Microbiote : cette alliance public-privé qui vise à faire émerger un champion européen

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Actuellement, la France est encore leader européen dans le domaine du microbiote, mais les partenaires de cette nouvelle alliance rappellent que la compétition commence à être forte.
Actuellement, la France est encore leader européen dans le domaine du microbiote, mais les partenaires de cette nouvelle alliance rappellent que la compétition commence à être forte. (Crédits : Bioaster)
Après l'enjeu des vaccins et de la bioproduction, la France veut repositionner ses filières d'excellence, mais aussi mieux les défendre. Après le Grand Défi national pour la bioproduction, une autre initiative part de Lyon, avec l'objectif de rayonner de manière bien plus large. Lancée fin mars, la nouvelle Alliance Promotion Microbiote rassemble une quinzaine d’acteurs publics et privés avec un objectif : faire de la France le nouveau leader européen du microbiote.

Alors que le Covid-19 a replacé les enjeux de santé publique mais également de recherche sur le devant de la scène, la France pourrait bien tenter de s'illustrer dans un nouveau domaine : celui du microbiote.

Chez l'être humain, on distingue plusieurs types de microbiotes : intestinal, cutané, vaginal...  Désignant l'ensemble des micro-organismes présents dans un environnement spécifique, ce champs ouvrirait également de nouvelles perspectives thérapeutiques pour de nombreux enjeux de santé publique. Car la science du microbiote est récente mais ses applications sont potentiellement très nombreuses : cancérologie, autisme, dépression, maladie de Parkinson, etc.

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Mais surtout, elle ferait partie des grands axes stratégiques sur lesquels la France pourrait avoir encore des cartes à jouer, pour se tailler une forme de souveraineté et déployer une filière innovante :

"Nous avons voulu lancer une Alliance du microbiote car il s'agit d'une science émergente, avec le début des premiers travaux scientifiques datant de 2010, explique Hervé Affagard, président de MaaT Pharma, une jeune pousse lyonnaise spécialisée dans le microbiote.

Une filière d'excellence, sur laquelle la France peut d'ailleurs revendiquer une avance, et sur laquelle la réglementation de l'Agence nationale du médicament (ANSM) s'est très tôt mise en marche. "Nous avons donc un cadre suffisamment fort pour lancer nos entreprises", estime-t-il.

Une quinzaine de partenaires, à visée nationale

"Néanmoins, il existe aujourd'hui une forte concurrence internationale, en particulier aux États-Unis et en Europe. Nous voulons offrir un cadre propice au développement des entreprises et sur le plan de la recherche translationnelle", détaille-t-il.

C'est pourquoi il a initié le lancement de l'Alliance Promotion Microbiote, qui a vu le jour officiellement le 29 mars dernier, et qui rassemble une quinzaine d'acteurs d'envergure nationale, dont cinq d'Auvergne-Rhône-Alpes : Bioaster, Biose Industrie, Lyonbiopôle, MaaT Pharma et Nexbiome.

"L'impulsion a été donnée à Lyon, mais l'Alliance a une vocation nationale. Elle rassemble des sociétés venant de partout en France*", indique Hervé Affagard.

"On voit avec le Covid que l'innovation vient des biotechs et qu'il est important que des startups puissent se développer, commente-t-il. Notre objectif est de structurer et fédérer la filière, pour faire de la France le leader européen du microbiote".

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Dans le monde, le marché global du microbiote pourrait atteindre 1,3 milliard de dollars dès 2026 et à minima 10 milliards de dollars en 2030.

En France, les membres de l'Alliance comptent déjà plus de 1.320 collaborateurs et la filière a levé 300 millions d'euros, dont 111 millions en 2020. Par ailleurs, 130 familles de brevets sont détenues pas des structures françaises dans ce domaine.

"Les enjeux de cette Alliance sont de se fédérer pour travailler entre nous, mais aussi de faire des propositions au niveau du gouvernement sur les cadres réglementaires, sur les financements, etc. Il existe beaucoup d'appels à projets en santé et nous voulons mettre en avant  le fait que le microbiote représente une médecine de rupture. On veut être sûrs de pouvoir compter sur le microbiote au niveau des orientations stratégiques", développe Hervé Affagard.

