A gauche, le match final (1/2) : L’EELV Grébert, qui veut parler écologie et réindustrialisation

FACE A FACE (1/2). En Auvergne Rhône-Alpes, l’opposition avance en rangs dispersés face à Laurent Wauquiez, notamment à gauche où socialistes et écologistes défendent chacun leur vision. Tout en ouvrant grand la porte à un grand rassemblement au 2nd tour, qui semble couler de source. De son côté, l’EELV Fabienne Grébert veut reproduire la « surprise » créée par les écologistes aux dernières municipales, et développer une vision où l’écologie se mêle à la réindustrialisation.

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Parti de zéro mais bien avant ses adversaires, l'EELV Fabienne Grébert était la première candidate à partir en campagne à l'automne dernier, multipliant les visites notamment sur des sites industriels, comme celle du 1er mai chez le savoyard Ferropem, aux côtés du député européen Yannick Jadot.
Parti de zéro mais bien avant ses adversaires, l'EELV Fabienne Grébert était la première candidate à partir en campagne à l'automne dernier, multipliant les visites notamment sur des sites industriels, comme celle du 1er mai chez le savoyard Ferropem, aux côtés du député européen Yannick Jadot. (Crédits : DR/ML)

Elle était officiellement la première candidate déclarée aux Régionales, multipliant déjà les rencontres sur le terrain depuis l'automne dernier, en se rendant également au chevet des dossiers économiques : Ferropem, Photowatt, etc... Et il lui fallait bien cela pour se faire un nom face à des adversaires anciens ministres, en la personne de Laurent Wauquiez (LR), ou de Najat Vallaud Belkacem (PS).

Encore inconnue du public il y a seulement quelques mois, celle qui a contribué au basculement « vert » de la commune d'Annecy, aux côtés de l'écologiste François Astorg aux dernières municipales, veut encore croire à une "surprise" à l'échelle régionale à quelques jours du premier tour.

Aux sondages qui la placent désormais 4e ou 5e à l'issue du premier tour (soit au coude à coude tout de même avec l'ex-ministre Najat Vallaud Belkacem, à près de 10% des voix), l'EELV répond : « J'aborde cette dernière ligne droite avec confiance, car les écologistes ont toujours fait mentir les sondages depuis 2019, et même aux élections de 2014. On nous crédite souvent de 8 à 14 points en dessous », affirme la candidate.

Celle qui n'a pas hésité à qualifier son adversaire Laurent Wauquiez de « machiste » lors d'un déplacement à Grenoble sur le thème de l'égalité hommes-femmes veut se battre à fond durant cette première mi-temps pour déployer une vision plus « verte » de la seconde région économique de France, après l'Ile-de-France.

Et assume son rôle d'outsider, tout comme le choix d'y aller seule au premier tour, pour se rallier ensuite avec l'ensemble de la gauche (et notamment de sa rivale PS Najat Vallaud Belkacem), « dès le soir du premier tour », comme elle l'affirme depuis déjà quelques semaines.

« Le plus important est que dès le soir du premier tour, trois femmes de gauche puissent se rassembler pour prendre cette Région. Et il est certain que nous allons pouvoir porter un projet ensemble afin d'aller jusqu'au bout de cette aventure de matière victorieuse », estime Fabienne Grébert.

Une référence à peine voilée ses homologues Najat Vallaud Belkacem (PS) dont les intentions de vote plafonnent à 10%, mais aussi à la députée LFI de la Loire, Cécile Cukierman, créditée pour l'heure de 6% pour sa liste commune avec le Parti Communiste. Soit un réservoir de gauche qui pourrait atteindre jusqu'à 27%, mais qui se traduit pour l'heure selon les sondages, à 22 à 23% au second tour (contre 39 à 40% pour leur adversaire LR Laurent Wauquiez).

