Le bâtiment veut provoquer un "choc" de la commande publique en AuRA

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Les secteurs du BTP et des travaux publics pourront poursuivre leurs activités, mais demeurent vigilants à ce que l'ensemble de leur chaîne située en amont et en aval puisse continuer de fonctionner à leurs côtés.
Les secteurs du BTP et des travaux publics pourront poursuivre leurs activités, mais demeurent vigilants à ce que l'ensemble de leur chaîne située en amont et en aval puisse continuer de fonctionner à leurs côtés. (Crédits : Reuters)
[La relance vue d'ici] Ils font partie des secteurs qui pourront poursuivre leurs activités lors de ce reconfinement. Les milieux du bâtiment et des travaux publics, qui pèsent lourd au sein de l’économie régionale, sont plutôt soulagés par les dispositions annoncées par le gouvernement français. Avec toutefois, un appel lancé aux collectivités locales pour éviter une nouvelle chute de leur activité.

« Nous sommes évidemment soulagés du choix politique et économique qui a été fait lors de ce deuxième confinement, afin que la branche du BTP puisse continuer à travailler, tout comme l'industrie, et de trouver une solution entre le confinement et une activité économique minimum qui freine le moins possible l'économie », confirme le président de la FFB AURA, Philippe Lansard.

Pour autant, ce dernier rappelle que le secteur du bâtiment, qui représente près de 60.000 entreprises embauchant près 145.000 salariés en Auvergne Rhône-Alpes (soit 18 milliards d'euros de retombées) ne peut pas fonctionner seul et salue, à ce titre, les mesures permettant à l'ensemble de sa chaîne d'approvisionnement de fonctionner.

« Il était important pour nous que du côté de l'amont, les commerces de gros, la distribution, ainsi que les fabricants en usine ou encore les services administratifs qui délivrent les permis de construire puisse travailler, mais aussi la partie aval, qui se compose de nos clients, afin qu'ils acceptent de nous donner accès à leurs locaux », atteste Philippe Lansard.

Et pour l'instant, celui-ci "touche du bois" : deux jours après l'annonce d'Emmanuel Macron, aucun chantier n'avait encore été stoppé à la suite de ces nouvelles mesures. « Cela veut bien dire que personne ne veut stopper la reprise qui avait été amorcée», avance-t-il.

Car avant cette annonce, le BTP, composé à 90% de petites entreprises au niveau local, avait réussi à se remettre sur pieds ou presque. « Nous avions réussi à reprendre auprès de 90 % de notre activité, comparé aux niveaux de l'an dernier. Nous étions presque au maximum car les 5 à 10 % restants sans surtout le fait de quelques décalages ou difficultés rencontrées sur un chantier ».

Sa masse salariale composé de 145.000 salariés au niveau régional n'avait pas fondu, même si l'intérim ainsi que les contrats d'alternance avaient quant à eux chuté pour s'adpater aux baisses d'activités constatées. « Cependant, on observe qu'en région Auvergne Rhône-Alpes, les recrutements en alternance ont repris".

En cette rentrée, il enregistrait même une augmentation de 5% du nombre d'apprentis au sein du CFA que l'an dernier, "ce qui témoigne bien que les entreprises savent déjà qu'une fois la crise passée, elles auront à nouveau des problèmes de recrutement et de pyramide des âges », confirme Philippe Lansard.

Une reprise qui avait déjà démarré

Une reprise qui avait pu se constater sur l'ensemble des tableaux du bâtiment : « Qu'il s'agisse de chantier neufs, de rénovation, de parcs de logements ou tertiaires, de public ou privé...  L'ensemble de notre activité était repartie, avec tout de même, de premières demandes tirées d'abord par le secteur privé, les collectivités ayant mis plus de temps à se remettre en marche avec le télétravail et les nouvelles équipes issues des élections municipales », constate Philippe Lansard.