Le défi de la nouveauté

Pour lui, le plus gros défi à relever reste le caractère novateur de ce marché, dans tous les sens du terme.

"Il n'y a encore aucun produit approuvé dans le monde qui repose sur les bactéries qui cohabitent avec l'être humain. Il y a des challenges réglementaires, mais aussi en matière de remboursement, de comparable pour tester nos médicaments, etc. Nous avons l'impression d'être des aventuriers qui arrivent dans une jungle ou jamais personne n'est encore passé !", rapporte Hervé Affagard.

Il estime notamment qu'un "travail d'éducation est nécessaire, car il est difficile d'arriver dans un milieu avec une innovation aussi disruptive que la nôtre".

Vincent Thomas, responsable des programmes microbiote chez Bioaster, également membre de l'Alliance, ajoute que "l'un des défis techniques des entreprises qui travaillent dans le microbiote sera de développer de produits qui conviennent à chacun d'entre nous, alors que nos microbiotes sont différents."

Par ailleurs, il relève aussi les enjeux de financement de la filière, qui nécessitent là encore des enveloppes importantes. "Chez Bioaster, nous travaillons aussi avec des sociétés américaines et nous constatons qu'elles ont des facilités de financement plus importantes que les acteurs européens, et français en particulier ", pointe-t-il.

Actuellement, la France est encore leader européen dans le domaine du microbiote, mais "il faut désormais qu'on se batte, car tout le monde a compris que le microbiote était la médecine de demain. L'Angleterre notamment, se développe très fortement dans ce domaine", met-il en garde.

L'avance française

En France, trois sociétés ont terminé leurs essais cliniques de phase II. C'est le cas de MaaT pharma, qui travaille sur la maladie du greffon contre l'hôte, une pathologie qui touche 840 patients en France.

"C'est une maladie de niche, qui concerne 11.000 patients au niveau mondial. La plupart des patients sont leucémiques et font un rejet de greffe. La mortalité est très élevée pour cette maladie. La survie des patients est de 22 % à 2 mois. Nous avons terminé notre essai de phase II et nous souhaitons pouvoir lancer notre phase d'enregistrement d'ici la fin de l'année. Notre produit est déjà disponible sous forme d'Autorisation temporaire d'utilisation (ATU) et plusieurs dizaines de patients en ont déjà bénéficié", détaille Hervé Affagard.

Les applications du microbiote seraient en effet nombreuses, notamment en cancérologie, "puisqu'il a été montré que les traitements d'immunothérapie avaient une meilleure efficacité en fonction de la composition du microbiote. Il a aussi été mis en évidence l'existence d'un axe intestin-cerveau, c'est-à-dire une communication entre le microbiote intestinal et le cerveau, avec un rôle possible dans l'autisme, la dépression, ou encore la maladie de Parkinson. Le champs de développement potentiel est énorme !" s'enthousiasme Vincent Thomas.

Dans ce contexte, les chantiers de la toute nouvelle Alliance Promotion Microbiote seront nombreux. "Nous travaillons sur une analyse sectorielle que nous allons rendre publique et nous réfléchissons déjà à des projets collaboratifs au sein de l'Alliance", envisage Hervé Affagard.

Avec également, l'objectif de mieux sensibiliser et éduquer les pouvoirs publics et les informer sur le développement des produits, les horizons de développement, les aires thérapeutiques ciblées, etc. L'objectif : peser, mais également être mieux inclus dans le stratégies gouvernementales à venir, comme celle du plan de relance. "Nous pouvons développer des produits en France, pour les Français. C'est un enjeu d'indépendance sanitaire important", rappelle Hervé Affagard.

*L'Alliance Promotion Microbiote compte actuellement les membres suivants : Bioaster, Biocodex, Biofortis, Biose Industrie, INRAe, DaVolterra, Eligo Bioscience, GMT, Lyonbiopôle, MaaT Pharma, Nexbiome, Novobiome, Pharmabiotic Research Institute, Seventure Partners, Targedys, Ysopia Bioscience.

(avec ML)

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