Soitec : une centaine de recrutements annoncés en France, dopés par la 5G

L’année 2021 promet de marquer le pas pour le concepteur de matériaux semi-conducteurs innovants, Soitec. Son pdg, Paul Boudre, détaille pour La Tribune les dessous de son plan Elevate, qui prévoit le recrutement de 100 jeunes talents sur son site de Bernin (Isère) d’ici mars 2021, mais aussi une centaine de recrutements additionnels sur son site de Singapour. Objectif : accompagner la croissance de l’entreprise sur des marchés, accélérés plus ou moins directement par la pandémie actuelle.

8 mn

Dopé par les usages liés aux télécommunications, à la 5G et à la transformation de l'automobile, le fabricant de matériaux semiconducteurs isérois Soitec se prépare à recruter au total plus de 200 jeunes talents en France et à Singapour.
Dopé par les usages liés aux télécommunications, à la 5G et à la transformation de l'automobile, le fabricant de matériaux semiconducteurs isérois Soitec se prépare à recruter au total plus de 200 jeunes talents en France et à Singapour. (Crédits : © Michael Buholzer / Reuters)

Il fait partie de ceux qui ont su traverser 2020 en gardant l'équilibre. Le leader mondial de la production de matériaux semi-conducteurs Soitec a enregistré, lors de ses derniers résultats semestriels publiés à l'automne, des chiffres comparables à l'année 2019, qui marquait déjà à l'époque une croissance de 30% par rapport à son exercice précédent.

« Sur l'ensemble de notre exercice qui se terminera en mars prochain et qui couvre l'ensemble de la période Covid, nous sommes parvenus à conserver le même niveau de revenus de profitabilité que l'an dernier, ce qui représente déjà en soi un challenge. Nous nous trouvons actuellement dans une forte dynamique de production et d'innovation qui va nous conduire à accélérer en 2021 », expose le Ceo, Paul Boudre.

Car déjà, il entrevoit un accroissement de la demande sur les marchés de l'automobile, « en pleine transformation avec l'arrivée des véhicules électriques qui représenteront 40 à 50% du marché d'ici 2025 », mais aussi dans des applications autour de la 5G, ou encore des objets et maisons connectées. « Nous sommes positionnés sur les grandes innovations qui vont se construire au cours des prochaines années à travers la 5G, l'intelligence artificielle, l'automobile ou encore la santé », ajoute Paul Boudre.

Le fabricant de plaques de silicium sur isolant (SOI) anticipe une croissance forte dès l'an prochain, avec une prévision de 800 millions d'euros de chiffre d'affaires pour son exercice 2021-2022 (contre 443,9 millions en 2018/2019).

Car malgré un marché du smartphone qui s'affiche en décroissance de 10 % par an, l'isérois a ainsi continué à gagner des parts de marché à l'intérieur des terminaux mobiles, grâce à son substrat SOI qui promet aux fabricants des performances accrues, tout en réduisant la consommation énergétique des circuits électroniques utilisés.

« Nous avons réussi à croître au sein d'un marché en décroissance, avec nos technologies qui prennent de plus en plus de millimètres carrés au sein des futurs téléphones (+30 à 50%) », explique le Ceo.

Et l'arrivée progressive de la 5G devrait accompagner cette évolution, puisqu'après avoir vendu près de 200 millions de téléphones 5G cette année, le marché estimé en 2021 atteindrait les 500 millions d'unités en 2021.

Un plan "Elevate" pour passer à la vitesse supérieure

Côté à la Bourse de Paris, le fabricant isérois -qui emploie 1.600 salariés-, se prépare déjà à accroître ses effectifs de 10%, en commençant par son siège isérois de Bernin. Situé près de Grenoble, près de 100 recrutements sont prévus sur ce site -qui compte déjà 1.300 salariés- d'ici la clôture de son exercice annuel, fin mars 2021.

Son plan, baptisé Elevate, vise à faire passer la société à un autre niveau, en se dotant de profils variés de hauts potentiels, comprenant à la fois des fonctions hébergées au sein de son siège social (département juridique, finances, etc), de son département d'innovation, mais aussi de ses unités de production.

« Environ la moitié de ces effectifs concerne le démarrage d'une nouvelle unité de production à Bernin, destinée aux filtres dédiés aux antennes liées à la 5G. Nous aurons besoin d'un peu de tout, à savoir des opérateurs en salle blanche, techniciens et ingénieurs », dévoile le DRH de Soitec, Pascal Lobry.

« La plupart de ces postes sont des CDI à temps plein, proposés en grande partie en journée, même s'il existe certains postes en équipe, qui peuvent travailler la nuit ou le week-end en vue d'assurer la production», souligne-t-il.

Pour remplir ce pari en seulement quelques mois, Soitec passera par plusieurs canaux, et lancera notamment une campagne d'affichage sur les abribus de la région Auvergne Rhône-Alpes, mais aussi une campagne de publicité qui pourrait rayonner à l'échelle de l'Hexagone, voire même au-delà, en faisant appel à des cabinets de recrutement et prestataires externes.

« En fonction des postes, nous pourrions avoir avec des profils recrutés à l'échelle nationale, voir dans certains cas, une poignée de candidats que l'on va chercher jusqu'en Asie ou aux États-Unis pour certains postes cadres », glisse Pascal Lobry.

