Accès aux soins d'urgence : le SAS69, ce site pilote dans le Rhône veut répondre aux enjeux du Ségur

Il s'agit d'une première à l'échelle nationale, qui répond à des enjeux clairement exprimés à la fois lors de la crise sanitaire, et plus largement, par le Ségur de la santé : fin septembre, une convention signée entre l’Union régionale des médecins libéraux d’Auvergne-Rhône-Alpes et les Hospices civils de Lyon a matérialisé un pas de plus dans la création d'un nouveau service d’accès aux soins (SAS69) pour le Rhône. Objectif : proposer une réponse aux soins "non-programmés" à l'échelle du territoire, en complémentarité avec le Samu et la médecine de ville.

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Le 28 septembre dernier, une convention a officialisé la constitution du SAS 69, une structure pilote dont la création découle du Ségur de la santé. Sa priorité : offrir une réponse aux soins non programmés sur un bassin de 2 millions d'habitants qu'est le Rhône, tout en remettant le médecin traitant au cœur de la prise en charge.
Le 28 septembre dernier, une convention a officialisé la constitution du SAS 69, une structure pilote dont la création découle du Ségur de la santé. Sa priorité : offrir une réponse aux soins non programmés sur un bassin de 2 millions d'habitants qu'est le Rhône, tout en "remettant le médecin traitant au cœur de la prise en charge". (Crédits : DR)

Le ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran, avait retenu 22 sites pilotes pour expérimenter dès janvier 2021 le service d'accès aux soins (SAS), annoncé le 9 septembre 2019 comme mesure du Pacte de refondation des urgences et réaffirmé dans le cadre du Ségur de la santé.

Objectif : répondre à la demande de soins vitaux, urgents et "non programmés" de la population partout et à toute heure. "C'est l'une des mesures phares du Ségur pour éviter l'engorgement des services d'urgences et pour aider les gens à une recherche de soins non programmés", avance le Dr Sylvie Filley-Bernard, présidente de l'URPS médecins libéraux d'Auvergne-Rhône-Alpes.

Le 1er février dernier, le service d'accès aux soins du Rhône (SAS 69) était en effet le premier des 22 sites pilotes retenus à être opérationnel. Quelques mois plus tard, le 28 septembre, la création du SAS 69 a été officialisée à travers la signature d'une convention établie désormais entre l'URPS médecins libéraux d'Auvergne-Rhône-Alpes et les Hospices civils de Lyon (HCL).

Car le SAS 69 repose sur un partenariat entre les professionnels de l'urgence hospitalière et les professionnels de médecine libérale, et vise à fédérer l'ensemble des acteurs de soin de première ligne du territoire, en organisant l'aide médicale urgente et en contribuant à la structuration des soins de ville non programmés. L'ambition : couvrir un bassin de population de deux millions d'habitants, sans faire doublon face aux dispositifs existants :

"Le Samu-Centre 15 existe depuis plusieurs dizaines d'années. Mais il fallait rehausser la qualité de fonctionnement de ces centres de réception des appels (CRA) avec des objectifs de qualité, des nouveaux métiers et réfléchir aux types de réponses, les effecteurs, que l'on donne aux personnes qui nous appellent", explique le Pr Karim Tazarourte, chef du Samu et des urgences à l'hôpital Édouard Herriot à Lyon.

Éviter un passage aux urgences

Car avant la mise en place du SAS, "sur 10 appels au Samu, 5 relevaient de la médecine d'urgence et 5 de la médecine générale", selon les premiers constats effectués sur le terrain. "Nous sommes confrontés de plus en plus à des personnes qui n'ont pas de médecins traitants, ou qui n'ont pas la possibilité de le voir rapidement, ou encore à des demandes de soins non programmés. Il fallait que nous nous organisions afin que les réponses données ne soient pas systématiquement un passage aux urgences", expose le Pr Karim Tazarourte.

Conçu comme un point d'entrée commun, le SAS 69 assure un décroché et une réponse rapide des appels, que ce soit pour une aide médicale urgente, une demande d'intervention relevant de la médecine générale ou d'une filière spécialisée. "L'objectif est d'atteindre un décroché en 60 secondes pour 95 % des appels", indique le Pr Tazarourte.

Le SAS agrège différentes lignes, comme le Centre antipoison, les lignes psychiatriques et gériatriques, ou encore le numéro de prévention du suicide, qui a ouvert vendredi 1er octobre.

20 % des appels renvoyés vers les généralistes

Concrètement, en cas d'appel au 15 ou à la maison médicale de garde, un assistant de régulation médicale (ARM) prend l'appel et évalue le degré d'urgence.

Selon le degré de gravité, il envoie les secours sur place, ou un second ARM prend le relais pour suivre le dossier et basculer vers les médecins urgentistes ou les médecins généralistes, réunis sur le même plateau.

En fonction de la situation identifiée, un opérateur de soins non programmés, nouvel acteur-clé créé par le SAS, peut prendre la suite pour réserver un rendez-vous dans une structure adaptée (SOS médecins ou médecin de ville).

"Nous renvoyons 20 % des appels vers les médecins généralistes en leur demandant de s'organiser pour recevoir des plages de rendez-vous non programmées dans un délai de 48 heures", détaille le Pr Tazarourte. "Notre priorité est de remettre le médecin traitant au cœur de la prise en charge", assure-t-il.

"Une grande partie des appels reçus au centre 15 consistent à donner des conseils médicaux. Le SAS permet d'alléger un recours à une consultation et aide à une meilleure orientation du patient", apprécie le Dr Filley-Bernard.

1.500 à 1.800 appels par jour

Dans son centre, entre 2019 et aujourd'hui, le Pr Tazarourte a observé une recrudescence de 12 % des appels.

Depuis la mise en place du SAS 69 en février 2021, le centre reçoit environ 1.500 à 1.800 appels par jour (hors Covid où les chiffres peuvent exploser à 4.000 appels par jour). 60 % des appels reçus relèvent de la médecine générale et 40 % de la médecine d'urgence.

"Le SAS n'est pas une plateforme de prise de rendez-vous géante, ni un parcours obligatoire pour les patients, tient à souligner le Pr Tazarourte. Il est là pour améliorer la réponse apportée à ceux qui ont un problème aigu dont ils n'arrivent pas à gérer la gravité ou qui ne trouvent pas de solution", résume-t-il.

Le SAS est encore en phase d'expérimentation, jusqu'en décembre 2021. A partir de 2022, il devrait être généralisé sur la France entière.

Actuellement financé par l'Agence régionale de santé via des fonds d'intervention régionaux, il devrait alors bénéficier d'une enveloppe spécifique. "L'avenant 9 à la convention médicale a d'ores et déjà prévu de rémunérer le travail de régulation des médecins libéraux au centre 15. En ce qui concerne la mise à disposition de créneaux et le financement des médecins libéraux qui participeront à la prise en charge des soins non programmés, les négociations sont en cours", précise le Dr Filley-Bernard.

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