Masques FFP2 : ces quatre fabricants auralpins qui sont déjà sur les rangs pour produire et investir

Alors que la demande explose ces derniers jours en raison de la contagiosité extrême du variant Omicron, encourageant la ministre de l'Industrie Agnès Pannier Runacher à réaliser un déplacement à ce sujet en Occitanie ce vendredi où des annonces pourraient survenir -Jean-Michel Blanquer vient lui aussi de promettre 5 millions de masques aux enseignants-, quatre fabricants de masques FFP2 sont déjà positionnés en Auvergne-Rhône-Alpes sur ce créneau. A leur agenda : des recrutements et des investissements pour développer ces masques plus protecteurs que les masques chirurgicaux.

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La demande pour les masques FFP2 explose depuis mi-décembre. Dans cette montée en puissance à marche forcée de la fabrication de masques FFP2, quatre industriels d'Auvergne Rhône-Alpes sont dans la course.
La demande pour les masques FFP2 explose depuis mi-décembre. Dans cette montée en puissance à marche forcée de la fabrication de masques FFP2, quatre industriels d'Auvergne Rhône-Alpes sont dans la course. (Crédits : Texinov)

Le rapport doit être publié de manière imminente, mais Olivier Véran, a déjà annoncé cette semaine la couleur de l'avis sollicité auprès du Haut Conseil de la Santé Publique : cette instance de conseil de l'Etat, très sollicitée depuis le début de la pandémie, n'est pas favorable à une généralisation des masques FFP2 à l'ensemble de la population.

Le ministre de la Santé a néanmoins expliqué poursuivre les réflexions et les discussions sur le sujet. Ces masques hermétiques, plus protecteurs que les masques chirurgicaux, sont en effet de plus en plus prescrits (voire rendus obligatoires) à travers la planète face à la contagiosité démultipliée du variant Omicron.

En France, alors que le masque FFP2 est pour l'instant seulement conseillé à certaines catégories de soignants particulièrement exposés, de plus en plus de personnes délaissent les masques textiles et les masques chirurgicaux à leur profit. Certains corps professionnels réclament eux aussi des FFP2.

Face aux inquiétudes, de nombreuses collectivités et organisations publiques font le choix d'équiper leur personnel. C'est le cas par exemple de la Région Auvergne Rhône-Alpes, qui doit déployer d'ici à la fin du mois 500.0000 masques FFP2 à destination des agents régionaux en contact avec le public ainsi qu'à ses salariés fragiles.

Autre exemple :  à Lyon, l'Université Claude Bernard Lyon I distribue, depuis le 3 janvier dernier, 30.000 masques FFP2 (fabriqués dans l'Ariège) à ses étudiants afin qu'ils puissent passer leurs examens plus sereinement.

Un peu plus loin, en Provence-Alpes Côte d'Azur, le président, Renaud Muselier, vient d'annoncer la distribution de 500.000 masques FFP2 au personnel des lycées, des hôtels, des restaurants, des entreprises de transport scolaire etc de son territoire.

Approvisionnement de FFP2 sous tension

Devant cette explosion soudaine de la demande, les rayons de certaines grandes surfaces et pharmacies sont vides. Moins que ceux des autotests au moment des fêtes de fin d'année, mais il est certain que l'approvisionnement se tend : les réapprovisionnements venus de l'Asie ne sont pas en capacité d'assurer un réassort aussi rapidement d'une part.

D'autre part, la nouvelle filière française de fabrication de masques mise sur pied depuis le printemps 2020 ne peut démultiplier du jour au lendemain ses capacités de production. Surtout après plusieurs mois de ralentissement fort de la demande pour des produits français, concurrencés par les pays low cost.

Selon le président du syndicat français des fabricants de masques, Christian Curel, interrogé il y a quelques jours sur le sujet par BFM TV, la filière française serait capable actuellement de produire 20 à 30 millions de masques FFP2 par semaine et pourrait rapidement flirter avec les 50 millions.

Pour accompagner cette montée en puissance, Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée chargée de l'Industrie, devrait annoncer ce vendredi 14 janvier, à l'occasion de la visite de l'entreprise AHG en Occitanie, de nouvelles mesures concernant la commande publique et de nouveaux outils visant à favoriser l'offre française et européenne.

Rappelons qu'il y a quelques semaines, l'Etat avait déjà enjoint aux établissements de santé de favoriser les productions locales.