Décliner une transition à l'échelle d'un petit pays, AURA

Face à des adversaires qui reprochent à la gauche son double discours entre fusion et listes concurrentes, la candidate écologiste rétorque : « Les électeurs s'en fichent, tout ce qu'ils veulent c'est qu'on leur parle de leur vie quotidienne et de leurs préoccupations. Tant qu'on leur parlera de politique politicienne et non pas de vie politique au sens noble du terme, il ne faut pas s'étonner que les gens ne se déplacent pas aux urnes ».

Tout en assurant que la gauche sera rassemblée dès dimanche soir, confirmant à ce sujet que le dialogue à ce sujet n'est pas rompu, malgré des désaccords de dernière minute qui avaient eu raison d'une liste commune pour cette première étape.

Pour autant, Fabienne Grébert justifie son maintien, avec un angle d'attaque qui est double : « Aujourd'hui, je ne vois pas de véritable vision dans le camp de mes adversaires. Or, nous sommes face à un défi inédit dans l'histoire de l'humanité composé du dérèglement climatique et de l'effondrement de la biodiversité. Nous pouvons soit attendre de prendre le mur en pleine face, soit saisir ses défis comme une opportunité et décliner à l'échelle d'un petit pays, une transition écologique réussie qui mêle emplois locaux, souveraineté énergétique, et alimentaire ».

D'ailleurs dans son programme, celle qui se rêve en future présidente de Région veut parler d'une écologie désormais concrète et pragmatique, « qui part de ce qui est », et « non pas d'une utopie ».

« Pour moi, ceux qui sont utopistes sont justement ceux qui imaginent que l'on peut continuer comme avant et amener la société droit dans le mur, comme le propose Laurent Wauquiez, avec sa volonté de continuer à construire de nouvelles routes et autoroutes ».

Une écologie de la réindustrialisation en marche

Car l'écologie de 2021 est aussi celle qui parle désormais réindustrialisation et emplois locaux au sens large. « Nous devons aujourd'hui relocaliser car c'est une manière de produire de manière plus propre, dans un pays qui dispose d'une réglementation environnementale plus sérieuse que les pays à bas coûts », soutient Fabienne Grébert.

« Car il ne sert à rien de démanteler notre patrimoine industriel pour aller recréer d'autres industries plus polluantes à l'autre bout de la planète. Les émissions de gaz à effet de serre sont les mêmes partout », argumente la candidate, en défendant du même temps une notion montante « d'écologie sociale », qui grignote sur les terres du PS.

« C'est aussi le projet de ne laisser personne sur le bord de la route, et d'utiliser les savoir-faire et les équipements que nous avons ici ». Citant en exemple des dossiers industriel aujourd'hui en difficultés, comme le fabricant de silicium Ferropem, ainsi que le fabricant de panneaux photovoltaïques Photowatt, la candidate écologiste estime que la Région peut agir.

« La Région a un rôle de stratège sur ce type de dossier afin de boucler un tour de table financier, mobiliser des fonds européens, voire même de prendre une participation au sein d'une entreprise d'un secteur stratégique comme celles-ci. Cela me semble bien plus important que d'installer des stations hydrogène pour les véhicules particuliers à 100.000 euros qui ne fonctionnent pas encore... »

Fabienne Grébert ne retoque en réalité pas l'hydrogène au sens large, mais son usage pour la mobilité individuelle, auquel elle préfère proposer d'autres voies comme celles du renforcement des transports ferroviaires par exemple. Avec à la clé, une enveloppe de 1,5 milliards d'euros pour le ferroviaire afin de redynamiser la desserte des petites lignes à l'échelle du mandat, avec le pari d'ouvrir au total « 504 nouveaux kilomètres de ligne et d'en électrifier 291 ».

« Il est clair que nous avons déjà rendez-vous avec le président de la métropole de Lyon Bruno Bernard en juillet prochain pour développer le projet de RER métropolitain. Nous avons déjà un plan d'investissement d'avenir pour la Région de 1,5 milliards d'euros dans le domaine du ferroviaire, tandis que la métropole dispose de 1,2 milliards. Or, tout est bloqué aujourd'hui car Laurent Wauquiez ne veut pas mettre un centime de plus dans les TER ».

