Régionales 2021 : face à l'absence de "vague", la gauche se prépare à incarner l'opposition

REGIONALES 2021. L'union des forces de gauche (EELV, PS et LFI-PC), conclue tardivement au soir du premier tour, n'aura pas réussi à se transformer en "vague". Elle deviendra toutefois, au cours des six prochaines années, la première force de l'opposition, devant le RN tandis que LREM disparaît de l'hémicycle. Avec désormais, une chef de file en la personne de l'écologiste Fabienne Grébert, alors que les regards sont déjà tournés vers 2022.

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L'écologiste Fabienne Grébert, encore inconnue il y a quelques mois, s'est positionnée dès hier soir comme la future leader de l'opposition régionale.
L'écologiste Fabienne Grébert, encore inconnue il y a quelques mois, s'est positionnée dès hier soir comme la future leader de l'opposition régionale. (Crédits : DR)

(Publié à 28/06/2021 08:30, mis à jour à 11:45)

Après l'effervescence de la semaine dernière, place à la déception. Ce dimanche soir, le climat au sein du QG des militants de gauche et notamment des écologistes est finalement retombé. Car malgré leurs espoirs et un agenda actif au sein de l'entre-deux tours, la nouvelle vague de la "social écologie" n'aura finalement pas été.

Devenus, il y a tout juste une semaine, la "première force de l'opposition" en Auvergne Rhône-Alpes face à Laurent Wauquiez, l'union des forces de gauche, conclue au soir du premier tour entre EELV, PS et LFI-PC, n'aura pas suffi à dépasser les voix déjà engrangées au 1er tour par l'ensemble des partis.

C'est leur adversaire commun, le président sortant LR Laurent Wauquiez, qui a raflé ce dimanche soir la mise avec plus de 54% des voix, faisant de lui l'un des présidents les mieux élus de la droite.

La liste d'union de la gauche, conduite par l'écologiste Fabienne Grébert à l'issue d'une primaire qui s'était en quelque sorte déroulée par les urnes dimanche dernier, réalise en effet 33,65%, soit à peine quelques points de plus que le score obtenu au premier tour.

Fabienne Grébert, nouvelle leader de l'opposition de gauche

Résultat ? En vertu du mode de scrutin, Laurent Wauquiez disposera d'une plus large majorité qu'en 2015 avec 136 sièges sur 204 (contre 108 sièges lors de la mandature précédente), selon de premiers calculs réalisés par l'AFP. L'opposition de gauche au sens large obtiendrait quant à elle 51 sièges (EELV, PS, PC, LFI confondus), soit environ le même score qu'en 2015 (50 sièges) tandis que leur poids reculera mécaniquement.

Pour autant, la gauche se trouvera en meilleure position que le RN, qui passera de 31 à 17 sièges, tandis que LREM qui occupait 6 sièges, disparaîtra complètement de l'hémicycle...

Pour autant, alors que l'installation du nouveau conseil régional est prévue pour ce vendredi, les écologistes ne s'avouaient pas complètement vaincus face à ce résultat :

Car cette élection aura constistué un tremplin pour l'annécienne Fabienne Grébert, encore inconnue il y a quelques mois, qui est devenue de fait ce dimanche soir la chef de file de l'opposition, devant le PS, redistribuant du même temps les cartes à gauche de l'échiquier politique.

Et elle voulait d'ailleurs dès hier soir commencer à endosser ce costume, en soulignant ce qu'elle retenait de ce second tour :

"Nous avons réalisé ce soir l'un des meilleurs scores cumulés des écologistes et des forces de gauche de France. L'écologie a démontré sa capacité à rassembler et à s'imposer comme la première force alternative à la droite extrême et à l'extrême droite et nous sommes aussi la seule force à être capable de faire reculer le RN, comme nous l'avions déjà démontré à Lyon et à Annecy", a estimé la candidate écologiste.

Une occasion de rappeler par ailleurs que son parti passera ainsi de 7 à une trentaine d'élus au sein du futur conseil régional, sans compter ses alliés de gauche, même si Laurent Wauquiez disposera d'une confortable majorité.

L'opposition sera dans son rôle

De son côté, la candidate PS Najat Vallaud Belkacem, qui avait essuyé un revers lors du premier tour (avec un score de 11% la plaçant en 4e position derrière EELV), n'était pas sur place ce dimanche, car elle participait à un plateau télévisé national, organisé par la chaîne France 2.

Mais l'ex-ministre de l'Education PS a tenu à affirmer, par voix de communiqué : "Je prends acte de la victoire du Président sortant, et je l'appelle à respecter les voix de l'opposition, à comprendre et entendre la majorité des citoyens qui ont choisi l'abstention".

