RuraliTIC : "Les élus locaux ne sont plus des chefs de village, mais des porteurs de projet"

Les 14 et 15 septembre prochains, le Cantal sera un haut lieu de la réflexion entre ruralité et numérique, en accueillant la 11e édition de RuraliTIC. Elus, ministres, associations et partenaires économiques se retrouveront à Polminhac pour évoquer les grands enjeux des territoires ruraux à l'heure du 2.0 : développement économique, entrepreneuriat, éducation, etc. Rencontre avec Sébastien Côte, président et organisateur de l’événement.

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(Crédits : DR)

Quels vont être les temps forts de cette 11e édition ?

Tout d'abord, cette année, nous vivrons à l'heure corse. La Corse est le laboratoire de la reforme des territoires à travers la loi NOTRe. Il y a des initiatives qui sont très intéressantes à découvrir. Parallèlement, nous attendons Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'Éducation nationale, qui a fait le job dans un certain nombre de domaines concernant l'aménagement numérique du territoire à travers le plan-école numérique et maintenant le plan collège numérique. Il y a un vrai bilan à mettre en avant et des choses concrètes qui ont été mises en œuvre sous la mandature Hollande.

Nous allons également mettre à l'honneur des petites communes rurales de quelques habitants qui ont créé des initiatives numériques à la campagne tout à fait inattendues, comme le maire de Saint-Félix-le-Château (Haute-Garonne), qui a fait venir dans son village l'entreprise Morning, une startup de la néo-banque, qui a quitté le centre de Toulouse pour s'installer là-bas et créer son propre campus numérique. Ce sont des élus qui trouvent des solutions.

Enfin, nous allons nous demander ce que vont devenir les 2 millions de foyers en France qui ne seront pas éligibles au haut- débit à la fin du plan 2022-2024. On sait qu'ils resteront sur le carreau. Que faire pour ceux-là ?

En onze ans d'existence, qu'est-ce que Ruralitic a vraiment changé ?

La ruralité a été prise en compte, dans l'aménagement numérique du territoire. Ruralitic a permis à la ruralité de s'organiser à la campagne pour lutter contre l'enclavement et faire remonter des initiatives publiques pour montrer qu'il existe des solutions. Ruralitic a aussi fait prendre conscience de ce que le numérique peut apporter comme réponses à l'enclavement.

Aujourd'hui quel est votre objectif ?

Notre ligne de conduite a été clairement définie l'an dernier à travers le manifeste pour les "Smart villages", c'est-à-dire faire en sorte que les élus locaux arrivent à accoucher de projets de territoires en utilisant le numérique. Cela recouvre plusieurs axes : les économies d'énergie, le travail sur le capital humain et la remobilisation du corps électoral rural à travers des projets partagés.

Notre ligne de crête est de faire en sorte que l'élu se réinvente et c'est une vraie difficulté, car les révolutions les plus lentes ne sont pas technologiques, mais mentales. Il faut que les élus locaux se disent qu'ils ne sont plus des chefs de village, mais des porteurs de projet.

Laurent Wauquiez a annoncé son intention de créer un campus numérique près de Lyon. Selon vous, est-ce une douce utopie ou est-ce vraiment réalisable ?

C'est complètement réalisable pour plusieurs raisons. Auvergne-Rhône-Alpes est une région très importante au niveau national et européen. Il y a des gros moyens et de vraies forces vives. AU CES (*) de Las Vegas, l'an prochain, il y aura plus de startups d'Auvergne-Rhône-Alpes que de la région parisienne (comme l'an dernier, NDLR).

On a les savoir-faire et une volonté politique qui date déjà de René Souchon. Le précédent président de région a fait de l'Auvergne la première région très haut débit de France. Le campus de Laurent Wauquiez c'est le prolongement de toute cette politique.

Lire aussi : Auvergne, l'empreinte digitale

Vous évoquez souvent le phénomène d'exode urbain, actuellement à l'oeuvre en France. Est-ce vraiment sérieux ?

En France, depuis quarante ans, 1,2 million de personnes sont passées de la ville à la campagne. C'est-à-dire une moyenne de 30 000 personnes par an de solde positif ville-campagne. Et le phénomène s'accentue au cours de ces dernières années. Longtemps on a cru que c'était les personnes âgées qui retournaient vivre dans leur région d'origine.

Aujourd'hui, ce sont des gens qui viennent d'une grande agglomération (souvent région parisienne) et qui ont un deuxième enfant. Ils ont alors envie d'autre chose et n'ont pas les moyens de mettre 60% de leur revenu dans un logement. Une fois qu'ils sont installés à  la campagne, ils ont rarement envie de repartir. Et ils s'enracinent.  Cela veut dire qu'aujourd'hui, nous avons les moyens de rééquilibrer les territoires pour que les gens aillent mieux. Et le numérique et le moyen le plus immédiat de réaliser ce vœu.

(*) Le Consumer Electronic Show est le rendez-vous annuel mondial de l'électronique grand public.

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