Friche Neyrpic : après plusieurs recours, le centre commercial grenoblois d'Apsys verra le jour à l'automne

Hébergé sur une ancienne friche industrielle, ce projet de centre commercial, situé sur la commune de Saint-Martin-d’Hères (Isère), ouvrira ses portes à l’automne, après des décennies de rebondissements. Le promoteur, Apsys, qui avait remporté l'appel à projets en 2007, a dû montrer patte blanche face à une forte opposition locale, qui avait mené à des recours allant jusqu'au Conseil d'Etat, et monter notamment "un comité d'enseignes" afin de s'assurer de la complémentarité des commerces présents sur les différents sites de l'agglomération.
Pour convaincre la Métropole de Grenoble, Apsys aura dû mettre en place un comité d'enseignes, afin de s'assurer de la complémentarité des commerces présents sur les différents sites de l'agglomération.
Pour convaincre la Métropole de Grenoble, Apsys aura dû mettre en place un comité d'enseignes, afin de s'assurer de la complémentarité des commerces présents sur les différents sites de l'agglomération. (Crédits : Apsys)

C'est un projet qui était sur la table depuis... les années 1990. Le centre commercial Neyrpic - présenté désormais comme un « lieu de vie, de commerce, de loisirs » - va ouvrir ses portes, sur la commune de Saint-Martin-d'Hères, deuxième ville de l'agglomération grenobloise avec 38.500 habitants, le 2 octobre prochain. Il prend la place des usines du groupe Neyret-Beylier, qui y fabriquait des équipements hydrauliques et mécaniques (notamment des turbines pour l'industrie papetière de la région) jusqu'à la fin des années 1960.

Au total 50.000 m2 de surface de plancher, pour 80 boutiques, 20 restaurants et cafés, 10.000 m2 de loisirs et deux rooftops. « Tout est réfléchi depuis 2 à 3 décennies autour de Neyrpic, pour faire en sorte qu'il puisse y avoir une centralité à cet endroit-là, explique David Queiros, maire de Saint-Martin-d'Hères, contacté par La Tribune. Des quartiers ont été rénovés voire construits à proximité, les transports en commun sont déjà présents : tramways, bus mais aussi pistes cyclables. »

Le secteur concentre également activités tertiaires et de santé, tout en étant à proximité du campus et de ses 45.000 étudiants et personnels. « L'idée, c'est d'apporter ce qu'il manquait à Saint-Martin-d'Hères : un lieu de destination pour se rencontrer, partager un verre, un repas, en famille ou entre collègues, le midi ou le soir, poursuit David Queiros. Des lieux fédérateurs, pour tous les publics ».

« On a eu des opposants très motivés »

Le promoteur, Apsys, a remporté l'appel à projets en 2007, pour un budget global estimé, à l'époque, à 190 millions d'euros (achat du foncier compris). Après un premier permis de construire obtenu en 2012 - qui a subi plusieurs recours d'opposants -, Apsys a finalement décidé de réfléchir à une nouvelle conception architecturale, avec un nouveau permis de construire déposé en 2017, permettant de mieux prendre en compte le patrimoine du lieu, mais aussi les évolutions en matière de zones commerciales.

Tout au long du montage du projet Neyrpic, les oppositions ont été très véhémentes, dénonçant la taille du projet. Parmi les craintes, entre autres, celle d'une concurrence trop forte pour les commerces du centre-ville grenoblois, et notamment pour le centre commercial de la Caserne de Bonne. Ce dernier compte actuellement de nombreuses cellules commerciales vacantes, alors qu'un autre centre commercial, celui de Grand'Place, connaissait, lui, un projet d'extension.

« On est sur un équipement d'ampleur, par sa nature et par sa taille. Il est normal que des vigilances particulières puissent naître. On a eu des opposants très motivés », reconnaît François Agache, directeur général Développement et Opérations d'Apsys.

Plusieurs recours ont en effet été déposés, allant jusqu'au Conseil d'Etat. Pour convaincre la Métropole de Grenoble, il a également fallu mettre en place, en 2016/2017, un comité d'enseignes, afin de s'assurer de la complémentarité des commerces présents sur les différents sites de l'agglomération. Aujourd'hui, Apsys annonce que plus de 70% de sa programmation hébergera des concepts inédits à Grenoble.

