Le torchon brûle entre l'Etat et les acteurs de la montagne

Pour les professionnels de la montagne, c’est la douche froide, voire même la stupéfaction… Au lendemain d'un échange avec le premier ministre Jean Castex, les acteurs de la montagne s'estiment trahis par la décision d'Emmanuel Macron, qui vient de fermer la porte à une réouverture des stations avant la mi-janvier. Une clause de revoyure est d'ores et déjà demandée au 5 décembre prochain, alors que d'autres massifs européens seront ouverts.

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Les professionnels de la montagne français ne comprennent pas pourquoi leurs remontées mécaniques devraient rester fermées, alors que d'autres pays ont confirmé l'ouverture de leurs domaines à ce stade.
Les professionnels de la montagne français ne comprennent pas pourquoi leurs remontées mécaniques devraient rester fermées, alors que d'autres pays ont confirmé l'ouverture de leurs domaines à ce stade. (Crédits : DR)

La montagne deviendra-t-elle le nouveau sujet d'achoppement sur le terrain de la crise sanitaire ? Alors qu'une concertation venait d'être engagée avec les élus locaux et les professionnels des stations, le président de la république Emmanuel Macron a tranché net hier soir. Au risque de revenir sur une partie des discussions entamées par son Premier Ministre, Jean Castex.

Affirmant que des « décisions seront finalisées très prochainement », Emmanuel Macron a annoncé hier qu'il lui semblait « toutefois impossible d'envisager une ouverture pour les fêtes, et bien préférable de privilégier une réouverture courant janvier dans de bonnes conditions ». Et d'ajouter : « Nous nous coordonnerons sur ce point avec nos voisins européens ».

Au lendemain de cette annonce, les lignes téléphoniques se sont mises à chauffer dans les massifs de la région, et notamment dans les Alpes, où les acteurs de la montagne s'estiment sonnés, voire même trahis par une telle annonce. Pour Alexandre Maulin, le président de Domaines Skiables de France (DSF) qui fédère 412 opérateurs de domaines skiables, cette annonce résonne « comme une grande douche froide ».

« Nous venions de rencontrer la veille le premier ministre Jean Castex, qui s'était engagé à nous fournir une réponse par écrit sous 10 jours. Nous comprenions totalement que d'autres activités étaient prioritaires et qu'il fallait attendre la baisse de la pression au sein des hôpitaux, car les acteurs de la montagne sont des professionnels responsables », contextualise Alexandre Maulin, également exploitant des domaines skiables des Sybelles (Maurienne) et de SuperDevoluy (Hautes-Alpes).

Il ajoute : « Nous avions aussi tous compris qu'il ne fallait pas compter sur la clientèle étrangère et se fixer un objectif raisonnable vers le 19 décembre, ce qui nous laissait un laps de temps ».

S'estimant elle aussi « sous le choc » d'une telle annonce, Chantal Carlioz, présidente de l'agence Isère Attractivité, estime elle-même par voie de communiqué que « la situation est grave ». Et ajoute : « Dans cette période dramatique, je sais qu'on ne négocie pas avec la crise sanitaire...  mais néanmoins nous étions en discussions. Nous préparions avec l'ensemble des acteurs de la montagne l'ouverture des stations, et attendions la validation en cours du protocole sanitaire d'ouverture ». Elle aussi rappelle l'engagement de Jean Castex à communiquer une décision « en décembre ». « Aussi, c'est la stupéfaction et le désarroi dans nos rangs devant cette incohérence ».

« Des sommets d'incompréhension »

Plus que l'impératif sanitaire, c'est le timing de l'annonce qui interroge : « Pourquoi une telle précipitation, et même ce contre-ordre de l'Etat, alors que pour la première fois, l'ensemble des acteurs de la montagne venaient de se réunir pour travailler sur un protocole global, non pas à l'échelle de chaque activité mais à celle du territoire, afin qu'il n'y ait pas de trous dans la raquette », regrette le président de DSF, qui pointe que des réunions devait encore se tenir au courant des prochains jours pour finaliser différents scénarios.

