Batteries Lithium-ion : deux entreprises d’AuRA veulent allonger leur durée de vie

STRATEGIE. L'utilisation des batteries lithium-ion connait un essor important en raison du boom des mobilités douces (vélos et trottinettes électriques notamment). Alors que la filière de recyclage en est encore à ses balbutiements, deux entreprises de la région AuRA, Nowos et Lagazel, sont en train de se positionner sur une étape intermédiaire clé : l'allongement de la durée de vie de ces fameuses batteries.

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Les ventes de vélos à assistance électrique connaissent un essor important ces dernières années.
Les ventes de vélos à assistance électrique connaissent un essor important ces dernières années. (Crédits : @cyclable)

Le marché de la mobilité électrique explose, en particulier celui lié aux vélos et aux trottinettes électriques. Selon le baromètre de la Fédération des professionnels de la micro-mobilité, 478.900 trottinettes ont ainsi été vendues en 2019 en France (soit une hausse de plus de 105%). Côté vélos électriques, 388.000 exemplaires ont trouvé preneurs l'année dernière, selon les statistiques du syndicat de la filière, représentant ainsi une envolée de 12%. Les chiffres définitifs de 2020 ne sont pas encore disponibles mais les rayons vides des magasins de sport et des e-commerces spécialisés ne mentent pas : la tendance s'est fortement accentuée cette année en raison du contexte sanitaire.

Dans ces conditions, la question de la gestion de la fin de vie et du recyclage de ces batteries aux composantes potentiellement dangereuses pour la santé et l'environnement, - des batteries lithium-ion pour la plupart -, devient de plus en plus pressante. Leur durée de vie varie de 3 mois pour les équipements en location à 5 ans dans le cadre d'un usage modéré. Selon la Fédération des professionnels de la micro-mobilité, interrogée par le magazine Que Choisir au printemps dernier, quelque 200.000 batteries de trottinettes devraient ainsi être recyclées en 2020 en France, et 37.500 de vélos à assistance électrique. Les filières commencent à s'organiser, côté collecte et côté recyclage, avec par exemple dans la région un des acteurs majeurs de ce marché : la SNAM, à Saint-Quentin Fallavier (Nord-Isère). Il n'en reste pas moins que la marche est encore très haute et que la majeure partie de ces batteries en fin de vie reste stockée dans des entrepôts ou enfouies/brulées.

Deux entreprises de la région se sont emparées de ce sujet émergent et préparent une offre visant non pas à recycler cette batterie mais à allonger leur durée de vie. L'idée : ajouter une étape intermédiaire entre la fabrication et le recyclage.

Nowos implante une usine à Amplepuis

C'est ainsi le cas de la start-up néerlandaise Nowos, créée en 2019 par Prins Doornekamp, ex industriel de la batterie au lithium-ion, Jan Bertels, ancien directeur d'un éco-organisme néerlandais, Ambre Eppler, française spécialisée dans le commerce international et l'innovation, et l'Anglais Steven Bradshaw, expert en commerce international des batteries. Après une première usine à Amsterdam (15 salariés) lancée l'année dernière, ils viennent d'implanter le siège social de leur filiale française à Villeurbanne et leur première usine hexagonale à Amplepuis, dans le Rhône.

Leur créneau : la réparation et le reconditionnement des batteries lithium-ion alimentant gyropodes, vélos et trottinettes électriques. " Il s'agit de collecter les batteries usagées et de les analyser sous tous les aspects : électronique, hardware etc. Et d'intervenir en fonction des contrats signés avec nos clients pour réparer et reconditionner ", détaille Amber Eppler, cofondatrice de l'entreprise, lyonnaise depuis une dizaine d'années.

La cible de Nowos : les professionnels de ces engins électriques, à savoir les gestionnaires de flottes, les distributeurs et les fabricants. "Ces acteurs sont européens, ils ne disposent pas pour l'instant de solution adaptée à leur taille", poursuit Amber Eppler. La start-up prévoit donc, après Amsterdam et la région lyonnaise, d'ouvrir une nouvelle usine en Allemagne, courant 2021, puis en Scandinavie. "Nous voulons offrir une solution européenne aux acteurs européens".

En France, elle a déjà signé des partenariats, notamment, avec La Manufacture du Cycle ainsi qu'avec le loueur Dott. De trois salariés pour l'instant, l'usine lyonnaise devrait passer à 25 d'ici fin 2021 puis à une centaine d'ici 3 ans.

LaGazel et le CEA Grenoble en R&D

Implantée en région stéphanoise, l'entreprise Lagazel n'en est pas encore à la phase de production mais ambitionne, elle aussi, de se positionner sur ce marché prometteur économiquement et crucial en termes de développement durable. Créée en 2015 par Arnaud Chabanne, Lagazel (5 salariés en France ; CA 2019 : 637.000 euros) est spécialisée historiquement dans la conception de produits solaires fabriqués en Afrique pour le marché africain, territoire sur lequel l'accès à l'énergie est difficile pour une partie importante de la population. Lagazel dispose d'un atelier de fabrication au Burkina Faso de 25 personnes et d'un autre, en cours de constitution au Bénin.

Elle a été retenue en février dernier, dans le cadre d'un appel à projets de la Banque Mondiale pour gérer la fin de vie des produits solaires distribués de plus en plus massivement sur le continent africain. "Nous avons décroché une aide de 200.000 dollars pour mettre au point une solution permettant de récupérer les batteries de ces produits solaires, de les tester et de les réassembler", explique Arnaud Chabanne.

L'entrepreneur s'est ainsi rapproché du CEA Grenoble, accompagné par le programme Easypoc de la Région AuRA (100.000 euros). "Nous avons validé une première phase de R&D sur 1.000 cellules de batteries issues de petits engins de mobilité électrique, et nous entamons une deuxième étape, toujours avec le CEA. Avec une ambition beaucoup plus importante. Nous ne devons probablement pas nous arrêter à nos produits solaires africains. L'enjeu est majeur en Europe aussi, en raison du développement exponentiel des mobilités douces". L'entrepreneur constate en effet "un gaspillage énorme". Sur les 1.000 premières cellules en fin de vie, collectées par Lagazel pour la première phase de sa R&D, 75% étaient en fait réutilisables. Les batteries ne fonctionnaient plus en raison de défauts mineurs.

Avant de se lancer définitivement, l'entreprise stéphanoise doit d'abord valider un modèle économique. Selon une étude Bloomberg de fin 2019, le prix des batteries a en effet chuté de 87% en 10 ans. Pas forcément de quoi inciter les opérateurs et loueurs à investir dans le reconditionnement plutôt que dans l'acquisition de batteries neuves.

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