Quatre fabricants en Auvergne Rhône-Alpes

Dans cette montée en puissance à marche forcée de la fabrication de FFP2, quatre industriels d'Auvergne Rhône-Alpes sont dans la course. Il s'agit de Savoy International à Cluses (74), de Texinov à Saint-Didier de la Tour (38), d'Inspire Protection et de Valmy à Roanne dans la Loire. Tous fourbissent leurs armes ces dernières semaines pour accélérer la cadence.

Chez Savoy International (1.000 salariés ; CA 2021 : 150 millions d'euros ; décolletage/injection plastique/ mécatronique pour l'automobile), la centaine de personnes affectées à cette nouvelle activité de fabrication de masques (lancée en urgence au printemps 2020) est sur le pied de guerre depuis mi-décembre.

"Nous staffons les équipes, nous redémarrons le travail le week-end et nous peaufinons notre productivité pour améliorer les cadences", confie ainsi Arthur Allamand, directeur commercial du pôle protection et santé de Savoy International.

Cette montée en cadence ne concerne pas uniquement les masques FFP2 mais la demande portant sur ces derniers croit plus vite que celle des masques chirurgicaux. "Les FFP2 représentent désormais 20% de notre production contre 10% il y a encore quelques mois".

Parmi ses clients : la Région AuRA, des centres hospitaliers de la région etc. Les masques Savoy International sont aussi présents dans les rayons des enseignes Super U et Casino. L'entreprise avait investi quelque 14 millions d'euros pour se lancer sur ce marché, en intégrant, précision d'importance, la fabrication de sa propre matière filtrante : le fameux meltblown qui avait tant manqué à la France au printemps 2020.

Chez Texinov (75 salariés dont 15 affectés à l'activité masques; CA 2021 : 10 millions d'euros), à Saint-Didier de la Tour en Isère, l'heure est également à l'accélération du rythme de production. Historiquement spécialisée dans la fabrication de textiles techniques, la PME s'était jetée dans la fabrication de masques (dont les FFP2) dès 2020 avec un investissement de 10 millions d'euros (soutenu par l'Etat et la Région). Elle produit elle aussi son meltblown.

"Depuis quelques semaines, nous constatons une forte accélération de la demande. Nous sommes en capacité de répondre mais nous devons ajuster rapidement nos moyens de production après plusieurs mois de ralentissement fort des commandes pour notre filière française", souligne Jacques Tankere, le Pdg de Texinov. "Nous sommes en train de recruter une dizaine de personnes supplémentaires pour augmenter notre production qui est déjà de 300.000 masques/jour (tous types de masques confondus NDLR)".

A Roanne, Inspire Protection (50 salariés ; chiffre d'affaires non communiqué) a été créée en mai 2020 par la famille Brillat déjà expérimentée sur ce sujet, elle avait commencé par les masques chirurgicaux puis avait embrayé avec les FFP2.

"Nous avons eu une forte baisse des demandes entre mai et novembre 2021 mais depuis mi-décembre, la demande pour les FFP2 est très forte. Ce sont actuellement les masques les plus demandés", observe Nicolas Brillat.

Inspire Protection est actuellement en capacité d'en produire deux millions par mois (et 12 millions de masques chirurgicaux). Ce sera trois millions dès le moins prochain grâce à des investissements dans de nouvelles machines.

"Toutes nos lignes sont actuellement au maximum de leurs capacités. Si j'avais eu 25 millions de FFP2 la semaine dernière sous la main, je les aurais vendus...".

Arrivé tardivement sur le marché, Inspire Protection n'est pas référencé en direct pour les commandes publiques mais vend à des distributeurs ainsi qu'à des entreprises privées (Nexter, Valentin Traiteur, Gimaex etc).

Chez son voisin ligérien, Valmy Industries, on appuie aussi sur l'accélérateur. Interrogée par nos confrères de France Bleu la semaine dernière, Audrey Gianone, responsable commerciale et administrative de l'entreprise, confiait :

"Nous recevons jusqu'à 70 appels par jour pour les masques FFP2. C'est drôle parce qu'il y a quelques semaines, certains de nos clients, des grossistes, nous disaient qu'ils n'en rachetaient par car ils n'étaient pas sûrs d'écouler leur stock". Pour monter en régime, dans l'urgence, une dizaine de personnes devrait être recrutées.

Toujours selon France Bleu, Valmy est en capacité de produire 20 millions de masques FFPP par mois. Ceux-ci représentaient 10% de la production de l'entreprise ces derniers mois. Une proportion qui devrait rapidement atteindre les 75%...

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