Le député LR de la Savoie et co-président de Savoie Mont-Blanc Tourisme, Vincent Rolland, ne dit pas autre chose : « On atteint des sommets d'incompréhension et au mieux un sentiment de confusion, voire au pire de trahison, alors qu'une visioconférence qui réunissait lundi le premier ministre ainsi qu'une dizaine de membres du gouvernement avait permis de décider, d'un commun accord, de ne pas prendre de décisions avant le 5 décembre ».

Car même si les deux Savoie s'inscrivent dans le haut du tableau des taux d'incidence au niveau national, le député de Savoie rappelle « qu'au cours de la semaine dernière, le nombre de patients à l'hôpital et en réanimation en Savoie a diminué de 30%. Nous partons bien entendu d'un niveau élevé de surcharge, c'est pourquoi nous nous étions fixés un délai jusqu'au 5 décembre », rappelle-t-il.

Résultat ? Les stations de ski s'attendent désormais à perdre un volume d'activité qui représentait, 25 à 30% de leur chiffre d'affaires, dont 16% en moyenne pour les quinze jours des fêtes. Les professionnels de la montagne dénoncent également une autre forme d'ambiguïté puisque, si Emmanuel Macron a annoncé la fermeture des stations dans son annonce, c'est surtout celle des remontées mécaniques dont il est question.

« Qu'est-ce qui empêchera les gens de venir dans leurs résidences secondaires, de skier en randonnée ou de se balader en montagne, et surtout de se retrouver pour des fêtes privées dans des chalets ou des appartements ? », se questionne Laurent Duc, président de l'UMIH du Rhône.

« Bien entendu, on ne ferme jamais complètement une station : les propriétaires du chalet ou les personnes qui souhaiterait venir profiter des grands espaces et se balader au grand air pourront toujours le faire », évoque Joël Retailleau, le directeur général de l'Association Nationale des Maires de Stations de Montagne (ANMSM), qui évoque lui aussi des propos pénalisants pour l'économie de montagne dans son ensemble.

Des remontées fermées mais des hôtels ouverts ?

D'autant plus que l'hôtellerie, autorisée depuis ce second reconfinement à demeurer en activité, se retrouve ainsi prise entre deux feux. « Les hôtels sont les grands oubliés : on peut rester ouverts, mais qui va venir sans restaurants et sans remontées mécaniques ? », s'interroge Laurent Duc. D'ailleurs, Vincent Rolland reconnait que les hôteliers savoyards enregistrent déjà, depuis ce mercredi matin, des annulations en série pour la période des fêtes.

Et ce, alors que le niveau de réservations au coeur de stations demeurait déjà plus bas que les années précédentes : « Nous avions enregistré jusqu'ici en retard de réservation de 50 %, mais qui nous semblait normal au vu de la période actuelle et du reconfinement. Nous avions commencé à travailler sur l'embauche des saisonniers et avions demandé des éléments à la ministre du travail, Elisabeth Borne », indique le président de DSF.

En attendant que des dispositions concernant l'emploi des saisonniers soient en effet être précisées par le gouvernement ce jeudi, les réactions fusent. « Il ne fait pas oublier que ce sont des milliers de familles en Savoie qui vivent du tourisme, non seulement l'hiver, mais toute l'année. Car de nombreuses filières économiques dépendent du secteur pour une part importante de leur activité : BTP, viticulteurs, transporteurs, agriculteurs, etc », avance à son tour la députée LR de Savoie Emilie Bonnivard qui rappelle que la date du 20 janvier résonne comme « une éternité ».

Même chose pour Joël Retailleau à l'ANMSM, qui rappelle que la saison dernière, déjà clôturée de manière anticipée avec la première vague, a amputer le chiffre d'affaires de la saison de l'ordre de 20 %. «Et nous savions déjà que cette année ne serait pas au même niveau que la précédente avec l'absence probable des vacanciers étrangers ». Une situation qui pourrait également selon lui pénaliser les collectivités de montagne dans leurs investissements à venir, même si aucun chiffre n'est pour l'instant avancé à ce stade.

