Sa première usine tout juste livrée, le clermontois Afyren prêt à concurrencer le pétrole avec ses acides bio-sourcés

Elle vise à produire des acides bio-sourcés, à partir de résidus agricoles. Le tout, en vue d'entrer dans la composition de produits très variés : conservateurs alimentaires, solvants, additifs cosmétiques, lubrifiants... Et bientôt, le pari de la pépite clermontoise Afyren deviendra réalité : car après une création en 2012 suivie d'une introduction en Bourse en 2021, elle vient de boucler les travaux de sa première usine de production dans le Grand-Est. Avec désormais, une mise en production de ses sept acides organiques biosourcés dès le courant 2022, dans un contexte qui s'annonce porteur.

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Cette usine sort de terre alors que le marché français (mais aussi européen) est de plus en plus attentif aux solutions industrielles bas carbone qui réduisent notamment leur empreinte CO2 : et c'est justement ce que propose le processus de production d'Afyren Neoxy, en se basant sur la valorisation de dérivés de l'industrie sucrière (betterave).
Cette usine sort de terre alors que le marché français (mais aussi européen) est de plus en plus attentif aux solutions industrielles bas carbone qui réduisent notamment leur empreinte CO2 : et c'est justement ce que propose le processus de production d'Afyren Neoxy, en se basant sur la valorisation de dérivés de l'industrie sucrière (betterave). (Crédits : DR/Afyren)

La startup industrielle clermontoise Afyren confirme sa montée en puissance : après une entrée en Bourse sur Euronext Growth qui lui avait permis de recueillir 70,4 millions d'euros à l'automne 2021, place à la concrétisation sur le plan industriel.

Sa filiale, Afyren Neoxy, créée spécifiquement pour industrialiser sa production industrielle d'acides organiques naturels en 2018, en partenariat avec le fonds Spi de Bpifrance, vient de terminer les travaux de sa première usine.

Installée dans le Grand-Est, en Moselle, celle-ci prévoyait en effet d'être opérationnelle "début 2022" afin d'atteindre, à sa vitesse de croisière, une production de 16.000 tonnes d'acides chaque année. De quoi représenter une économie de 150.000 tonnes de C02 par rapport à des ingrédients issus du pétrole. Avec à la clé, une soixantaine d'emplois à terme.

Vendredi, la jeune pousse a confirmé que le chantier de construction venait de s'achever "dans les temps". Tous les équipements ont en effet été livrés et le processus de démarrage est en cours, avec une première phase de tests en cours qui débouchera sur une mise en production courant 2022 des premiers lots d'acides organiques biosourcés.

Avec désormais, plus de 70 collaborateurs répartis entre sur ses sites de Lyon, Clermont-Ferrand et Carling Saint-Avold.

Une première étape qui vient dérisquer l'investissement

La fin de ce chantier résonne déjà comme une étape clé à double titre pour la jeune pousse, qui venait de quitter le classement de la FT120 "par le haut" après avoir annoncé en septembre dernier son introduction en Bourse sur Euronext Growth.

Car celle-ci va notamment permettre à Afyren de générer bientôt des premiers revenus en volume, mais aussi de "dé-risquer" l'investissement nécessaire jusqu'ici pour amener sa technologie sur le marché.

Son directeur général, Nicolas Sordet, rappelle en effet à La Tribune que la construction d'une usine est souvent l'affaire de deux années de travaux, qui sont de plus, intervenus pour Afyren durant la période Covid. "Mais nous avons tout de même réussi à tenir les délais, mais aussi les coûts, grâce à un travail intense des équipes. Nous avons même gardé une petite marge pour réaliser, si nécessaire, des ajustements de production".

Une bonne nouvelle également pour les finances de la jeune pousse, dont l'exercice 2021 avait été complexifié par la crise sanitaire : son chiffre d'affaires avait en effet été légèrement revu à la baisse (de 3,99 millions d'euros en 2020 à 3,04 millions en 2021), et comprenait une perte nette de 3,61 millions d'euros à fin 2021 (contre 2,13 millions l'année précédente), en raison notamment des investissements liés à son industrialisation. Sa trésorerie demeurait toutefois à 67,13 millions d'euros, en vertu de l'augmentation de capital réalisée dans le cadre de son introduction en Bourse.

