"Pas de confinement pour les vignes", qui tiennent un salon digital

Pas de dégustations, pas de rencontres.... Cette année, la 30e édition du Salon des Vignerons indépendants se passe uniquement en ligne, du 29 octobre au 2 novembre. Déjà décidée avant le confinement, cette mesure est toutefois venue limiter encore un peu plus le champs d’action des vignerons, qui enregistrent une année difficile, impactés à la fois par la fermeture des bars et restaurants, ainsi par l'annulation de leurs salons et d'événements comme le Beaujolais Nouveau.

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Malgré la crise sanitaire, la crise économique et le confinement, la vigne doit tout de même être entretenue.
Malgré la crise sanitaire, la crise économique et le confinement, la vigne doit tout de même être entretenue. (Crédits : Yann Petiteaux)

Le Salon des Vignerons indépendants de Lyon fête ses trente ans cette année. Pas de fête ni de retrouvailles en vue, tout se fait cette fois-ci sur Internet. Du 29 octobre au 2 novembre, c'est opération "Le salon dans mon salon", sur le site institutionnel des Vignerons indépendants. Les amateurs de vin peuvent ainsi soutenir leurs vignerons préférés en achetant leurs produits en ligne.

Car après l'annulation des grandes manifestations et la crise sanitaire, ayant impacté non seulement le circuit de l'hôtellerie-restauration, mais également mis les exports en berne, le confinement pèse désormais encore un peu plus sur cette filière qui réalise également habituellement ses ventes en direct. Le syndicat des Vignerons indépendants s'est donc mobilisé pour trouver une alternative. Même si "l'on ne compensera jamais un salon avec ses rencontres et ses dégustations", admet Florence Corre, directrice du développement et de la communication des Vignerons indépendants.

En tout, les Vignerons indépendants organisent 14 salons en France. Celui de Lyon est le second en terme d'importance, avec 540 exposants et 56.000 visiteurs accueillis en 2019. Mais seulement une cinquantaine de vignerons ont répondu présents à cette édition en ligne. Toutefois, avec l'annonce du confinement, "ce n'est pas impossible que ça augmente". Comment s'explique une telle différence entre les exposants en "présentiel" et sur le site ? "Il ne sont pas tous prêts", tout dépend de leur relation avec la vente en ligne et le numérique. "Seulement 40 % des adhérents au syndicat Vignerons indépendants ont une boutique en ligne", commente Florence Corre.

Avec l'annulation des salons, une perte considérable de chiffre d'affaire

Cependant, l'annulation de ce salon aurait représenté pour les vignerons une baisse considérable de chiffre d'affaires. Habituellement, près de 98 % des visiteurs achètent du vin sur le salon tandis qu'un visiteur achète, en moyenne, une caisse auprès de quatre vignerons.

"Le chiffre d'affaire moyen par exposant sur le salon de Lyon atteint en moyenne 10.000 euros. En multipliant ce chiffre par le nombre d'événements que nous tenons à l'échelle de l'Hexagone, ça montre un peu l'ampleur de la perte pour les vignerons", constate Florence Corre, constate Florence Corre.

C'est le cas de Julien Bertrand, gérant du domaine du même nom, installé dans le Rhône. "D'habitude on fait une douzaine de salons par an", annonce-t-il. La perte est donc conséquente. En plus, il produit - entre autres - du Beaujolais, un vin dont la consommation bondit habituellement lors de la sortie du Beaujolais nouveau, le 3ème jeudi de novembre. Mais cette année, le couvre-feu suivi du confinement représente une double peine pour lui, comme pour beaucoup de ses confrères. Car c'est un vin qui se vend surtout autour d'évènements, dans les foires ou les soirées thématiques organisées par les bars ou les restaurants, et qui lui permet souvent de faire connaître ses autres produits.

Pour le domaine Martin Clerc, en Isère, "le salon des vignerons indépendants de Lyon représentait un chiffre d'affaires de 10.000 à 15.000 euros", allant jusqu'à 80.000 euros si l'on prend l'ensemble des salons d'automne, fait valoir Monique Viallet, salariée du domaine et mère du vigneron.

