Biogaz : après avoir digéré son entrée en Bourse, Waga Energy sera-t-elle l’une des alternatives au gaz russe ?

DOSSIER BIOGAZ. Créée en 2015, la deeptech grenobloise Waga Energy s’est spécialisée dans la production de méthane issu des ordures ménagères. Un choix qui a pris une toute autre tournure depuis le démarrage de la guerre en Ukraine, et qui lui a permis, après un entrée en Bourse remarquée en octobre dernier, d’appuyer sur l’accélérateur dans ses ambitions, en matière de passage à l’échelle. Avec toujours, une cible de 100 installations à réaliser d’ici 2026 en France et à l’étranger.

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(Crédits : DR)

Il souhaite « raison garder », tout en évoquant des perspectives de marché au beau fixe. Quelques mois après son entrée en Bourse entre deux « crises » qui n'auront eu pour effet que de doper un peu plus l'attrait pour le marché du gaz vert, le président de Waga Energy, Mathieu Lefebvre, est pour le moins confiant : il vient d'enregistrer un chiffre d'affaires de 12,3 millions d'euros en 2021, en croissance de 29,6 %.

Et celle-ci s'avère tirée en premier lieu par l'augmentation de la production de biométhane :

Avec déjà dix unités (appelée Wagabox) entrées en exploitation en France (contre 3 seulement l'année précédentes) qui lui auront ainsi permis de produire 145 GWh de biométhane en 2021, le président a ainsi confirmé, la semaine dernière, son objectif d'atteindre les 100 unités en exploitation d'ici fin 2026, pour un chiffre d'affaires d'environ 200 millions d'euros.

La pépite cible toujours par ailleurs « la sécurisation d'un chiffre d'affaires récurrent de 400 millions d'euros, dès 2028 », et qui correspond notamment aux contrats de long terme (sur 10 à 15 ans) passés avec ses clients.

Car la plupart du temps, le grenoblois se pose à la fois en constructeur, développeur, investisseur et exploitant de ses installations, pour le compte de ses clients qui sont principalement des opérateurs de sites de stockages de déchets.

Selon ses estimations, il disposerait, face à lui, d'un marché potentiel de 20.000 sites d'enfouissement présents à l'échelle mondial, dont 220 en France. Son biogaz ainsi produit est ensuite revendu, sous la forme de contrats à long terme, à des énergéticiens.

« La crise ukrainienne a montré tout le potentiel du gaz renouvelable »

« Aujourd'hui, il est certes beaucoup plus facile de signer des contrats long terme sur ce marché avec des énergéticiens, compte-tenu des tensions sur les sources d'approvisionnement en gaz. La crise ukranienne a montré tout le potentiel du gaz renouvelable, qui aura une place importance à l'avenir au sein du mix énergétique », concède Mathieu Lefebvre.

D'ailleurs, le biométhane issu des décharges, à l'image de celui produit par Waga Energy, pourrait ainsi faire partie du futur mix énergétique pour accompagner la transition énergétique et ses différents scénarios.

« Au niveau mondial, certaines études estiment que si l'on pouvait équiper de notre technologie l'ensemble des décharges mondiales d'ici 2025, on parviendrait à produire 1.750 terrawattheures, ce qui représenterait l'équivalent de l'ensemble de la consommation énergétique d'un pays comme la France par exemple. »

Depuis son introduction en Bourse en octobre dernier avec une cible de 100 millions d'euros, l'isérois dispose également des moyens de ses ambitions, et notamment d'une trésorerie de 122,9 millions (pour une dette financière de 38,2 millions).

« Parmi nos 10 wagabox, nous en avons déjà 3 en situation de pleine charge, ce qui explique notre augmentation de revenus par rapport à l'exercice précédent, grâce à une augmentation subtancielle de la production », se félicite Mathieu Lefebvre.

Avec un procédé de valorisation basé sur une technologie se voulant "unique au monde", puisqu'il combine filtration membranaire et distillation cryogénique à l'issue de 10 années de travaux au sein du groupe Air Liquide, Waga Energy affirme qu'une installation de petite dimension lui permettrait ainsi de produire jusqu'à 20 gigawattheure (GWh) par an, « soit l'économie de 2 millions de litres d'essence ».

Tandis qu'une plus grande « wagabox » comme celle installée récemment chez Veolia, d'une puissance de 120 gigawattheures, se pose quant à elle comme l'équivalent de 12 millions de litres d'essence, soit la consommation annuelle de 20.000 foyers. « Nous pouvons ensuite réinjecter cette énergie directement dans le réseau de gaz naturel, le réseau français est déjà très bien installé, avec près de 200.000 km de réseau existants », ajoute le président de Waga Energy.

« Le gaz renouvelable, devenu moins cher que les énergies fossiles »

Et ce n'est pas la détérioration de son résultat net (négatif de -7,72 millions d'euros cette année, contre -1,91 million en 2020), qui l'inquiète : un chiffre qui intègre des charges non récurrentes, relatives à son introduction en Bourse, comme le précise Mathieu Lefebvre, pour un montant total de 3,34 millions, mais aussi à la « structuration du groupe et à son développement international ».

« Nous avons eu des frais exceptionnels lors de l'entrée en Bourse qui ont impacté nos résultats mais ne traduisent pas la réalité opérationnelle. Nous avons également besoin d'investir fortement pour accélérer la production d'énergie renouvelable et de développer des projets à la fois en France et à l'international ».

Déjà, la jeune pousse dénombre huit nouveaux projets engagés en 2021, dont trois en Amérique du Nord, qui traduisent sa nouvelle ambition de se faire une place en parallèle sur le marché américain, en parallèle à l'Espagne, ainsi qu'au Canada, qu'il a déjà commencé à adresser.

« Aujourd'hui, le paradoxe étant que le gaz renouvelable est devenu moins cher que le gaz issu des énergies fossiles. Nous produisons désormais pour moitié moins cher, cela prouve une nouvelle fois la force de notre modèle, qui avait été bâti avant cet effet conjoncturel », estime Mathieu Lefebvre.

Malgré tout, Waga Energy sera confrontée, sur le chemin de sa croissance, aux impacts de la guerre en Ukraine, qui font peser des surcoûts mais surtout de fortes tensions et risques de pénuries sur ses chaînes d'approvisionnements, alors que la conception de ses Wagabox nécessite elle-même 12 à 18 mois de travail.

« Les chaînes d'approvisionnements mondiales sont assez tendues, avec la perspective d'une fermeture de la Chine à nouveau. Nous ne sommes pas encore impactés mais nous demeurons très vigilants », ajoute Mathieu Lefebvre dont les installations intègrent des « milliers » de composants différents.

Du côté de ses effectifs, l'isérois déjà implanté à Paris, Barcelone, au Québec et aux Etats-Unis, a aussi profité de sa croissance pour embaucher : de 79 collaborateurs fin 21, elle est déjà passée à 120 aujourd'hui, tandis qu'une vingtaine de postes étaient encore ouverts.

« L'IPO nous aura en cela permis de nous donner les moyens, mais aussi de rendre l'image de l'entreprise attractive », souligne son président. Et pour l'instant, la demande mondiale semble bien déterminée à faire le reste.

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