Résultat ? Le président de la FFB AURA estime que les retards accumulés au second trimestre 2020 était jusqu'ici en passe d'être rattrapés. « On s'attendait à une réduction d'activité de - 12 à -15 % comparé à l'an dernier, ce qui est beaucoup moins dramatique dans d'autres secteurs comme l'hôtellerie, le commerce, la restauration, la culture, ou encore l'événementiel ».

Une zone d'atterrissage qui demeure néanmoins teintée d'une dose d'incertitude avec l'annonce de ce reconfinement, même si les voyants demeurent pour l'instant plutôt au vert pour le bâtiment. L'un de ses points de vigilance sera notamment de voir comment ses partenaires, dont en premier lieu les collectivités locales, dont la commande publique tire 75% de l'activité, se comporteront au cours des prochaines semaines.

« Aujourd'hui, il demeure un double effet ciseau au niveau des instructions de permis de construire et des autorisations d'urbanisme, qui ont subi à la fois les effets du Covid, ainsi que des élections du printemps dernier. L'un des enjeux sera donc de voir comment les services de l'État vont continuer à instruire en temps et en heure ces permis, afin de ne pas bloquer les chantiers », reprend Philippe Lansard.

Celui-ci estime ainsi que les collectivités d'Auvergne Rhône-Alpes demeureraient encore à un niveau d'activité inférieur de 30 à 40 % à leur habitude, sur le terrain de la délivrance des autorisations d'urbanismes.

L'appel à provoquer un « choc de la commande publique »

Et il n'est pas le seul à le penser : Pierre Berger, président de la FRTP AURA (Fédération Régionale des Travaux Publics Auvergne-Rhône-Alpes) concède que l'annonce du reconfinement « ne devrait pas changer grand-chose » non plus pour le milieu des travaux publics, s'inquiète cependant de « la mise à l'arrêt » de l'activité des collectivités locales au cours des derniers mois, concernant cette fois les commandes et appels d'offres publics, dans l'activité n'est pas repartie depuis la première vague.

« À l'issue du premier confinement, nous nous sommes retrouvés avec 54 % d'appels d'offres au moins comparé à la même période l'an dernier. Les choses étaient légèrement reparties, mais toujours avec un niveau d'activité inférieur de 35 à 40% », confirme le président de la FRTP. Une chute du nombre d'appels d'offres qu'il qualifie de « sans précédent », et qui pourrait bien enrayer la mécanique de la reprise, déjà fragile.

Alors que le Président de la République Emmanuel Macron a appelé lui-même les collectivités à poursuivre leurs activités durant ce nouveau reconfinement, les deux fédérations régionales (BTP et travaux publics) se sont donc unies à pour adresser un courrier aux mairies et intercommunalités du territoire afin provoquer « un choc » de la commande publique au cours des prochaines semaines. Avec un objectif : amorcer une prise de conscience au sein des exécutifs -dont certains nouvellement élus depuis juin dernier-, et lancer un signal fort en faveur de la reprise de l'économie.

« Rien n'empêche aujourd'hui les collectivités de relancer l'activité économique par des commandes sur les appels d'offres récurrents. Car il existe un certain nombre de décisions politiques déjà prises ou de budgets déjà votés avant la Covid, et qui ne sont toujours pas lancés ».

Selon Pierre Berger, toutes les branches d'activités des travaux publics sont ainsi concernées par ce gel des volumes observé au niveau des collectivités locales : l'activité routière, les travaux de canalisations, etc.

« Aujourd'hui, nous ne réclamons pas de grands projets. 70% de nos ponts ne sont actuellement pas entretenus en France, alors que 24% de l'eau transportée par nos conduites d'eau se perdent dans la terre avant d'arriver dans le robinet : ce type de projets nous suffirait à passer le cap », affirme le président de la FRTP AuRA.

Un secteur des travaux public qui représente, quant à lui, près de 1.200 entreprises et 36.700 salariés à l'échelle des 12 départements, pour des retombées annuelles estimées à près de 4 à 5 milliards d'euros par an.

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