Les difficultés financières liées à l'annulation des salon viennent s'ajouter à toutes les autres déjà ressenties durant le premier confinement. En septembre, le domaine Bertrand a déjà réalisé 30 % de moins qu'à la même période l'an dernier. Et cela va encore se creuser les prochains mois, anticipe le vigneron : "On va faire 50 % du chiffre habituel, mais même quand on faisait 100 %, on était juste au dessus de l'eau." Lui qui vendait principalement aux particuliers notamment en salon, à la restauration et aux cavistes, se retrouve pris en étau par la crise sanitaire. "Il faut rester positif, mais ce n'est pas évident quand on est dans l'incertitude. Il va bien falloir tenir, mais on ne sait pas combien de temps."

"La vigne ne se met pas en confinement"

Si les ventes baissent, la vigne, elle, continue de pousser et doit être entretenue.

"Le problème est commercial, mais le paradoxe, c'est d'avoir encore une obligation de faire", souligne Julien Bertrand. "La saison de la taille arrive bientôt. On va faire avec deux fois moins de chiffre d'affaires, mais on ne va pas faire avec deux fois moins de vignes."

Sylvie Chevrol Michelas, est présidente de la Fédération des vignerons indépendants de Rhône-Alpes (Ardèche, Rhône, Savoie Bugey, Drôme) qui regroupe 475 vignerons indépendants. Elle est formelle : un vigneron n'abandonnera jamais ses vignes. "On peut abandonner sa boutique, mais pas ses vignes."

Le chômage partiel n'est pas non plus envisageable car les vignerons continuent de travailler :

"La vigne ne se met pas en confinement. Elle ne s'arrête pas, qu'on vende ou pas", rappelle Sylvie Chevrol Michelas.

Pour les vendanges, il a donc fallu employer, comme d'habitude, "car le domaine est grand, il faut embaucher car tout se fait manuellement", précise Monique Viallet, du domaine Martin Clerc. Ils ont aussi dû fournir masques et gels pour tous les employés. Quant au traditionnel repas de fin de vendanges, il s'est fait dans un lieu aéré et avec des plateaux repas.

Faire évoluer les consommation

Aussi, à l'origine, le salon des Vignerons indépendants en ligne prévoyait deux possibilités pour récupérer ses bouteilles : la livraison à domicile ou un retrait de type drive. Mais après l'annonce du confinement, mercredi soir, le drive a été annulé. Ce drive permettait notamment de réduire les frais d'expédition. Les sites de vente en ligne représentent donc une façon de pallier l'absence de vente directe, mais encore faut-il que les consommateurs suivent et fasse évoluer leurs pratiques.

"Le vin est un produit particulier, soit l'on connaît et on achète, soit l'on ne connaît pas, et on peut être plus frileux à l'achat", note Florence Corre.

Julien Bertrand ne participe pas à l'opération, mais il a sa propre boutique en ligne. "J'avais anticipé un peu. Quand le salon a été annulé, j'ai directement proposé à mes clients de leur livrer à domicile à partir de six bouteilles, j'ai aussi fait quelques promotions". Mais la réactivité n'est pas encore là, pour l'instant, il n'a eu que deux commandes.

Même son de cloche au domaine Martin Clerc, "nous avons recommencé à bien alimenter le site de vente en ligne au printemps, suite aux premières annulations de salons. Pour l'instant c'est plutôt calme, on a eu quelques expéditions. Les gros clients des salons de printemps ont réagi, mais pas encore ceux d'automne", constate Monique Viallet. Eux, néanmoins, se sont inscrits pour être répertoriés sur les pages de trois salons : Lyon, Lille et Paris.

"Sur les salons, les clients prennent une ou deux bouteilles, mais sur le site, ils ne peuvent pas le faire", explique-t-elle. Le domaine Martin Clerc produit notamment du Côte Rôtie, qui a une gamme de prix plutôt élevée, l'achat d'une caisse représente donc un certain investissement. Et avec la commande en ligne les frais d'expédition peuvent facilement faire doubler le prix. "On dit aux clients de se rassembler, pour que ça leur coûte moins cher", explique Monique Viallet.

Malgré tout, les vignerons ne baissent pas les bras. "Dans Vignerons indépendants, il y a le mot indépendant : chacun se débrouille malgré tout pour commercialiser ", avance Sylvie Chevrol Michelas. Le syndicat des Vignerons indépendants fait aussi sa part et aide à la distillation des vins (pour ne garder que l'éthanol et le revendre) ainsi qu'à trouver des solutions de stockages afin de gérer la logistique entre les vins sortants et la nouvelle vendange.

"On va essayer de trouver des solutions pour se donner des petites bulles d'air et tenir", abonde Julien Bertrand. Et de conclure : "On va se battre, on est toujours là et on croit en nos vins."

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