Nicolas Sordet estimait ainsi que "2021 aura été un exercice transformant pour Afyren" :

"Nous avons désormais les ressources financières et un premier outil industriel pour accélérer l'accomplissement de notre raison d'être : rendre possible une industrie bas carbone et circulaire en apportant des solutions biosourcées bâties pour et avec notre environnement". Avec la perspective d'atteindre un chiffre d'affaires déjà évalué à 150 millions d'euros pour 2027.

60% de la production de sa première usine déjà sécurisée

De plus, cette usine sort de terre alors que le marché français (mais aussi européen) est de plus en plus attentif aux solutions industrielles bas carbone qui réduisent notamment leur empreinte CO2 : et c'est justement ce que propose le processus de production d'Afyren Neoxy, en se basant sur la valorisation de dérivés de l'industrie sucrière (betterave).

"Nous partons d'une première étape de fermentation, basée sur des micro-organismes naturels et qui ne sont pas génétiquement modifiés, avant de passer à une technologie dérivée de la chimie classique et qui nous permet d'extraire les molécules les unes des autres et de les purifier en allant jusqu'à rencontrer les standards de l'industrie pétrosourcée", affirme Nicolas Sordet.

Résultat ? Son process s'affiche comme "cinq fois moins énergivore" que les procédés traditionnels, et surtout bio-sourcé. Et c'est justement l'argument qui a déjà convaincu plusieurs industriels à sauter la pas : "Nous avons sécurisé à ce jour 60% de la production de notre première usine, et nous avions déjà annoncé, parmi notre portefeuille, trois contrats : l'un dans le domaine de la distribution des arômes et parfums, ainsi que deux autres dans le champs de nourriture humaine et animale, tandis qu'un certain nombre de nouveaux contrats sont encore en cours de discussions".

Car le monde de la chimie verte intéresse tout particulièrement depuis la crise Covid : "Les industriels sont intéressés à la fois par le fait d'intégrer plus d'ingrédients naturels et biosourcés dans leurs produits, mais aussi par la réduction de leur empreinte carbone, ce qui passe soit par une transformation de leur propre mix énergétique, soit par une baisse des impacts de leurs intrants et matières premières", détaille le directeur général d'Afyren.

D'autant plus que sur ce terrain, la jeune pousse clermontoise dispose d'un argument de taille : près de 99% des molécules, actuellement présentes sur ces marchés, demeureraient à ce stade fournies par des dérivés de l'industrie pétrochimique.

Des visées en Asie et aux Etats-Unis pour une production locale et "adaptée"

"Mis à part quelques acteurs qui fournissent sporadiquement une molécule ou une autre, il n'existe pas d'industriel qui soit présent aujourd'hui avec une technologie concurrente de la nôtre, sur l'ensemble de notre portefeuille".

D'autant plus qu'Afyren a dès à présent la volonté d'adresser des marchés assez larges à l'échelle européenne, allant des conservateurs alimentaires aux solvants, en passant par des additifs cosmétiques ou lubrifiants... "Cette diversité est un élément de complexité au départ, mais elle fait aujourd'hui notre force car nous ne sommes pas exposés à un marché en particulier et nous permet d'être résilient en dépit des évolutions de certains marchés", juge Nicolas Sordet.

Résultat ? Afyren planche d'ores et déjà sur l'implantation de deux nouvelles usines : en Asie dès 2024 et aux Etats-Unis, avec l'ambition de développer une offre locale à destination de ces marchés : "l'un des grands atouts de notre technologie est qu'elle peut s'adapter aux matières premières présentes sur place", glisse Nicolas Sordet, qui préfère cependant demeurer discret sur leur énumération à ce stade.

L'heure des investissements, post-augmentation de capital

Fondée en 2012 par Jérémy Pessiot (doctorant en microbiologie et bioprocédés) et Nicolas Sordet (professionnel de la finance), le deeptech clermontoise est le fruit de 10 années de recherche et visait en premier lieu à répondre au besoin croissant des industriels de réduire l'utilisation des dérivés pétroliers au sein de leur chaîne de production.

Pour cela, elle avait fait le choix de se pencher sur la production de biomolécules issues de la revalorisation de biomasse non alimentaire, largement utilisées dans les secteurs de la nutrition humaine et animale, de la cosmétique, des arômes et parfums et de la chimie fine. Sa méthode consiste notamment à produire sept acides organiques entièrement biosourcés à partir de résidus de l'industrie sucrière (betteraves).

Pour ses travaux, elle avait notamment remporté le Concours Mondial d'Innovation 2030 dans la catégorie « Protéines végétales et chimie du végétal » et avait intégré durant deux années de suite (2020 et 2021) le classement French Tech120.

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