Dès ce dimanche, la candidate PS a fait savoir qu'elle assumerait cependant pleinement son futur rôle au sein de l'opposition, se montrant même offensive, face à la nouvelle mandature annoncée aux mains de la droite :

"Je suis sans illusion sur la dureté des politiques publiques qui viendront, les temps qui viennent seront durs pour les plus faibles: nous nous battrons pour que les impératifs de justice sociale, d'éthique démocratique, de priorité à l'éducation, à la formation et à l'emploi des jeunes, et de lutte contre le réchauffement climatique s'imposent dans le débat et dans l'action collective", a fait valoir Najat Vallaud Belkacem, qui devrait ainsi faire son entrée au sein du conseil régional.

De son côté, l'écologiste Fabienne Grébert est elle aussi revenue, à plusieurs reprises, sur des critiques appuyées face à la méthode et à la campagne menée par son adversaire de droite : "Laurent Wauquiez réalise ce suffrage en ayant siphonné les voix de l'extrême droite et aujourd'hui, les digues ont sauté entre la droite républicaine et l'extrême droite", annonçait-elle hier soir. Une manière de donner le ton des échanges qui pourraient se dérouler dans l'hémicycle régional.

L'auto-analyse de la gauche, 2022 en ligne de mire

Pour autant, l'heure est désormais à l'auto-bilan pour les forces de gauche. A commencer par le maire PS de Clermont-Ferrand, Olivier Bianchi, qui a déclaré hier soir : "On a bien vu que ceux qui avaient dit que la division de la gauche au premier tour pourrait créer une dynamique au deuxième tour se sont trompés. Cela nous oblige à réfléchir tous ensemble avec l'ensemble des forces de la gauche sociale et écologique car en réalité, il n'y a pas de schéma préconçu".

Il admet : "Si nous ne trouvons pas le moyen de convaincre nos électeurs que nous avons un projet alternatif à porter, il n'y aura pas de victoire socialiste pour la prochaine élection".

De son côté, le maire PS de Bourg-en-Bresse Jean-François Debat, a quant à lui fustigé de nouveaux dysfonctionnements dans la distribution de la profession de foi des candidats, qui ont contribué selon lui à faire grimper l'abstention : "il y a même des gens qui ne savaient pas dans ma région qu'il y avait un deuxième tour pour les élections régionales..."

De son côté, l'écologiste Bruno Bernard, président de la Métropole de Lyon a commencé par adresser ses "félicitations républicaines" à Laurent Wauquiez sur le plateau de France Télévisions, tout en analysant les scores réalisés : "Tout d'abord, il faut reconnaître que la victoire de Laurent Wauquiez est nette et indiscutable. (...) Mais quand on regarde ce qui se passe à l'échelle du pays, on voit que tous les élus sortants ont été réélus facilement ce soir, notamment grâce à une abstention très forte. Moins d'un électeur sur trois, ce qui relativise un petit peu tout de même les conclusions que l'on peut tirer des résultats."

Interrogé sur le score de la gauche, il a cependant admis : "On ne gagne pas en étant contre, mais en se rassemblant autour d'un projet et d'une dynamique. (...) Ce n'est pas s'unir pour s'unir". Des propos qui résonnent comme une mise en garde face à une union de la gauche qui avait justement tardé à se matérialiser, intervenant finalement uniquement au soir du premier tour.

Reste que selon le président EELV du Grand Lyon, les écologistes "sont parvenus" à transformer l'essai lors des dernières élections locales (municipales et métropolitaines notamment) "et le plus dur reste désormais à faire aujourd'hui aux prochaines élections nationales". Et de marteler : "on l'a bien vu, ce qui marche, c'est d'avoir un projet."

Les Verts aussi regardent au loin vers 2022

Car en Auvergne Rhône Alpes, il n'y a pas que Laurent Wauquiez qui pourrait penser à 2022 en se rasant le matin. Un autre candidat, écologiste cette fois, en la personne du maire EELV de Grenoble Eric Piolle, a déjà avancé quelques pions.

Et Eric Piolle pourrait même annoncer officiellement sa candidature aux prochaines primaires du pôle écologiste, à l'occasion de la publication d'un livre, "De l'espoir ! Pour une république écologique", annoncé sous sa plume... pour une publication au 30 juin prochain.

Cet ouvrage regroupera-t-il en son sein ses principales propositions en vue de la primaire EELV ? Sur la chaine Public Sénat jeudi dernier, le maire écologiste de Grenoble n'en a pas vraiment fait mystère :

"Cela fait plus d'un an que je dis que j'annoncerai ma décision après les régionales, donc vous verrez ça la semaine prochaine ou dans les jours après", avait déclaré le maire de Grenoble jeudi dernier sur la chaîne Public Sénat.

Nul doute, ces élections régionales à la "sauce 2021" ont bien participé à une forme de nationnalisation du scrutin, en mettant en lumière plusieurs ambitions présidentielles.

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