Aux côtés (entre autres) de Total Energies, le cimentier Vicat va faire pousser de la spiruline avec son CO2

Le groupe cimentier français lance une nouvelle expérimentation, dans le cadre d'un consortium national, auquel participe notamment Total Energies : alimenter en CO2 et en chaleur des bassins de microalgues destinées à la fabrication de compléments alimentaires et de biocarburants.

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Le cimentier Vicat (10.000 salariés, CA 2020 : 2,7 milliards d'euros) expérimente actuellement, sur son usine iséroise de Montalieu-Vercieu, la valorisation de son CO2 et de la chaleur fatale de ses fours à destination de la culture... d'algues.
Le cimentier Vicat (10.000 salariés, CA 2020 : 2,7 milliards d'euros) expérimente actuellement, sur son usine iséroise de Montalieu-Vercieu, la valorisation de son CO2 et de la chaleur fatale de ses fours à destination de la culture... d'algues. (Crédits : DR)

Le marché mondial de la spiruline, cette micro-algue dont les bienfaits en matière de santé sont de plus en plus prisés par les consommateurs, explose. Les experts estiment ses perspectives de croissance à plus de 10% par an jusqu'à, au moins, 2025 pour atteindre 630 millions de dollars à cette date, avec une production d'environ 68.000 tonnes.

Ainsi, selon une étude de la Fédération des Spiruliniers de France et Darwin Nutrition, la France en consommerait même actuellement environ 400 tonnes par an. Mais 90% de ce volume serait importé, principalement depuis l'Inde, la Chine et les Etats-Unis, trois pays où la production dans de grandes fermes industrielles permet des coûts compétitifs.

En même temps, au cours des ces cinq dernières années, le nombre de producteurs français de spiruline aurait néanmoins doublé, avec 133 producteurs français en 2019 pour un volume global de 40 tonnes annuelles. En 2022, ce volume devrait être porté à 80 tonnes.

Un marché où l'on n'attendait pas (vraiment) Vicat

C'est dans ce contexte de recherche de performance et de développement de la filière française de spiruline que le cimentier Vicat (10.000 salariés, CA 2020 : 2,7 milliards d'euros) expérimente actuellement, dans son usine iséroise de Montalieu-Vercieu, la valorisation de son CO2 et de la chaleur fatale de ses fours... pour la culture d'algues.

Une expérimentation qui, en matière de décarbonation de son industrie, est "epsilonesque" au regard d'autres chantiers menés par le cimentier en particulier sur le sujet de l'hydrogène...

Mais elle permet, selon Renaud Claie (directeur de l'excellence opérationnelle et directeur des projets ciments), "de créer de l'emploi sur les territoires où Vicat est implanté et de participer à des initiatives innovantes sur la question de la transition écologique". Un sujet sur lequel le groupe a déjà amorcé plusieurs initiatives pour atteindre un objectif d'empreinte carbone neutre en 2050.

Valorisation du CO2

Ce projet, baptisé CimentAlgue, est porté par un consortium composé de Vicat donc, mais aussi de l'entreprise Algosource (Pays de la Loire) spécialisée dans la spiruline, de l'Université de Nantes, de l'ADEME, mais aussi du groupe Total Energies.

Il s'agit pour eux de tester la culture, sur deux ans, de deux types d'algues : la spiruline et la nannochloropsis. La première est ainsi destinée à des compléments alimentaires pour les hommes et les animaux, tandis que la seconde vise à développer à des biocarburants nouvelle génération, sujet qui intéresse au plus haut point le groupe Total.

Cultivées dans de grands bassins adossés à la cimenterie iséroise, leur croissance doit être boostée grâce à l'utilisation de la chaleur fatale des fours et à la récupération du CO2. Deux ingrédients qui, ajoutés à la lumière, permettent en effet d'accélérer le processus de photosynthèse de ces plantes.

"Grâce à des composants qui normalement sont rejetés, nous allons les aider à grandir", s'enthousiasme Renaud Claie, chiffrant ainsi le procédé : "un kilo de biomasse d'algues va consommer 1,8 kilo de CO2. C'est évidemment très peu par rapport à notre production de CO2 mais le sujet de la décarbonation de notre industrie n'est pas central dans CimentAlgue".

En revanche, une augmentation de la production française de micro-algues permettra d'économiser leur transport depuis des pays éloignés. L'investissement global nécessaire à ce projet s'élève à deux millions d'euros, et bénéficie d'un soutien à travers une subvention de l'Ademe, tandis que Vicat prend en charge la construction du démonstrateur.

"D'ici les deux prochaines années, l'ambition est de parvenir à un process rentable et compétitif, afin qu'un des partenaires du consortium puisse ensuite le dupliquer ailleurs et développer ainsi, de manière significative, la filière française".

Avec, comme premier jalon, une production espérée à une tonne d'algues chaque année à travers cette première phase de R&D.

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