« Avait-on vraiment besoin de Neyrpic ? »

Pour autant, les commerçants des autres secteurs de la ville sont inquiets. « Avait-on vraiment besoin de Neyrpic ? s'interroge ainsi Christian Hoffmann, ancien président de Label Ville, l'association des commerçants de Grenoble, qui a suivi le dossier. On va avoir une inauguration tonitruante, mais où va-t-on aller ensuite ? C'est dommage pour le centre ville, qui est en train de mourir. »

Son successeur à la tête de Label Ville, Emmanuel Lenoir, suit également le dossier et se dit tout autant préoccupé. « Neyrpic s'insère comme une surface commerciale supplémentaire, à un moment où il y a une contraction du commerce. Forcément, pour nous, les commerçants du centre-ville, il y a une inquiétude. On essaie d'alerter les institutionnels pour nous aider à penser à ce que pourra être le commerce de demain ».

Et pour lui, le centre de Saint-Martin-d'Hères ne peut être la réponse :

« Neyrpic a été pensé avant la crise sanitaire. Ce qui était vrai avant ne l'est plus maintenant. Ça va tellement vite ! Des cellules commerciales sont déjà vides ailleurs, avant même l'ouverture de Neyrpic. Et côté Neyrpic, tout n'est pas plein à quatre mois de l'ouverture ».

Avec son accessibilité et ses stationnements, le nouveau centre de St-Martin-d'Hères risque, selon lui, de capter des flux de consommateurs, qui venaient jusqu'à présent dans le centre. Emmanuel Lenoir interpelle au passage la commune. « L'une des grosses batailles pour nous, ça va être la circulation au centre-ville, et donc la place de la voiture. On la diminue pour l'environnement, mais ce n'est pas la peine d'ajouter encore des positions dogmatiques. On a besoin d'un passage, d'un transit. Il faut fixer des objectifs atteignables, en partenariat avec les commerçants. On a besoin de tous les clients et de tous les modes de transport ».

90% de commercialisation

Parmi les enseignes déjà annoncées à Saint-Martin-d'Hères : l'espace multi-loisirs Seven Square, mais aussi Sephora, Stradivarius, Adidas, Zara, le restaurant italien IT Trattoria, Pokawa, Sandro, Maje ou encore Claudie Pierlot. « A ce stade, nous sommes à 90% de commercialisation », précise François Agache.

Le complexe cinématographique - initialement prévu avec 12 salles - a dû revoir sa copie, en raison de recours d'autres cinémas du secteur. Avec un projet désormais à six salles, il vient d'obtenir le feu vert et devrait ouvrir fin 2026.

Une réflexion environnementale a également eu lieu lors de la conception du centre commercial. « On a développé des espaces végétalisés au sol, sur environ 10.000 m2, avec 180 arbres plantés sur le projet », décrit François Agache. et 1100 m2 de façades végétalisées. « C'est notre façon de démontrer qu'on peut recréer des lieux autour d'une fonction commerce qui s'inscrivent dans les nouvelles contraintes liées à la crise climatique qui nous touche tous. Parti d'un site 100% minéralisé, on améliore les choses ».

Neyrpic accueille également une ferme photovoltaïque en auto-consommation, composée de 7.000 m2 de panneaux photovoltaïques. « Ce qui est assez inédit, c'est l'autoconsommation sur le site, souligne le dirigeant d'Apsys. L'électricité sera utilisée par nous-même, en tant que bailleur, et nous avons un montage grâce à notre exploitant qui permet de la revendre à nos locataires, à un tarif attractif ».

Coût total de l'opération : 250 millions d'euros, dont 200 millions pour Apsys et 50 millions pour les différents locataires. Six millions de visiteurs par an sont attendus. Reste à savoir si ces derniers seront au rendez-vous, dans un contexte de baisse du pouvoir d'achat.

« Si l'investisseur se donne tellement, c'est qu'il est assez sûr de ses perspectives », balaie David Queiros. « Aujourd'hui, la principale concurrence vient du numérique. Si l'on ne crée pas des lieux d'attraction, de loisirs, d'animations, alors les commerces ne sont pas fréquentés », poursuit le maire de St-Martin-d'Hères. Autre argument rassurant, selon lui : les potentiels clients et usagers sont déjà sur place, y vivent, travaillent ou y passent. « Parfois, ils ne font que traverser la ville, car il n'y a pas de lieu d'animation fédérateur. Ce sera le cas, désormais ».

Côté emplois, 800 créations sont annoncées sur le site et en lien avec le site - après 1.300 estimés pendant les trois années de construction. « Nous avons privilégié le recours à l'emploi local, déjà pendant le chantier », précise François Agache. Pour la phase d'exploitation, une campagne de job-dating a d'ores et déjà été lancée.

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