Précarité étudiante : après Lyon, "1 Cabas pour 1 Etudiant" se décline à l’échelle nationale

Lancée début février 2021 à Lyon, l’initiative « 1 Cabas pour 1 Etudiant » voit plus grand. Car après avoir choisi d’aider les étudiants métropolitains en mettant en relation des parrains pour les aider tout en créant du lien à l’échelle de leur quartier, les deux fondatrices de ce « panier solidaire en ligne » veulent contribuer à réduire la question de la précarité étudiante, en ouvrant la plateforme à l’ensemble de l’Hexagone.

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La plateforme #1CabasPour1Etudiant se charge de mettre en contact des filleuls étudiants et des parrains qui souhaitent leur offrir une aide en misant sur la proximité géographique, à l’échelle d’un quartier, d’un arrondissement, ou encore d’une ville.
La plateforme #1CabasPour1Etudiant se charge de mettre en contact des filleuls étudiants et des parrains qui souhaitent leur offrir une aide en misant sur la proximité géographique, à l’échelle d’un quartier, d’un arrondissement, ou encore d’une ville. (Crédits : Pexels/CC0 License.)

Lorsqu'elles ont lancé leur plateforme, il y a quelques semaines sur le bassin lyonnais, elles n'imaginaient pas rencontrer un tel succès. Marion Dolisy-Galzy et Anne Wuattier ont eu l'idée de proposer tout simplement « 1 Cabas pour 1 Etudiant » alors qu'elles faisaient leurs courses, comme tout le monde...

« Face à une étudiante qui faisait l'addition sur son téléphone portable en plein supermarché, je suis ressortie en me disant qu'il devait y avoir des dizaines d'étudiants comme elle autour de chez moi, et qu'il fallait trouver un moyen pour agir », se souvient Marion Dolisy.

C'est en tant que citoyenne tout d'abord, et accessoirement oeuvrant dans le secteur de la communication, qu'elle s'est alliée avec sa collègue Anne Wuattier pour apporter sa pierre à l'édifice, de manière 100% bénévole.

« L'idée était de compléter les dispositifs de paniers proposés par les associations existantes, en mettant en lien des étudiants et des parrains qui souhaiteraient leur apporter leur aide à côté de chez eux, en se servant de la géolocalisation », ajoute-t-elle.

Il n'en fallait pas beaucoup plus pour qu'un site internet comme « 1 Cabas pour 1 Etudiant » voit le jour, avec un principe simple : utiliser la puissance du digital, pour « pairer » les étudiants ayant besoin d'un coup de pouce, et les parrains soucieux d'aider en entrant leur code postal. Avec, en moyenne, une distance de l'ordre de 2 à 3 km maximum. « Le plus proche que nous ayons fait est une distance de 53 mètres, soit à peine l'entrée d'à côté ! ».

C'est au vu du succès rencontré en seulement quelques semaines, et aux demandes affluant des quatre coins de la France, que les deux fondatrices ont décidé de lancer leur concept à plus large échelle.

Car déjà, la plateforme lyonnaise a su agréger près de 1.000 étudiants pour 1.000 parrains, dont 90% sont basés en région lyonnaise. Mais cela aussi à Angoulême, Angers, Paris, Lille, Strasbourg, Grenoble, Chambéry, Saint-Etienne, Moulins... « Lorsque l'on regarde la carte de France, il commence à y avoir des points un peu partout... », glisse Marion Dolisy.

Car en ayant désormais automatisé certaines de ses fonctions, la plateforme -qui vérifie la carte étudiants des jeunes, en plus de demander les coordonnées des parrains et filleuls-, peut ainsi traiter « jusqu'à une cinquantaine de nouvelles demandes par jour ».

Dans le cabas, le plaisir de la rencontre aussi

Celle qui se pose un peu comme le « Tinder du panier étudiant » veut aller bien plus loin qu'une simple aide financière, en offrant également la possibilité de recréer du lien social à l'échelle d'un quartier, mais aussi entre les générations.

« Le cabas est un peu le point de départ, pour que les citoyens puissent s'investir dans un lien de parrainage. Car nous ne cherchons pas uniquement des livreurs de pâtes et de riz », rappelle Marion Dolisy.