Des embauches à Singapour, mais aussi au sein de sa filiale

56 postes seraient ainsi déjà ouverts et affichés en France, tandis qu'une quarantaine demeureraient encore à venir. Et c'est sans compter une centaine d'autres recrutements, prévus également sur son site de Singapour (Asie), où Soitec a déployé une usine de production dédiée à ses substrats de silicium en 300mm, ainsi qu'une unité commerciale. « Nos capacités de production en France étant déjà en passe d'être saturées, nous comptons sur notre site de Singapour pour nous permettre de monter en volume l'an prochain, mais également de renforcer notre présence auprès de nos clients sur place, avec des recrutements sur le volet business développement », indique Paul Boudre.

Ce vent de nouvelles têtes devrait également toucher, en parallèle, sa filiale Dolphin Intégration. Co-détenue à 60% par Soitec et à 40% par MBDA, cette entité basée elle aussi à Grenoble et spécialisée dans la conception de circuits intégrés ASIC/SoC, s'apprête également à recruter « environ 10% d'effectifs supplémentaires en 2021 », après avoir amorcé un recentrage de ses activités, tout en développant une nouvelle activité liée au design de circuits liés à la technologie FD-Soi développée par Soitec.

« Cela leur a permis de développer une approche très innovante auprès de grands clients, afin de soutenir l'introduction de la technologie FD-SOI -développée par Soitec ndlr- dans de nouvelles applications liées à l'intelligence artificielle et la reconnaissance faciale, tout en minimisant la consommation d'énergie des circuits », confie Paul Boudre.

Demeurer en « avance de phase », en relevant les investissements

Alors qu'une telle campagne de recrutements pourrait être synonyme, pour d'autres, d'un pari fou en pleine crise sanitaire, Paul Boudre relativise :

« Si l'on regarde l'histoire, à chaque fois qu'une crise mondiale s'est produite, qu'elle ait été économique ou issue d'une pandémie, cela a eu pour effet d'accélérer l'innovation. Toutes les transformations des 30 dernières années se sont faites autour de la microélectronique (smartphones, objets et équipements connectés, etc) et cette pandémie nous oblige à nouveau à fonctionner différemment », indique le Ceo.

« Nous étions déjà 800 en 2015 et près de 1.300 aujourd'hui sur notre site de Bernin. Nous suivons avant tout notre propre calendrier, sans volonté de nous baser sur le contexte extérieur », ajoute le DRH Pascal Lory, même s'il admet qu'en temps de crise, son programme Elevate pourrait aussi permettre au groupe de séduire un plus large vivier de jeunes talents. « Cela va nous permettre de mettre en lumière nos métiers qui ne sont pas toujours très bien connus. D'autant plus qu'en l'absence de concurrent direct, nous prévoyons toujours un temps d'acclimatation à nos process et notre technologie lors de nos recrutements », avance-t-il.

Pour Soitec, cette annonce résonne aussi comme la concrétisation d'une stratégie de transformation interne, amorcée il y a cinq ans, et qui visait à lui donner une longueur d'avance sur son marché en misant sur le développement de nouveaux substrats SOI, capable de supporter de nouveaux usages. Appuyé sur 3.300 brevets en interne, il en avait profité pour collaborer plus étroitement avec le centre de recherche du CEA Leti de Grenoble, en bâtissant des équipes mixtes de recherche.

Une fois de plus, l'entreprise en aura d'ailleurs profité pour accélérer son innovation, en relevant son capex d'investissement qui passe, pour l'exercice 2020/2021 de 100 à 135 millions d'euros.

« Cet argent va être dépensé essentiellement à travers de nouveaux équipements de production, et notamment au sein de notre nouvelle plateforme industrielle de Bernin qui va être utilisée pour produire de nouveaux filtres utilisés dans le cadre des applications 5G », affirme Paul Boudre.

Vers la 5G et au-delà

Le géant des matériaux semiconducteurs vient par ailleurs de signer des contrats clés avec le leader américain des composants électroniques Qualcomm, pour la fourniture de nouveaux matériaux destinés à la 5G. « Les briques technologiques sont déjà là pour répondre à la demande actuelle, mais le lancement de la 5G représente lui-même 10 ans d'innovations à venir, tout comme la 4G à l'époque », estime-t-il.

Avec, parmi les défis qu'il compte bien continuer à adresser pour rester en « avance de phase », celui d'améliorer encore la consommation énergétique de ses matériaux, qui entreront demain dans la composition du téléphone, des voitures, ou encore des objets connectés comme les machines à café intelligentes.

Résultat ? « Nous ressortons quelque part de cette crise plus fort que nous n'y sommes entrés, car l'accélération se trouve encore devant nous sur les prochaines années à venir. De même qu'il n'existe pas aujourd'hui de téléphone 4G sans une technologie issue de Soitec, il n'y aura pas de téléphone 5G sans nous également ».

8 mn

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 4
à écrit le 06/01/2021 à 5:03
Signaler
Leader mondial dans la production de semi-cond... bla, bla ! Bien sur devant les USA, Taiwan, La Coree du sud etc. Comment se decredibilser en quelques mots.

le 06/01/2021 à 7:36
Signaler
SOITEC est bien le leader mondial dans la production de silicium sur isolant SOI grâce à un procédé mis au point au CEA Grenoble. Avant de poster des bêtises renseignez-vous!

le 06/01/2021 à 12:35
Signaler
@matins calmes Qui s’énerve, pas être crédible ! Soitec : leader mondial >> de la production de matériaux << semi-conducteurs être exact ! Matériaux SOI (Silicon On Insulator ou Silicium sur Isolant) pour transistors et processeurs. Bridés (Corée...

à écrit le 05/01/2021 à 18:55
Signaler
Ca dépote ! Il bien déjà y avoir quelques dizaines de millions de gain sur les licences, et l'expertise et conseil. Dans le même style que GTT. Des extraterrestres.

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.