les commerces de proximité et les grandes surfaces.

Une fermeture des rayons culturels qui passe mal

De son côté, le réseau My Presqu'île, qui fédère plus de 700 commerçants et 10 associations de commerçants de la Presqu'île de Lyon, s'est joint à l'association Commerçants et Artisans des Métropoles de France (qui représente à son tour les commerçants de 18 métropoles de France) ont crié haut et fort leur opposition à la fermeture imposée aux commerces non essentiels pour le mois de novembre.

En rappelant que "l'écrasante majorité de ces commerces a respecté tous les protocoles sanitaires sans constituer une menace sanitaire avérée", ils ont estimé que "la période commerciale primordiale de fin d'année ne peut pas être soumise à une négociation interminable et incertaine d'aides et mesures d'accompagnement de l'Etat".

Ils demandent la réouverture immédiate des commerces de moins de 1000 m2 avec un protocole sanitaire renforcé et négocié avec l'Etat, en s'appuyant sur le modèle de l'Allemagne ou l'Espagne, "qui ont compris qu'il était simplement intenable dans cette période de fin d'année de faire subir à nos commerçants une nouvelle fermeture imposée, peu importe les aides qui seront mobilisées".

Même esprit pour la CPME AuRA, qui réclame toujours "une sortie par le haut en permettant au plus grand nombre de travailler", ainsi que pour l'Union des entreprises de proximité (U2P), qui apporte son soutien à l'amendement, déjà voté par les sénateurs et en cours d'étude à l'Assemblée nationale, visant à accorder les préfets à des autorisations dérogatoires pour l'ouverture des commerces de vente au détail.

Mais rien ne semble infléchir la position du gouvernement à ce sujet : alors que le ministre de l'économie Bruno Le Maire avait indiqué ce week-end que la question des petits commerces serait étudiée, le premier ministre Jean Castex a tranché. Aucune exception n'est prévue à ce stade. Preuve de sa détermination, le gouvernement n'a pas hésité à annoncer la fermeture des rayons culturels des enseignes de la grande distribution, une mesure visant à conforter les petites librairies indépendantes.

Une série de mesures qui divisent

Dès ce mardi, les rayons des grandes enseignes n'auront ainsi plus le droit de vendre "des produits jugés non essentiels". Une mesure qui a déjà suscité, à son tour, la "totale incompréhension" et "l'opposition" de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), qui a demandé à ce que la durée de cette mesure soit précisée et "la plus courte possible", mais aussi que le gouvernement prenne des dispositions contraignant à son tour Amazon...

En compensation, Jean Castex a annoncé le déblocage "d'une enveloppe de 20 milliards d'euros de crédits supplémentaires" pour aider les commerçants à ne pas mettre la clé sous la porte, qui devrait être soumise au vote prochainement. Une mesure qui s'ajoute aux différentes dispositions (chômage partiel, fonds de solidarité, crédit d'impôts sur les loyers des TPE, etc) mais également à l'incitation de proposer du" click and collect". Une mesure sur laquelle le gouvernement n'a pas hésité longtemps au vu du climat actuel, et qui "ne rentrera pas" dans le calcul pour accéder au fonds de solidarité, selon le ministre de l'Économie Bruno Le Maire.

L'exécutif martèle que le dispositif sera revu, comme annoncé d'ici quinze jours. Mais la lueur d'espoir semble bien mince pour les commerçants, alors même que le gouvernement affirmait s'attendre à une montée de l'épidémie au cours des prochaines semaines.

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