Le concept se veut notamment comme une porte de sortie au phénomène grimpant de l'isolement en pleine pandémie, en profitant de cette occasion pour demander des nouvelles d'un étudiant, lui ajouter un objet vecteur d'évasion ou de plaisir, comme un livre, une BD...

 « Nous étions déjà dans une société où, avant le Covid, le contact au sein de l'espace public s'était effiloché, délité, avec des gens qui restent devant leurs écrans. Nous avions envie de remettre du lien au cœur de la société et de marquer le retour d'une forme de solidarité de proximité », avance-t-elle.

« 1 Cabas pour 1 Etudiant » permet donc aux citoyens de se rencontrer, tout en respectant les contraintes sanitaires puisque les remises de courses sont, pour la plupart, effectuées à l'extérieur. Avec, l'idée de pouvoir livrer des paniers adaptés aux besoins des étudiants, en respectant à la fois leurs goûts et leurs allergies par exemple.

« Ce n'est pas parce qu'ils ont faim, que les étudiants n'ont pas le droit d'avoir des goûts, ou des préférences. C'est pourquoi on incite les parrains à discuter avec leur filleul et à voir avec lui quelles sont ses habitudes, ce dont il aurait envie ou besoin », précise la cofondatrice.

Elle cite en exemple le cas d'une personne lui ayant rapporté que sa filleule était allergique à plusieurs aliments : « pour elle, il serait tout simplement impossible d'avoir recours à la distribution alimentaire ».

Bien que les parrains acceptent, sur le principe, de s'engager auprès d'un jeune pour une durée indéterminée, ils sont bien entendu libres de stopper à tout moment et définir le contrat moral qui les unit à leur filleul à leur guise. « On voit un peu de tout : certaines personnes qui remplissent des paniers tous les 10 jours, ou bien une ou deux fois par mois », avance Marion Dolisy.

Une crise qui multiplie les accidents de parcours

Depuis leur démarrage, les deux fondatrices ont remarqué l'émergence d'une grande diversité de profils au sein de la population étudiante ayant recours à leurs services.

« Avec cette crise, on voit que l'on est très loin des populations qui pouvaient faire appel jusqu'ici à l'aide alimentaire... Nous n'avons pas uniquement un public de boursiers, mais aussi des étudiants d'écoles privés dont les parents n'arrivent plus à joindre les deux bouts, qui ont perdu leur emploi, etc », constate la cofondatrice.

Et d'ajouter : « On a même rencontré une étudiante qui n'avait pas mangé de fruits ou de légumes frais depuis six mois, et qui ne se nourrissait que de pâtes ou de riz ! »

L'initiative, désormais structurée sous forme statut d'association de loi 1901, est soutenue par des entreprises privées devenues mécènes, et a également déposé des demandes de subventions auprès de collectivités comme la Région, mais également de fondations, comme celle de la Caisse d'Epargne Rhône-Alpes.

L'un de ses grands enjeux sera encore de communiquer largement, notamment à travers l'impression de et la distribution de flyers ainsi que sur les réseaux sociaux, pour se faire connaître bien au-delà des frontières de la métropole lyonnaise.

« Nous avons été bien relayés au sein du notre milieu professionnel ainsi que dans le monde de l'entreprise, mais nous cherchons encore à nous faire connaître des jeunes, qui sont, depuis cette pandémie, bien souvent enfermés dans leurs chambres d'étudiants », rapporte Marion Dolisy.

Les deux lyonnaises auraient déjà développé des contacts avec les acteurs du monde associatif, qui verraient d'un bon œil l'arrivée d'un acteur complémentaire. « Bien souvent, ces associations sont très contentes de voir un dispositif comme celui-ci arriver, car cela permet de les soulager et de compléter leur action », ajoute Marion Dolisy. Et cela, dans un contexte où près d'un jeune sur cinq était déjà considéré en situation de précarité avant la pandémie... « Or, on voit bien que les choses ne vont pas s'améliorer avec cette crise et il faudra probablement du temps avant que certains parviennent à retrouver un meilleur niveau de vie ».

D'ailleurs, « 1 Cabas pour 1 Etudiant »  serait regardée de près par le gouvernement, sans pour autant qu'un soutien financier n'ait été annoncé à ce stade.

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Commentaire 1
à écrit le 19/04/2021 à 10:21
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Une crise qui renforce hélàs les réseaux complètement ravagés par la cupidité de leurs membres. On va encore plus passer à côté des bons éléments.

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