Le triptyque emplois, logements et énergie

Dans son programme, la candidate écologiste a aussi l'ambition « d'augmenter l'investissement à plus de dix milliards d'euros pour initier la transition écologique, avec l'objectif de créer 100.000 emplois à l'échelle du mandat», de « rénover 500.000 logements en développant la formation aux métiers liés à la sobriété énergétique ».

Ou encore de « structurer des filières d'excellence » comme celle du photovoltaïque, où l'on retrouve justement plusieurs dossiers jugés « clés » pour l'économie régionale (Ferropem, Photowatt, ou encore l'INES, au Bourget du Lac) ou de l'alimentation locale,  en visant notamment un objectif de 100% de bio par le biais de la commande publique.

Face au développement technologique prôné par son opposant centriste Bruno Bonnell comme vecteur d'écologie, Fabienne Grébert répond : « Croire que la croissance verte passera uniquement par la technologie est une utopie. Pour rester au même niveau des émissions de GES que 1990, des travaux ont déjà démontré que l'on aurait dû baisser notre intensité de consommation énergétique par 70 ». Et d'ajouter : « Il n'y a pas d'économie dans un monde qui va mal ».

Alors que les écologistes ont déposé des moratoires au sein de plusieurs villes (Lyon, Grenoble, etc) pour s'opposer au développement de la 5G, la candidate clarifie sa vision à La Tribune :

« La 5G peut être utile dans certains cas, sur certains pans d'activité industrielle par exemple, mais elle n'est pas utile partout et ne nécessite pas de généralisation », affiche l'écologiste, citant le cas des trains : « s'il faut instaurer la 5G dans le TGV pour regarder des vidéos, peut-être faut-il repasser au DVD, qui fonctionnait très bien ? ».

Faire valoir ses marqueurs écologistes

Au fond, les électeurs peuvent se demander ce qui différencie la candidate Grébert des lignes du Parti socialiste, avec lequel elle pourrait se marier au second tour :

« Je souhaite appuyer sur le fait qu'il faut avant tout cesser de détruire les ressources naturelles, au lieu de réparer les dégâts. Il faut arrêter de vouloir tout et son contraire, car au final, c'est ce qui coûte le plus cher aux citoyens ainsi qu'aux collectivités, aux compagnies d'assurances », retient Fabienne Grébert.

Avec, en pointillés, quelques dossiers comme que le projet d'autoroute entre le Chablais et Genève, auquel la liste Verte s'oppose et y préfère l'intensification de la desserte ferroviaire. Ou encore celui du Lyon-Turin, où les écologistes avaient fait un pas de côté avant de s'afficher résolument contre. Fabienne Grébert estimant : « Ce dont on a besoin aujourd'hui, ce sont surtout des trains du quotidien ».

La candidate espère encore une « surprise », et notamment une envolée des intentions de vote pour sa liste, qui pourraient probablement la placer dans une dynamique plus favorable au moment de conclure une alliance (et notamment le choix de la tête de liste) avec l'ex-ministre de l'éducation PS Najat Vallaud Belkacem, qui semble pour l'heure s'imposer comme la principale challenger de Laurent Wauquiez.

Fabienne Grébert confirme que le contact se poursuit avec ses confrères socialistes, tout en réaffirmant le sentiment « d'être à sa place » et de vouloir « mener le combat jusqu'au bout ».

« Le dépôt des listes en vue du second tour aura lieu mardi prochain au soir, mais de toute façon, les bulletins partiront à l'impression lundi au plus tard... Afin de réaliser une belle campagne pour ce second tour, nous avons donc tout intérêt à nous parler auparavant », glisse-t-elle.

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Commentaire 1
à écrit le 17/06/2021 à 14:37
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Laurent n'a aucun soucis à se faire la gauche et les verts c'est du vent .

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