Gigafactory : la jeune pousse Verkor produira (aussi) des batteries d'avions

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Ce second axe de développement de la jeune pousse Verkor ne devrait cependant pas s'insérer, à ce stade, au sein de la gigafactory toujours en projet à horizon 2024, qui serait quant à elle dédiée à l'automobile.
Ce second axe de développement de la jeune pousse Verkor ne devrait cependant pas s'insérer, à ce stade, au sein de la gigafactory toujours en projet à horizon 2024, qui serait quant à elle dédiée à l'automobile. (Crédits : DR/Verkor)
Alors que la jeune pousse iséroise se trouve en pleine montée en puissance, avec l’objectif de construire une filière de batteries reposant sur la création d’un gigafactory en France d’ici 2024, on apprend que Verkor ne produira pas uniquement des batteries destinées à l’automobile. Son équipe vient d’officialiser un partenariat avec la pépite toulousaine Aura Aero. Avec une ambition : participer à la conception, mais surtout à l’industrialisation, d’une filière de batteries destinée cette fois à l’aéronautique.

En pleine réflexion sur l'implantation de sa future gigafactory de batteries électriques, qu'elle souhaite installer en France d'ici 2024, la jeune pousse Verkor, tout juste créée en juillet dernier, ne chôme pas. Après avoir dévoilé ses premières ambitions, qui visaient justement à bâtir de nouvelles capacités industrielles pour accompagner la montée en puissance des véhicules électriques sur le marché européen, Verkor vient de dévoiler un nouvel axe stratégique qui pourrait se traduire, à terme, par un nouveau marché de niche.

L'isérois, déjà soutenu par plusieurs partenaires (Schneider Electric, EIT InnoEnergy, groupe Idec, Cap Gemini) vient en effet de signer un partenariat avec la jeune pousse toulousaine Aura Aero, qui se positionne elle-même depuis sa création en 2018 comme « le premier constructeur aéronautique digital et éco-efficient basé en France ».

En cours de développement de deux modèles d'avions biplaces, cet acteur toulousain émergeant, passé en l'espace de quelques mois de dix à quarante salariés, a déjà affiché son ambition de concevoir un modèle d'avion électrique, ainsi qu'un modèle d'avion inférieur à 19 places assises. En attendant, il avait commencé par développer deux modèles d'avions de voltige biplaces, dont il espère lancer la production à compter de cette année pour atteindre, dès 2022, 30 à 50 exemplaires produits.

Décarboner les avions : un sujet stratégique

Un partenaire tout trouvé dont le contact ne doit rien au hasard, puisqu'il serait issu du carnet d'adresses du Ceo de Verkor, Benoit Lemaignan, un ancien d'Airbus passé par le cabinet de conseil spécialisé sur la transition énergétique et l'adaptation au changement climatique Carbone 4, qui connaissait bien le tissu aéronautique occitan.

« Notre Ceo avait déjà en tête que la décarbonation des avions était un sujet stratégique et nous étions nous-même encore au début de notre aventure, face à une feuille blanche à écrire. Cela nous permet donc de regarder plusieurs sujets différents, contrairement à des acteurs qui seraient déjà installés, avec des marchés bien identifiés », souligne Gilles Moreau, CIO et co-fondateur de Verkor, passé notamment auparavant par Lancey Energy Storage et le CEA.

Et de préciser : « Nous sommes cependant convaincus que le marché qui tirera la production de batteries sera l'automobile. Le principal focus de Verkor restera donc centré sur ce marché en premier lieu, même si nous avons, à travers ce partenariat, l'occasion de nous investir dans un sujet qui nous passionne ».

La cible : des avions de petite taille, à échéance proche

Ce partenariat devrait donc permettre aux deux pépites, qui se placent toutes deux en disruption sur leurs propres marchés, de s'allier pour créer et industrialiser une nouvelle batterie électrique capable d'équiper, à terme, de petits modèles d'avions biplaces, tels que ceux en cours de développement par Aura Aero. « On ne parle pas de gros porteurs de 700 passagers, mais de plus petits modèles d'avions novateurs », glisse Gilles Moreau.

Lire aussi : Verkor : le projet de gigafactory passera par une "maison de la batterie" à Grenoble

De leur côté, les trois cofondateurs d'Aura Aero estimaient par voie de communiqué qu' « industrialiser la technologie des batteries pour le secteur de l'aviation était une évidence ».

Car s'il existe en effet actuellement de nombreux systèmes électriques pour la mobilité, aucun ne répondrait encore pour l'heure aux besoins spécifiques de l'aviation électrique, notamment en termes de puissance et d'autonomie.

« Sur ce point, la filière aéronautique est différente de celle de l'automobile, concède Gilles Moreau. Il s'agit d'une filière un peu moins mature, qui reste encore à construire, en adaptant la formulation et les formats des cellules pour être au plus proche des besoins ».

Pour autant, ce défi ne fait pas peur à Verkor, qui a déjà contractualisé avec son partenaire une feuille de route, qui devrait se dérouler sur 3 à 4 années. Son ambition serait même d'atteindre la réalisation de premiers prototypes d'avions de petite taille électriques ou hybrides d'ici 2023. « Actuellement, Aura Aero achète plutôt des batteries qui ont été développées pour d'autres marchés comme l'automobile. L'idée est donc d'aller davantage vers du sur mesure, à la fois en matière de puissance, d'énergie et d'autonomie », ajoute le CIO de Verkor.

Un petit bout d'aéronautique à Grenoble

Les deux partenaires espèrent donc joindre leurs forces en vue de co-développer une nouvelle technologie de référence, industrialisable à grands volumes et à un horizon relativement proche. Sur ce point, les fondateurs de Verkor, qui souhaitent s'appuyer sur des procédés de production qui s'inspirent de microélectronique, pourraient ainsi démontrer leur valeur ajoutée.

D'ailleurs, l'initiative de la jeune pousse iséroise séduit largement, notamment du côté des collectivités : depuis quelques semaines, plusieurs territoires lui font de l'œil pour accueillir sa future gigafactory, dont l'ancien site Bosch de Rodez, qui ne ferait cependant plus partie de sa sélection. Mais ce nouveau partenariat aura-t-il justement une influence sur la localisation de son futur site ? C'est peu probable.

Lire aussi : La gigafactory dédiée aux batteries de Verkor ne s'installera pas à Rodez

Le CIO de Verkor confirme que le travail des deux équipes, qui devrait s'échelonner sur 3 à 4 années, se fera d'abord à distance, et misera ensuite sur le développement de premiers prototypes « dont les volumes sont compatibles avec les capacités que nous visons dans notre prochain Innovation Center, en projet à Grenoble ».

Difficile d'envisager en effet de faire coexister deux productions différentes sur le même site, pour un acteur qui veut justement pousser l'optimisation des procédés de production à son maximum. « Notre projet de gigafactory sera clairement dédié à l'industrie automobile tandis que notre Innovation Center pourrait nous permettre de tester de nouvelles formulations et des productions en série, mais en plus petits volumes », confie-t-il.

D'autant plus que de son côté, son partenaire disposerait déjà, près de Toulouse, d'une chaîne d'assemblage en cours d'installation sur la base aérienne de Francazal, qui lui permettrait également de réaliser les tests au sol.

Pas de quoi influencer par conséquent la short-list de 7 sites en France, que la jeune pousse garde secrète jusqu'au deadline qu'elle s'est fixée, en juin prochain. Pour l'heure, aucun nom n'a encore filtré.

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