Un poids lourd économique régional

Un tel volume de pertes ne sera donc pas neutre pour la filière, dont la période des fêtes représente le cœur de l'activité : chaque année, la montagne accueille 10 millions de touristes (dont 25% d'étrangers) pour des retombées économiques estimées à 10 milliards d'euros en hiver, ce qui représente « 5% à 10% de l'économie du tourisme en France », selon des chiffres de DSF.

Et la région Auvergne-Rhône-Alpes, concentrerait à elle seule 3,4% de la richesse dégagée, grâce à la présence, sur son territoire, des plus grands domaines skiables alpins. Plus largement, le tourisme pèse lourdement au sein de la région, avec près de 21,2 milliards d'euros de retombées économiques générées chaque année (soit 8% du PIB régional), la plaçant même au rang de seconde région touristique française.

Un secteur qui pèse également lourd en termes d'emplois, puisque les différents acteurs (commerces, hébergements, écoles de ski, services en station) induisent directement chaque hiver près de 120.000 emplois. Soit autant de salariés à l'avenir redevenu un peu plus incertain depuis hier soir.

Difficile donc, d'imaginer que les aides de l'Etat, -y compris la nouvelle enveloppe exceptionnelle annoncée à hauteur de 20% de chiffre d'affaires calculé sur l'année précédente pour les établissements fermés administrativement-, ne viennent combler ce manque à gagner.

Cette décision passe d'autant plus mal que « les stations Suisses et Autrichiennes sont ouvertes, certaines stations italiennes ont également annoncé leur ouverture prochaine », évoque à son tour Chantal Carlioz.

Vincent Rolland, par ailleurs membre de la commission des affaires économiques, appelle d'ailleurs les députés Stéphane Travert, député LaRem de la Manche, et Julien Dive, député LR de l'Aisne, à ce que leur rapport, commandé par le gouvernement concernant l'impact économique du second confinement pour les acteurs de la montagne, inclue justement une clause de revoyure autour du 5 décembre prochain, « afin que l'on prenne des décisions en fonction de la situation actuelle du moment. »

Dans un tel contexte, les acteurs de la montagne n'excluent pas non plus de revenir toquer à nouveau à la porte du premier ministre pour demander des explications.

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Commentaires 7
à écrit le 26/11/2020 à 8:42
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Le problème majeur du secteur est qu'il est devenu tellement cher que ce n'est pas au sein de la population française qu'il trouvera des défenseurs ça fait belle lurette que les salariés ne peuvent plus emmener leurs enfants faire du ski en montagne,...

le 26/11/2020 à 14:58
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Bah non en fait moi il m'arrive d'aller au ski avec mes enfants et je connais des gens français qui font de même, nous ne sommes pas pauvres certes mais pas non plus "aisés" . Sachez qu'il y a des réduc par les CE d'entreprises pour les locs de skis...

à écrit le 25/11/2020 à 16:27
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il est vrai que j'ai déjà averti mon député hélas lrem de ma circonscription. Je ne voterai jamais pour quelqu'un de près ou de loin lié à Macron. Impossible! Quitte à choisir un incompétent ou un amateur autant choisir quelqu'un de neuf pas un ancie...

à écrit le 25/11/2020 à 15:49
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Pour l'instant, le problème ce serait plutôt celui de la neige . Rien ou quasiment rien sur les pistes !

à écrit le 25/11/2020 à 15:47
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Bonne nouvelle... Allez en Bavière Arrivée à Munich. Meilleures pistes d'europe entre 1 et 2 heures de train. Bonne nourriture, très bon service, très bon rapport qualité prix Ski de piste et ski de fond. Et encore plus de choix à quelques kilomè...

à écrit le 25/11/2020 à 14:10
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Les acteurs de la montagne sont surpris Mais reveillez-vous, l'adn du micron est le mensonge, la rouerie. Ce gonze est un cameleon, pardon aux cameleons. Ou plus simple pour vous dessiller, quand cet idiot dit noir, pensez blanc. En 22 votez, ma...

le 26/11/2020 à 14:48
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C'te troll de 1er niveau que vous faites là sérieusement...Manque quoi là à la fin, un "votez Marine!" ou "Jean-Luc" mais vous n'avez pas osé...

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